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Mille milliards de litres d'eaux usées déversées dans les lacs et rivières depuis 5 ans

Les échantillons prélevés à Marina Four sont les pires, le taux de bactérie E. coli étant 249 fois plus élevé que la norme.

Les échantillons prélevés à Marina Four sont les pires, le taux de bactérie E. coli étant 249 fois plus élevé que la norme.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La pluie diluvienne qui s'est abattue sur la Ville Reine mardi dernier a causé un important déversement d'eaux usées dans le lac Ontario. Ces déversements sont toutefois à la hausse partout au pays depuis cinq ans, remarquent des groupes environnementaux qui demandent une meilleure surveillance.

Le groupe environnemental de protection du lac Ontario, Waterkeeper, est venu prélever des échantillons dans les ports de Toronto le lendemain des pluies. Mais l'ampleur des dégâts pouvait se constater à l'oeil nu.

À la vue de tous flottaient dans l'eau des préservatifs, des serviettes hygiéniques, des applicateurs de tampon, des morceaux de papier toilette, entre autres.

Les analyses effectuées ont permis de dévoiler la présence de bactéries, dont celle de la bactérie E. coli dans le plan d'eau. Les niveaux des bactéries étaient en dehors des graphiques, précise par ailleurs la vice-présidente du groupe Swim Drink Fish, Krystyn Tully.

Puisque les eaux d'égout et pluviales sont jumelées dans le système de traitement de la Ville, celui-ci ne fournit pas en cas de pluie abondante. Le surplus est donc envoyé dans le lac Ontario.

Toronto, comme la grande majorité des villes canadiennes, ne surveille toutefois pas les données en temps réel des fuites d'eaux usées dans les lacs, les rivières ou les océans. Il est donc difficile de savoir la quantité d'eaux usées déversées après les orages.

Environnement Canada demande aux municipalités de produire un rapport annuel faisant état de la quantité des eaux usées non traitées qui sont déversées. Ces rapports se basent néanmoins sur des calculs informatiques et non sur des données en temps réel.

86 000 piscines olympiques d'eaux usées

En 2017, les municipalités ont ainsi déclaré 215 milliards de litres d'eaux usées déversées sans être traitées. De quoi remplir 86 000 piscines olympiques. Cela représente également une augmentation de 10 % par rapport à la quantité déclarée il y a 5 ans.

Au cours des cinq dernières années, le total dépasse mille milliards de litres. Environ les deux tiers de la quantité déclarée en 2017 ont par ailleurs été déversés de manière délibérée, lorsque les pluies ont envahi les systèmes de traitement des villes.

Le reste des déversements est généralement le résultat de problèmes périodiques, comme des pannes de courant ou des fuites.

Le groupe de Krystyn Tully a surveillé les ports de Toronto ces trois dernières années. Selon elle, il n'y a pas un seul jour où nous sommes allés au port sans y trouver des preuves de contamination par les eaux usées.

La Ville a procédé à des analyses et a également détecté une importante présence de la bactérie E. coli dans le plan d'eau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Ville a procédé à des analyses et a également détecté une importante présence de la bactérie E. coli dans le plan d'eau.

Photo : Radio-Canada

Un problème pancanadien

En Colombie-Britannique, les municipalités ont déclaré que 77 milliards de litres d'eaux usées ont été déversés en 2017. La Nouvelle-Écosse a fait état de 39 millions de litres, Terre-Neuve-et-Labrador 29 millions et l'Ontario 22,8 millions de litres.

Selon Mme Tully, ces chiffres restent toutefois loin des quantités réelles. D'après les données qu'elle a obtenues d'Environnement Canada en 2016, seuls 159 des 269 systèmes municipaux de traitement d'eaux ont déclaré les fuites d'eaux usées. L'agence gouvernementale est censée enquêter sur chaque rapport manquant, mais Mme Tully explique que le gouvernement est davantage concentré sur l'éducation et l'assistance technique.

Environnement Canada ne signale pas non plus chaque déversement et très peu de villes le font elles-mêmes.

Le groupe Swim Drink Fish mesure la qualité de l'eau sur les rives du lac Ontario. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe Swim Drink Fish mesure la qualité de l'eau sur les rives du lac Ontario.

Photo : Gary Morton/CBC

Des villes préoccupées

L'an dernier, la ville de Kingston a été la première au pays à installer des moniteurs dans ses tuyaux afin de mesurer la quantité d'eaux usées qui fuit. La ville le signale maintenant publiquement et en temps réel quand il y a des déversements.

Le directeur de l'ingénierie des services publics de la Ville de Kingston, Jim Miller, indique que la Municipalité a remarqué que la surveillance en temps réel était la meilleure façon de servir le public.

Le coût de la gestion des déversements demeure en revanche coûteux. La Fédération des municipalités canadiennes estime qu'il en coûtera 18 milliards de dollars aux villes pour mettre en oeuvre les nouvelles règles introduites par Ottawa en 2012 visant à renforcer les normes pour traiter les eaux usées.

Ces règles ne sont pas encore entrées en vigueur, les municipalités ayant entre 2020 et 2040, en fonction de leurs systèmes de traitement (considérés comme étant à haut risque pour des déversements ou à faible risque), pour les mettre en place.

Les effets du changement climatique amplifient aussi la fréquence des pluies diluviennes. Aussi des villes n'attendent-elles pas que le changement vienne du fédéral, mais prennent-elles les devants.

C'est le cas de Victoria, qui a vu des dizaines de litres d'eaux usées non traitées polluer le port à proximité de Seattle. La Ville a dépensé 765 millions de dollars pour construire une nouvelle usine de traitement des eaux pour 2020.

Toronto, pour sa part, se lance dans un projet de 3 milliards de dollars pour construire un système qui permettra de stocker les excès d'eau au moment des tempêtes. Il faudra cependant 10 ans pour achever la première phase du projet, et 25 ans pour le compléter.

Avec les informations de La Presse canadienne

Toronto

Changements climatiques