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Péladeau toujours à la recherche d'un bon « deal » pour le Québec et Québecor

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

Photo : Radio-Canada / Jean-Simon Fabien

Radio-Canada

Pierre Karl Péladeau n'est plus en politique active, mais il s'active politiquement. De Facebook à Twitter en passant par le micro de l'émission Gravel le matin, le PDG de Québecor et ex-chef du PQ se fait revendicateur sur les dossiers qui l'inquiètent et qui concernent tant son entreprise que la société québécoise.

Lundi, en entrevue avec Alain Gravel, M. Péladeau a dénoncé une fois de plus le « déséquilibre » entre les entreprises locales comme la sienne et les multinationales étrangères qui ne sont pas assujetties aux mêmes taxes.

La décision du gouvernement Trudeau de ne pas taxer les grandes entreprises comme Netflix et Spotify, « motivée par une espèce d’électoralisme des plus primaires et même d’un certain cynisme », estime-t-il, « crée un préjudice à toute notre industrie ».

Ces diffuseurs n’ont en effet pas à payer la taxe fédérale sur les produits et services, contrairement aux diffuseurs canadiens, dont fait partie Québecor.

Pierre Karl Péladeau déplore « l'électoralisme primaire » du gouvernement Trudeau

C’est d’autant plus problématique quand ces entreprises produisent du contenu et participent à la transmission du patrimoine et de la culture, note Pierre Karl Péladeau.

D’autre part, comme tous les autres dirigeants de médias, M. Péladeau ne peut que constater le déclin des revenus que tirent ses entreprises de la publicité, puisqu’ils sont de plus en plus absorbés par les grands joueurs que sont Facebook et Google.

« Que devons-nous faire pour maintenir la solidité financière de nos entreprises dans le domaine des médias? », se questionne-t-il, constatant en même temps la baisse des revenus provenant des redevances de la câblodistribution.

Surtout que de plus en plus de gens « coupent le cordon », note M. Péladeau, traduisant l’expression anglaise « cord cutting », qui fait référence au phénomène des gens annulant leur abonnement au câble pour concentrer toute leur consommation audiovisuelle sur le web.

Redevances et revenus publicitaires, tout ça dans un phénomène de "cord cutting" : […] c’est un problème auquel Patrimoine Canada doit faire face.

Pierre Karl Péladeau

Pas de front commun sans bon « deal »

La solution passe-t-elle par un front commun des producteurs et diffuseurs canadiens contre les grands que sont Netflix et compagnie? Pas pour le moment, répond Pierre Karl Péladeau.

En mai dernier, Radio-Canada, Bell, l’ONF, Groupe V Média et TV5 unissaient leurs forces pour enrichir l’expérience de la plateforme Tou.tv, afin de concurrencer Netflix sur son propre terrain par une abondance de contenus.

Des discussions ont eu lieu avec Québecor, admet Pierre Karl Péladeau, mais « ça n’a pas accouché de grand-chose. » « Nous, on n’a pas un milliard de subvention [une référence à Radio-Canada, ndlr]. Faut que ça soit un bon « deal » pour TVA, faut que ce soit un bon « deal » pour Québecor, sinon on n’a aucun intérêt économique », dit le PDG.

« L’entreprise fonctionne à la rentabilité. C’est parce qu’il y a de la rentabilité qu’on est en mesure de payer des salaires, d’avoir des cotes d’écoute, de générer des revenus publicitaires et de créer de l’emploi », dit Pierre Karl Péladeau, qui rappelle l’existence de la plateforme Illico, création de Québecor.

Est-ce que c’est Radio-Canada qui va bouffer Illico ou Illico qui va bouffer Radio-Canada?

Pierre Karl Péladeau

M. Péladeau se plaint de ne pas recevoir les « redevances adéquates » par rapport à ses concurrents Radio-Canada ou Bell Médias et demande un « rééquilibrage ».

« Si nous n’avons pas ce rééquilibrage-là, on va malheureusement accélérer ce phénomène du "cord-cutting", et c’est l’ensemble des participants à l’intérieur de l’industrie qui vont subir un préjudice », prévoit-il.

Péladeau minimise l'impact financier de son aveu

M. Péladeau s'est aussi expliqué sur sa décision de contester son propre plaidoyer de culpabilité à une infraction électorale.

« Nemo censetur ignorare legem : nul n’est censé ignorer la loi », reconnaît Pierre Karl Péladeau dans un éclat de rire, lorsqu’il tente d’expliquer sa volte-face.

Pour rappel, l’ex-chef péquiste a remboursé de sa poche la dette de sa campagne à la chefferie du Parti québécois, plutôt que par des dons de citoyens, commettant ainsi une infraction pour laquelle il a plaidé coupable.

Il souhaite maintenant faire annuler ce plaidoyer, après avoir compris les implications sur son entreprise. De facto, une compagnie dont le dirigeant est reconnu coupable d’une infraction à la loi électorale ne peut plus faire affaire avec le gouvernement.

« Honnêtement, je ne m’en suis pas rendu compte », clame M. Péladeau. Je n’ai pas été en mesure d’apprécier toutes les conséquences que le geste que j’allais poser allait produire. »

Dans une longue publication sur Facebook la semaine dernière, l’ex-politicien a estimé à « plusieurs millions de dollars » les pertes possibles pour Québecor si le gouvernement rompt ses contrats avec l’entreprise.

Aujourd’hui, M. Péladeau minimise l’importance des pertes que pourrait subir Québecor.

Sans dire que c’est anecdotique, je dirais que ce n’est pas extrêmement important. Faut savoir que Québecor et Videotron, on a 1,7 milliard de bénéfice d’exploitation. Je ne veux pas rentrer dans le détail, mais l’impact que tout ça peut avoir est relativement peu important.

Pierre Karl Péladeau

Selon M. Péladeau, le gouvernement a plus à perdre de la rupture de ses liens d’affaires avec Québecor que l’inverse.

« Moi ça ne me fait rien, mais si le gouvernement veut annoncer des politiques et qu’il se coupe du Journal de Montréal et du Journal de Québec, ce sont les journaux qui sont les plus lus au Québec. Est-ce que la politique gouvernementale va rencontrer ses objectifs? », demande-t-il.

Pas en campagne électorale

Par ailleurs, Pierre Karl Péladeau a réitéré qu’il ne sera pas candidat à l’élection provinciale qui sera déclenchée sous peu. « Je suis PDG de Québecor et je vais continuer dans ma fonction. Nous avons beaucoup de projets », a-t-il dit.

« Je suis péquiste, je suis souverainiste et je vais le demeurer, parce que je persiste à penser que l’État indépendant du Québec va être dans une situation beaucoup plus efficace et plus utile pour enrichir notre collectivité », dit M. Péladeau.

S’il n’entend pas participer activement à la campagne électorale, il reconnaît avoir « accompagné » l’actuel député de Saint-Jérôme, son ancienne circonscription. « C’était ma circonscription, […] j’ai une affection pour eux ».

Pierre Karl Péladeau ne s’empêchera toutefois pas de commenter les débats : « J’ai des opinions et je vais les faire connaître », dit-il.

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