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Erdogan accuse les États-Unis de vouloir « frapper la Turquie dans le dos »

Le président Recep Tayyip Erdogan a réfuté l'idée que la Turquie était confrontée à une crise financière comparable à celle qui a touché les pays asiatiques il y a une vingtaine d'années.

Photo : Reuters

Radio-Canada

La Turquie n'est pas parvenue lundi à stopper l'effondrement de sa monnaie alimenté par l'aggravation d'une crise diplomatique avec les États-Unis, accusés par le président Recep Tayyip Erdogan de vouloir « frapper dans le dos » son pays.

La dégringolade de la livre turque se poursuit, trois jours après la décision de Washington de doubler les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium.

Dans l'espoir de rassurer les marchés, la banque centrale de Turquie a annoncé lundi qu'elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les « mesures nécessaires » pour assurer la stabilité financière.

Mais l'impact de cette annonce s'est estompé quelques heures plus tard, lorsque le président Erdogan a accusé les États-Unis de vouloir « frapper dans le dos » la Turquie, provoquant un plongeon de la livre qui illustre l'inquiétude des marchés face à ces tensions diplomatiques.

La livre, qui a perdu cette année plus de 40 % de sa valeur face au dollar et à l'euro, s'est effondrée vendredi après un tweet ravageur de Donald Trump, qui a fait souffler un vent de panique sur les places boursières qui redoutent un effet de contagion de la crise turque.

Gagnées par l'onde de choc de ce « vendredi noir », qui a vu la livre perdre quelque 16 % de sa valeur face au billet vert, les bourses de Tokyo et de Hong Kong ont fortement baissé lundi. Les principales places européennes, déjà affectées vendredi, restaient fébriles.

La livre turque, qui a pour la première fois franchi lundi la barre des 7 livres pour 1 $ US, s'échangeait à 6,89 livres en début de soirée, soit une chute de plus de 6,7 % pour la journée.

Après la panique de vendredi, la banque centrale a voulu rassurer lundi en annonçant plusieurs mesures.

Elle a notamment révisé les taux de réserves obligatoires pour les banques, afin d'éviter tout problème de liquidités, et fait savoir qu'environ 10 milliards de livres (5 milliards de dollars canadiens) et l'équivalent de 3 milliards $ en or de liquidités seraient fournis au système financier.

Une file d'attente dans un bureau de change turc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les Turcs tentent d'échanger leurs livres contre des monnaies plus stables.

Photo : epa-efe / SEDAT SUNA

La déroute de la livre s'est accélérée au cours des deux dernières semaines en raison de la grave crise dans les relations entre Ankara et Washington liée à la détention en Turquie d'un pasteur américain, Andrew Brunson.

Sanctions réciproques, menaces, puis annonce vendredi sur Twitter par M. Trump du doublement des droits de douane sur l'acier et l'aluminium turcs : les tensions entre ces deux pays alliés au sein de l'OTAN sont allées en crescendo ces derniers jours, emportant la monnaie turque.

« D'un côté, vous dites être notre partenaire stratégique et, de l'autre, vous nous tirez dans les pieds [...] Une telle chose est-elle acceptable? », s'est emporté M. Erdogan dans un discours, lundi, à Ankara.

Les marchés fléchissent

Sous le coup des inquiétudes au sujet de la chute de la livre turque et ses éventuelles implications pour les devises d'autres économies émergentes, les marchés boursiers nord-américains ont clôturé dans le rouge lundi.

L'indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a retraité de 75,76 points pour terminer la séance avec 16 250,75 points.

La Bourse de New York a fini en légère baisse après avoir évolué dans le vert dans la première partie de la séance. L'indice Dow Jones a cédé 0,5 %, soit 125,44 points, à 25 187,70, accusant sa quatrième session de repli d'affilée.

Même chose pour le S&P 500, plus large, qui a perdu 11,35 points, soit 0,40 %, à 2821,93.

Le NASDAQ Composite a reculé de son côté de 19,40 points (- 0,25 %) à 7819,71, enchaînant pour sa part une deuxième baisse consécutive.

« Le marché a été sans aucun doute guidé par la situation en Turquie et toutes les craintes sur les conséquences qu'elle pourrait déclencher, même si au final la réaction est plutôt contenue », a remarqué Karl Haeling, de LBBW.

Les cours du pétrole ont aussi baissé, lundi, alors qu'une potentielle contagion de la crise turque et ses conséquences sur la demande mondiale inquiètent les investisseurs, au moment où l'OPEP a augmenté sa production de brut en juillet.

Sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat de septembre a cédé 43 cents, à 67,20 $.

« Le risque du côté de la demande de pétrole vient actuellement de la Turquie », a commenté Phil Flynn, de Price Futures Group.

La Turquie aux prises avec une inflation galopante

Des billets de banques turcs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La livre turque a perdu 40 % de sa valeur face au dollar américain et à l'euro cette année.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

Outre les problèmes diplomatiques avec les États-Unis, les économistes s'inquiètent de la mainmise sur l'économie de M. Erdogan, qui s'est renforcée après sa réélection en juin dernier.

Les marchés exhortent la banque centrale à redresser davantage ses taux pour soutenir la livre et maîtriser une inflation galopante, qui a atteint près de 16 % en juillet en glissement annuel, mais le président turc s'y oppose farouchement.

Dans ses annonces lundi, la banque centrale n'a pas fait mention des taux, au grand dam des milieux économiques.

Même la chancelière allemande Angela Merkel s'est impliquée dans le débat, martelant lundi que « personne [...] n'a d'intérêt dans la déstabilisation de la Turquie » et que « tout doit être fait pour que, par exemple, une banque centrale indépendante puisse opérer ».

« La Turquie aura besoin de politiques économiques crédibles et orthodoxes, de discipline budgétaire et de l'indépendance de la banque centrale pour renverser la situation actuelle », a expliqué Agathe Demarais, de l'Economist Intelligence Unit, jugeant « peu probable » une normalisation dans l'immédiat des relations avec Washington.

Par ailleurs, le ministère turc de l'Intérieur a annoncé lundi qu'il enquêtait sur des centaines d'internautes qu'il soupçonne d'avoir partagé des commentaires relevant de la « provocation » visant à affaiblir la livre.

M. Erdogan a qualifié ces internautes de « terroristes économiques » qui recevront « le châtiment qu'ils méritent ».

Les dynamiques économiques de la Turquie sont solides, elles sont fortes et bien ancrées.

Le président Recep Tayyip Erdogan

Cette crise monétaire s'est étendue à la plupart des devises émergentes qui, comme le rand sud-africain, le peso argentin, le réal brésilien ou le rouble russe, plongent depuis quelques jours.

Avec les informations de Agence France Presse, Reuters, et La Presse canadienne

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