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Un couple retrouve l'avion où ont péri deux hommes il y a 59 ans

Ray Gran et son frère à côté d'un hydravion.
Ray Gran et son frère à côté d'un hydravion. Photo: Donald Kapusta

Deux hommes ont péri dans un accident d'avion dans un lac du nord de la Saskatchewan, il y a 59 ans. Leurs familles ont pu tourner la page sur cet évènement cet été, grâce à des fouilles effectuées à l'aide de technologie sonar.

Les recherches ont duré 10 heures. L’hydravion Cessna 180 reposait paisiblement au fond du lac Peter Pond.

Le lac était très calme ce jour-là. Garry Kozak, Donald Kapusta et deux autres personnes ont finalement retrouvé l’avion disparu depuis près de 60 ans.

L’accident avait laissé dans le deuil la jeune mère d’un bébé de quelques mois et une épouse alors enceinte, morte avant la découverte de l’avion.

« Tout le monde s’est précipité vers le nord »

Ray Gran pilotait ce Cessna le 20 août 1959. Avec l’agent de conservation Harold Thompson, il avait quitté Buffalo Narrows en direction de La Loche.

Un épais brouillard s’est installé peu après leur décollage. Ray Gran a tenté de faire demi-tour, mais il s’est écrasé dans le lac Peter Pond, à l’ouest de Buffalo Narrows.

Carte indiquant le positionnement des différentes destinations. Le trajet prévu pour l'hydravion était de partir de Buffalo Narrows vers La Loche. Buffalo Narrows est situé à près de 500 kilomètres au nord de Saskatoon. Photo : Google Earth

Des articles de l’époque indiquent que cinq avions ont été déployés pour rechercher les deux hommes disparus. Le lac a été fouillé par un plongeur. À l’hiver, une motoneige a parcouru le lac gelé avec un appareil de détection électromagnétique.

La Presse canadienne indique que la recherche a été interrompue le 15 mars 1960.

L’épouse de Ray Gran était enceinte de six mois au moment de la tragédie. Son beau-fils, Donald Kapusta, raconte qu’elle volait souvent avec M. Gran. Ce jour-là, il ne voulait pas qu’elle l’accompagne parce qu’elle était trop proche de la fin de sa grossesse.

Linda Gran, qui s’appelle à présent Linda Kapusta, est née quelques mois après l’accident.

Harold Thompson était marié à Charlotte depuis le 6 décembre 1958. Son fils, Parry, était âgé de quelques mois au moment de l’écrasement.

Carte avec photo indiquant la date de naissance et de mort de Harold Thompson. Harold Thompson avait 27 ans quand le Cessna 180 s'est écrasé dans le lac Peter Pond en Saskatchewan. Photo : Arlene Mar

Harold était le huitième de 13 enfants. Sa plus jeune sœur, Arlene Mar, raconte que c’était quelqu’un de jovial, qui chantait beaucoup. Elle a longtemps cru qu'il avait pu survivre, même après que les recherches furent déclarées vaines.

« J’ai cru l’apercevoir plusieurs fois. Et j’ai continué à chercher parce qu’il était costaud et en bonne santé », dit-elle.

Elle était chez elle, à Tisdale, quand son frère a disparu. « Tout le monde s’est précipité vers le nord. J'étais responsable de répondre aux appels téléphoniques », se souvient-elle. « Nous attendions et attendions pour avoir plus d’information… et nous les avons maintenant. »

Un hydravion vole au-dessus de La Ronde. Un hydravion Cessna 180 vole au-dessus de La Ronge, en Saskchewan, vers 1957. Cet appareil est du même modèle que celui qui s'est écrasé en 1959. Photo : CBC

Un second souffle de recherche

Linda et Donald Kapusta rendaient visite à des amis à Saskatoon, en 2017, lorsqu’ils ont rencontré un ancien voisin, Don Miller, qui connaissait Ray Gran à l’époque.

Don Miller leur a alors parlé de sonars pour particuliers.

« C'est à ce moment que la préparation à la recherche a commencé », raconte Donald.

Le couple a commencé à se renseigner sur les sonars. Il a rencontré Garry Kozak, un expert en système aquatique de sonar latéral.

« J’ai compris leur passion », dit M. Kozak à propos de Linda et Donald Kapusta. « Ce qu’ils essayaient de faire. Ils ne comprenaient vraiment pas la complexité de mettre sur pied une recherche sous-marine. »

Garry Kozak a donné à Donald Kapusta une liste de choses à faire avant d’entamer les recherches. Ce n’était pas simple. Il fallait avoir accès aux archives du Bureau de la sécurité des transports et de la GRC.

