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Des soins plus humains en CHSLD tout en réduisant les antipsychotiques

Toucher pour rassurer et entrer en contact: un élément important des soins en CHSLD.

Toucher pour rassurer et entrer en contact : un élément important des soins en CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal déploiera cet automne un programme de formation de ses 1200 préposés à l'« approche relationnelle de soins », qui devrait aider à diminuer les antipsychotiques et les incidents malheureux dus à l'agressivité ou au mal-être des personnes atteintes de démence.

Un reportage de Myriam Fimbry, de Désautels le dimanche

« Venez, je vais vous amener à la toilette. » Déles Jean aide une dame égarée dans le couloir à retrouver son chemin. Chemise vert amande, pantalon noir, le préposé aux bénéficiaires d’origine haïtienne a suivi une formation complète en « approche relationnelle de soins » il y a un an. Et il est maintenant expert-formateur auprès de ses collègues.

Cette approche plus humaine, centrée sur les besoins du résident, plutôt que sur les contraintes organisationnelles de l'institution, attache de l'importance à tout ce qui peut influencer son comportement, comme la façon d'entrer dans une chambre, de se présenter ou d'annoncer les soins à venir.

« Avec cette approche, je me mets beaucoup plus facilement en contact avec le résident, raconte Déles Jean. On parle beaucoup plus, mais on prend beaucoup plus de temps. »

Les préposés aux bénéficiaires Déles Jean et Tammy Julien lavent une résidente à la débarbouillette au CHSLD Pierre-Joseph Triest.

Les préposés aux bénéficiaires Déles Jean et Tammy Julien lavent une résidente à la débarbouillette au CHSLD Pierre-Joseph Triest.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Ce serait du temps de gagné par la suite, car en misant sur la qualité de la relation, le personnel soignant se facilite la vie, en rencontrant moins d'obstacles à son travail, tels que la résistance aux soins ou l'agressivité.

« Je travaille beaucoup moins physiquement. Et je réalise beaucoup plus, psychologiquement. Ça diminue le stress chez moi. Ça m’empêche aussi d’aller en congé de maladie [rires]. Parce que je prends beaucoup plus de précautions! »

Il utilise particulièrement bien les techniques de diversion et d'humour. Lorsqu'une patiente récalcitrante refuse de se laisser approcher, il lui demande des nouvelles de sa fille et lui fait des compliments : « Elle est belle votre fille. Elle est belle comme vous. Quand est-ce qu'elle revient vous voir? J'aimerais la rencontrer. Vous n'avez qu'une fille? Moi j'en ai quatre! » Et ainsi de suite.

Le préposé aux bénéficiaires Déles Jean

Le préposé aux bénéficiaires Déles Jean

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

En évitant la confrontation, il évite les moments désagréables, et surtout d'avoir une faible estime de son métier à la longue, déjà peu valorisé dans la société. « Notre but est de faire un soin agréable et sécuritaire, agréable pour nous et pour la résidente. »

Donner moins de médicaments

Devant le chariot à médicaments, une infirmière mélange des pilules broyées avec une compote sucrée. Beaucoup de patients ici ont des troubles neurologiques et cognitifs.

« Ce sont des maladies dégénératives du cerveau, qui ont un impact sur le comportement de la personne », explique Nathalie Zan, médecin de famille en gériatrie et coordonnatrice médicale à l’hébergement au CIUSSS de l’Est de l’île de Montréal.

Quand un patient s'agite, dérange les autres, frappe, ou crie, la réponse a longtemps été pharmacologique, sous forme d'antipsychotiques. Depuis plusieurs années maintenant, on cherche à les réduire, à cause de leurs effets secondaires, loin d'être bénins.

Dans l'unité 1 Ouest du CHSLD Pierre-Joseph-Triest, la collaboration de toute l'équipe de soins (médecin, pharmacien, infirmières, infirmières auxiliaires, préposés aux bénéficiaires) permet de revoir à la baisse l'ensemble des médicaments administrés aux résidents. Actuellement, selon l'infirmière assistante chef de l'unité, Josée Ouellette, le nombre de prescriptions est de 3,4 en moyenne par résident.

Pour chaque résident, l'infirmière assistante chef Josée Ouellette travaille à diminuer le nombre de prescriptions de médicaments, avec le médecin Edouard Chirito et le pharmacien Jacques-Yves Désautels.

Pour chaque résident, l'infirmière assistante chef Josée Ouellette travaille à diminuer le nombre de prescriptions de médicaments, avec le médecin et le pharmacien.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Mais à leur arrivée au centre d'hébergement, « la majorité ont 10 prescriptions de médicaments minimum, ça peut même aller jusqu'à 20 », ce qui les assomme littéralement toute la journée. Avec le médecin, le pharmacien Jacques-Yves Désautels se pose des questions pour chaque résident : « Est-ce qu'il en a vraiment besoin et est-ce qu'on peut améliorer sa qualité de vie? Parce que c'est pas drôle une qualité de vie où on passe des journées couché! »

Cette approche est développée dans les 15 centres d’hébergement en même temps. « C'est une approche patiente, dit Dr Zan, il ne faut pas aller trop vite pour qu’elle soit durable. Il faut une collaboration étroite entre infirmières, médecins et pharmaciens. Ils doivent se concerter régulièrement pour faire le suivi. »

Dans son programme de gestion des troubles neuro-cognitifs, le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal a formé 44 personnes ressources, dont 22 préposés aux bénéficiaires, soit 2 à 3 en moyenne dans chacune des 15 installations d’hébergement. Le projet avance simultanément partout.

En valorisant ainsi la fonction de préposé aux bénéficiaires, le CIUSSS espère qu’une des conséquences sera d’attirer davantage de personnes vers cette profession. Il fait face comme partout au Québec à des difficultés de recrutement.

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Santé