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  • Exclusif
  • Mort à l’aéroport de Calgary : l’homme avait annoncé qu’il résisterait à son renvoi

    Écusson de l'Agence des services frontaliers du Canada sur l'uniforme d'un agent.
    L'altercation avec des employés de l'Agence des services frontaliers du Canada est survenue à bord d'un avion. Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
    Radio-Canada

    « Je suis un homme mort et je n'ai rien à perdre », avait prévenu, il y a plusieurs mois, l'homme qui a perdu la vie, mardi, à la suite d'un affrontement physique avec les agents des services frontaliers à l'aéroport de Calgary. Celui qui devait être expulsé du Canada avait annoncé aux autorités qu'il résisterait avec vigueur à son renvoi.

    Un texte de Simon-Pierre Poulin

    L’homme est entré au Canada en 2005 en présentant une demande de statut de réfugié. Lorsque sa demande a été refusée, il s’est engagé dans une succession de recours judiciaires pour éviter d'être renvoyé dans son pays d’origine, le Nigeria.

    Une fois tous ses recours, dont une demande de révision judiciaire, épuisés, celui qui résidait à Calgary est automatiquement entré dans un processus d’expulsion du Canada.

    Les documents de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) montrent que l’homme de 49 ans a collaboré avec l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pendant toute cette période, qu’il s’est présenté à ses entrevues et qu’il a respecté les conditions qui lui avaient été imposées.

    Cependant, il a toujours maintenu qu’il refuserait de retourner au Nigeria, où, selon lui, il serait persécuté, ajoutant qu’il résisterait à son renvoi.

    Une audience deux semaines avant sa mort

    Radio-Canada a appris que l'homme résidant au pays depuis 13 ans a été détenu par l’ASFC à partir du 24 juillet. Deux jours plus tard, il a eu droit à une audience concernant sa remise en liberté en attendant son renvoi à l'étranger. À cette occasion, le tribunal a conclu que sa détention s’imposait pour garantir sa présence à l’aéroport le jour de son expulsion.

    Lors de cette audience, deux semaines avant sa mort, l’homme a plaidé que sa seule demande depuis son arrivée au Canada était qu’on protège sa vie, répétant qu’elle était en danger.

    Je ne demande pas d’argent, je ne demande pas de logement, je ne demande pas d’aide médicale. Ma seule demande, votre honneur, est qu’on sauve ma vie.

    Déclaration du ressortissant nigérian lors de son audience devant la CISR le 26 juillet

    Devant ces supplications adressées au juge, le représentant du ministère de l’Immigration a répondu « comprendre les craintes » du Nigérian, mais que « tout le monde faisait son travail », rappelant du même coup le long historique judiciaire infructueux du demandeur d’asile.

    Un renvoi qui s’annonçait « très violent »

    Engagées dans les procédures de renvoi, les autorités du Nigeria ont recommandé à l’ASFC de faire preuve de prudence avec l’homme parce que son expulsion risquait d’être « très violente ».

    Vous devrez me porter comme un mort parce que je refuse de mourir. Imaginez si vous aviez un chien de compagnie et que vous vouliez que votre animal marche à travers le feu. Pensez-vous qu’il suivrait sans résister? Bien sûr que non! Le jour venu, je serai ce chien en laisse et vous devrez me traîner à travers le feu. Je suis un homme mort et je n'ai rien à perdre.

    Déclaration du ressortissant nigérian à l’ASFC quelque mois avant sa mort

    Selon la police de Calgary, l’homme se trouvait à bord d’un avion du transporteur aérien KLM en partance pour Amsterdam au moment d’une altercation avec deux agents des services frontaliers qui aurait éclaté vers 15 h. L'homme a ensuite été conduit à l’hôpital, où son décès a été constaté vers 16 h 30.

    L'enquête se poursuit

    Une autopsie a été pratiquée, mais les résultats pourraient cependant ne pas être connus avant six mois.

    L’ASFC a refusé de répondre aux questions de Radio-Canada, renvoyant les demandes à la police de Calgary, qui mène l’enquête.

    Cette enquête pourrait être longue, parce que de nombreux témoins sont désormais en Europe. La police de Calgary est donc en contact avec les autorités néerlandaises pour tenter de les retrouver. Elle invite d’ailleurs les personnes ayant assisté à la scène à communiquer avec les enquêteurs.

    Le sergent Colin Chisholm, de la police de Calgary, dit toutefois ne pas s’attendre, pour l’instant, à ce que des accusations soient déposées contre les deux agents des services frontaliers qui ont participé à l'intervention.

    Alberta

    Forces de l'ordre