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Refroidir sa maison, mais réchauffer la planète

Le reportage de Marie-Laurence Delainey
Radio-Canada

Une canicule au mois de juin, trois au mois de juillet, une autre semaine de chaleur intense à venir... Le moins qu'on puisse dire est que l'été 2018 aura été très chaud. Pas étonnant que les entreprises spécialisées en climatisation soient débordées. De plus en plus de Québécois se munissent d'un climatiseur; une tendance qui contribue paradoxalement au réchauffement climatique.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Daniel L’Italien, un résident de la Rive-Sud, vient de faire installer son premier climatiseur pour sa résidence.

« Avoir su l’été qui s’en venait, j’aurais fait ça au mois de mai plutôt qu’au mois d’août. La température reste très chaude, donc ça suffit », explique-t-il.

Nombreux sont les Québécois qui font installer un système de climatisation, même vers la fin de l’été, selon Martin Provost, directeur des ventes pour Tran Climatisation.

La canicule s’est fait sentir et s’éternise. C’est sûr que pour nous, ça a des avantages. La climatisation, c’était un luxe. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est plus un besoin.

Martin Provost, directeur des ventes chez Tran Climatisation

Les entreprises d'installation de climatiseurs contactées par Radio-Canada notent une augmentation de la demande d'environ 30 % en moyenne par rapport à l'été dernier.

À Ventilas, entreprise de ventilation, de climatisation et de chauffage, on remarque l'urgence des demandes de climatiseurs. « Les clients négocient les prix habituellement. Là, ils ne négocient pas, et ils veulent tout pour hier », affirme son président, Sébastien Sauvé.

Les climatiseurs déjà installés, eux, ont aussi fonctionné davantage cet été, et par conséquent, ont nécessité plus d’entretien, souligne le propriétaire d’A&R Fourniture, Marc-André Collins.

Un cercle vicieux

Selon les spécialistes, les étés seront de plus en plus chauds en raison des changements climatiques. Le phénomène forcera de plus en plus de gens à se munir d’un climatiseur, un appareil qui contribue lui-même au réchauffement.

Pour refroidir l'intérieur d'une résidence ou d'un commerce, les appareils pompent l'air ambiant duquel est prélevée la chaleur, qui est ensuite rejetée dans la rue, et donc, augmente la température terrestre.

Précision

Une précédente version de cet article laissait entendre qu’un appareil de climatisation pompait la chaleur d’une résidence pour refroidir l'intérieur, avant de la rejeter dans la rue. Or, pour être plus précis, c’est l’air ambiant qui est pompé et c’est de celui-ci qu’est prélevée la chaleur, avant d’être évacuée à l’extérieur. »

Ces solutions aux problèmes causés par les changements climatiques ont des retours négatifs qui ne font que renforcer le problème initial.

Érick Lachapelle, professeur à l'Université de Montréal

« En utilisant la climatisation pour nous rendre plus confortables dans un contexte de chaleur extrême, on augmente la demande pour l'énergie, qui est produite majoritairement par des combustibles fossiles. Le remède ne doit pas être pire que la maladie », insiste Érick Lachapelle, professeur adjoint au département de science politique de l'Université de Montréal.

Les gaz contenus dans les appareils, utilisés comme réfrigérants, peuvent eux aussi contribuer au réchauffement climatique, en cas de fuite, par exemple. M. Provost rappelle l’importance de faire appel à des spécialistes lorsque vient le temps d’entretenir son appareil ou de s’en débarrasser.

« Quand on a un appareil à démanteler, s’il contient encore du réfrigérant, on pompe le réfrigérant résiduel avant d’envoyer l’appareil aux rebuts. On l’envoie dans un cylindre vide et ce gaz est retourné chez un de nos fournisseurs qui l’envoie à la récupération. Il faut toujours contacter une entreprise pour démanteler son appareil et ne pas faire ça soi-même, car c'est là qu'on risque de laisser échapper le gaz », explique Martin Provost.

Le professeur au département de géographie à l'UQAM Philippe Gachon suggère quant à lui d’exploiter davantage les milieux naturels pour faire diminuer le mercure. « La présence du Mont-Royal, la végétation, va favoriser la présence de vents locaux. On pourrait justement, dans certaines agglomérations, utiliser l’orientation des vents dominants pour permettre de ventiler un peu mieux certaines parties du centre-ville », suggère M. Gachon.

Le professeur cible également le choix de la couleur des infrastructures. Il cite en exemple la Ville de Lyon, qui peint ses façades et toits en blanc pour réfléchir la chaleur du soleil.

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