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Intimidation à l’école : Québec accusé d’abandonner les élèves du privé

Une jeune fille assise  au sol et adossée à un mur, dans l'obscurité.

Des parents reprochent au gouvernement de ne pas protéger suffisamment les élèves du privé victimes d’intimidation.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les événements survenus au Séminaire des Pères Maristes démontrent une fois de plus que les élèves du privé n'ont pas droit à la même protection que ceux du public, dénoncent des parents d'enfants ayant été victimes d'intimidation à leur école privée.

Un texte de Louis Gagné

Christine Gingras raconte que sa fille a été intimidée à l’époque où elle fréquentait l’Académie des Sacrés-Cœurs, une école privée située à Saint-Bruno-de-Montarville. Elle reproche au ministère de l’Éducation de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour que cessent les mauvais traitements subis par sa fille.

Le Ministère se serait limité à faire de la sensibilisation auprès de l’établissement, sans mener d’enquête approfondie. Il aurait justifié son refus d’intervenir davantage par les limites de son mandat, la Loi sur l’enseignement privé ne lui permettant pas de forcer l’école à imposer des sanctions disciplinaires.

« On est très inquiets parce que [dans] le cheminement qu'on a vécu, nos enfants ont été non seulement victimes d'intimidation, mais l'école les a abandonnés et par la suite le gouvernement les abandonne », confie Christine Gingras en entrevue à Radio-Canada.

C'est comme si on avait l'impression que le gouvernement banalise la situation, qu'il ne voit pas les impacts réels sur un enfant qui subit ces abandons-là.

Christine Gingras

Similitudes

Les parents de trois autres élèves de l’Académie des Sacrés-Cœurs disent avoir vécu une expérience similaire à celle de Mme Gingras.

Tous affirment avoir été interpellés par le cas des trois jeunes filles fréquentant le Séminaire des Pères Maristes et dont les photos intimes auraient été partagées sur Internet par six camarades de classe.

La direction du Séminaire a décidé de réintégrer les six garçons en vue de la prochaine rentrée scolaire. Ils fréquenteront le même bâtiment que leurs présumées victimes.


Christine Gingras accorde une entrevue dans les studios de Radio-Canada à Sherbrooke.

Christine Gingras s’est sentie interpellée par le sort des trois adolescentes dont les photos intimes auraient été échangées sur internet.

Photo : Radio-Canada

Christine Gingras déplore que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’ait pas eu recours à son pouvoir d’enquête et qu'il préfère attendre la conclusion du processus judiciaire avant d’intervenir.

« Le ministre devrait exercer, selon nous, son pouvoir d'enquête pour voir à ce que les victimes soient protégées, parce que ce sont des délais qui peuvent être parfois très longs, alors que le ministre pourrait agir rapidement pour s'assurer du bien-être des victimes », explique-t-elle.

On voit l'histoire se répéter avec ce qui se passe au Séminaire des Pères Maristes. On voit la même trajectoire.

Christine Gingras

Enquête

L’attitude du ministre Proulx est d’autant plus difficile à comprendre, poursuit Christine Gingras, que le Protecteur du citoyen a récemment invité son ministère à revoir la façon dont il traite les plaintes liées à l’intimidation dans les écoles privées.

Il a formulé une série de recommandations au terme d’une enquête entreprise à la demande, justement, de Mme Gingras.

« On s'est dit : "Comment ça se fait qu'il n'applique pas son pouvoir d'enquête?" Surtout après l'émission du rapport du Protecteur qui est clair à ce sujet-là. C'est comme s'il donnait une gifle aux mères [des jeunes filles] et on ne comprend pas qu'il ne considère pas [ces] recommandations. »

Le Protecteur du citoyen invite notamment le ministère de l’Éducation à élaborer et à appliquer une politique de traitement des plaintes à l’égard des établissements d’enseignement privés pour les situations d’intimidation.

Il lui recommande également de se doter de balises claires afin de déterminer à quel moment il devient justifié qu’une école privée transmette un dossier de plainte au ministre pour la tenue d’une enquête.

Alliance

Christine Gingras et les autres parents qui ont dénoncé l’attitude du Ministère et de l’Académie des Sacrés-Cœurs ne veulent pas que ces recommandations restent lettre morte.

Ils sont entrés en contact avec les parents des présumées victimes du Séminaire des Pères Maristes pour faire front commun auprès du gouvernement.

Ensemble, ils souhaitent interpeller directement le premier ministre Philippe Couillard afin qu’il mette en œuvre les suggestions du Protecteur du citoyen.

« Nos enfants ont besoin d’entendre qu’on prend au sérieux ce qui leur est arrivé, qu’on prend au sérieux les abandons qu’ils ont subis de la part de l’école et du gouvernement », insiste Mme Gingras.

Avec la collaboration de Jonathan Lavoie et Alexandre Duval

Éducation

Société