Le processus était long. Le couple a récupéré ce qu’il a pu. Linda et Donald Kapusta ont appelé Garry Kozak quelques mois plus tard, sollicitant son aide à nouveau.

Il a examiné les documents qu’ils avaient rassemblés et en a conclu que la recherche pouvait être effectuée, à un coût et pour une durée raisonnables.

« On a trouvé un avion »

L’équipe a préparé les recherches pendant des mois et rapporté un bateau de Toronto. La recherche a enfin débuté le 30 juillet 2018.

Il s’agissait de remorquer le système de sonar à l’arrière du bateau. L’appareil envoyait des ondes sonores sur le côté de l'embarcation. L’équipe a dû sillonner le lac de fond en comble pour s’assurer de ne pas passer à côté de son objectif.

La région avait été divisée en quatre zones. M. Kozak estimait que l’exploration de chaque zone prendrait deux jours.

Deux hommes manient de l'équipement. Ralph Wilbanks et Garry Kozak préparent le sonar pour leur recherche, à l'auberge Krows Nest, de Buffalo Narrows, le 29 juillet 2018. Photo : Donald Kapusta

Mais, le premier jour, il a commis une erreur et a dirigé par inadvertance l'embarcation dans la deuxième zone. Le groupe était donc en train de fouiller une région du lac qu’il n’était pas censé parcourir avant quelques jours.

À 18 heures, la fin de la journée approchait. Le sonar n’avait pas détecté l’avion, même s'il était passé par-dessus.

Image de l'avion au fond du lac. Le Cessna 180 qui s'est écrasé le 20 août 1959, par imagerie ultrasonore. Il est à l'envers au fond du lac. Photo : Garry Kozak/GK Consulting

« Il y a une zone morte juste en dessous des deux capteurs », dit Garry Kozak. Mais la deuxième fois a été la bonne. « Pour moi, cela a été un énorme soulagement », raconte-t-il. « J’étais satisfait que nous l’ayons trouvé si rapidement. »

Donald Kapusta pense que l’hydravion est toujours quasiment intact.

« Il est posé sur le dos et il est facilement récupérable, avec le bon équipement », affirme-t-il. « Garry s’attend à ce que les restes de mon beau-père et de Harold Thompson soient encore là. »

Garry Kozak pointe l'écran de son ordinateur. Garry Kozak décrypte l'information affichée par le sonar au moment où l'avion est détecté. Photo : Donald Kapusta

« Elle ne le saura jamais »

Les Kapusta ont informé la GRC de Buffalo Narrows de leur trouvaille. Les policiers ont informé la famille de Harold Thompson peu après.

« J’ai pleuré en entendant la nouvelle », avoue Arlene Mar, la plus jeune sœur de M. Thompson « C’était une journée heureuse pour moi. »

Elled dit qu'elle est contente de pouvoir conclure cette histoire, sachant à présent où se trouve l’avion. « J’ai cherché et cherché », dit-elle. « Il nous a manqué. »

Ses trois frères et sœurs et elle se préparent pour la prochaine étape.

Photo de famille d'époque. Arlene Mar raconte que sa famille a organisé un mémorial pour Harold Thompson un an après l'accident. Photo : Arlene Mar

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada a décidé de ne pas en faire davantage. Selon un représentant, une enquête sur l’hydravion accidenté ne leur apprendrait pas grand-chose et n’avancerait en rien la question de la sécurité des transports.

La GRC a évalué la situation et a statué que la plongée nécessaire à poursuivre les recherches ne serait pas sécuritaire.

Les Kapusta avaient choisi de ne pas raconter leur démarche à Marcella, la mère de Linda et à la veuve de Ray Gran. « Cela fait tellement longtemps, nous ne voulions pas lui donner trop d’espoir », explique M. Kapusta.

Photo de Ray Gran accompagnée de ses médailles. Ray Gran a reçu des médailles pour son service lors de la Seconde Guerre mondiale. Photo : Donald Kapusta

Mais au lendemain de leur découverte, un appel les a informés de la mort de Marcella.

« Elle ne le saura jamais », regrette Donald Kapusta. « Après 59 ans d’attente. »

Avec les informations de Heidi Atter, CBC News

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