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10 ans après l’explosion de Sunrise Propane, les résidents sont toujours craintifs

Des pompiers qui tentent d'éteindre les flammes.
Les pompiers sur les lieux de l'explosion à Sunrise Propane en août 2008, où l'un d'eux a été retrouvé sans signes vitaux. Photo: La Presse canadienne / Angela Deluce
Radio-Canada

Il y a 10 ans jour pour jour, Toronto était secouée par une explosion à l'usine de propane Sunrise Propane sur le chemin Murray dans le nord-ouest de la ville. Dans le quartier résidentiel, les souvenirs de ce triste événement sont encore très présents dans l'esprit des résidents.

Un texte de Marie-Michelle Lauzon

Guiseppa Santoro et son mari Emilio font partie des 12 000 résidents qui avaient été évacués à la suite de l’explosion qui est survenue avant l’aube le 10 août 2008 dans le nord-ouest de la ville.

La catastrophe allait changer à jamais leur vie, la peur fait maintenant partie du quotidien de la septuagénaire.

Pour être honnête, avant je n’avais pas peur du tonnerre, maintenant, le bruit me fait peur, mon coeur se met à battre très vite, ça me rappelle l’explosion, souligne Guiseppa Santoro

Une dame avec des lunettesGuiseppa Santoro a toujours des craintes, même 10 ans après l'accident. Photo : Radio-Canada

Que s'est-il passé?

  • Dans la nuit du 10 août 2008, un camionneur de l’entreprise, Felipe De Leon, a transféré du gaz entre deux camions-citernes, une pratique proscrite par la province.
  • En voyant les vapeurs bleutées s’allumer, M. De Leon a pris la fuite en criant au gardien de nuit du site, Parminder Saini, 25 ans, de fuir, mais en vain. Ce dernier est mort dans la tragédie.
  • Selon l'enquête, une étincelle a provoqué la déflagration, mais la cause exacte n'a jamais pu être établie.
  • Un pompier, Robert Leek, 55 ans, est également mort en combattant le brasier.

Longue saga judiciaire

En 2013, les deux anciens dirigeants de Sunrise Propane, Shay Ben-Moshe et Valery Belahof, ont été reconnus coupables d'avoir violé les lois provinciales du travail et de l'environnement au terme d'un long procès.

À l'époque, la police de Toronto avait jugé qu'il n'y avait pas matière à déposer des accusations criminelles, même si le service d'incendie de la municipalité avait conclu à la négligence.

Le gouvernement McGuinty avait néanmoins poursuivi les deux hommes d'affaires pour neuf violations à la Loi sur la santé et sécurité au travail et à la Loi sur la protection de l'environnement. À l'issue du verdict de culpabilité, les ministères du Travail, de l'Environnement et le bureau du Procureur général de l'Ontario avaient réclamé une amende totale de 7 millions de dollars.

La juge Leslie Chapin, de la Cour de justice de l'Ontario, leur avait toutefois infligé des dédommagements de 5,3 millions de dollars, soit 5,1 millions contre leur compagnie et 100 000 dollars contre chacun des deux dirigeants.

La province et la ville de Toronto avaient dû payer la facture de 1,8 million de dollars pour le nettoyage du site après l'explosion.

Poursuivie au civil, l'entreprise Sunrise Propane avait signé, en 2014, une entente à l'amiable avec les quelque 6 000 résidents dont la maison avait été endommagée par la déflagration dans le quartier. La moitié des 12 500 Torontois qui avaient été évacués la nuit du drame avait cependant été exclue du recours collectif.

L'entente s'est chiffrée à 23 millions de dollars, mais seulement le tiers a été versé aux plaignants. Un autre tiers avait alors été octroyé aux assureurs et un dernier tiers aux avocats du recours.

Sunrise Propane a depuis cessé toutes ses opérations.

Un terrain à l’abandon

Dix ans plus tard, le site est maintenant inoccupé. Des arbustes ont poussé sur le sol entre les socles en béton des anciennes citernes, qui avaient explosé, un signe que la vie a repris son cours.

Aujourd’hui, le terrain est abandonné ; une clôture est tombée il y a 3 mois lorsque de forts vents ont balayé la métropole.

Le site reste toutefois accessible à quiconque, au grand désarroi des voisins qui souhaiteraient qu’il soit aménagé plutôt que d’être laissé à l’abandon.

Nous sommes des personnes âgées ici, nous ne nous sentons pas en sécurité avec ce terrain abandonné.

Guiseppa Santoro

La compagnie de béton Teskey Concrete, propriétaire du terrain, louait à l’époque le site à Sunrise Propane pour les activités de l’entreprise gazière.

Après l’explosion, la ville a procédé au nettoyage et à la décontamination du site. Les années ont depuis passé et le terrain arbore de moins en moins les traces de la tragédie.

Anthony Fernando, président de l'Association des résidents de Downsview
Un homme avec un polo et des lunettes.Le président de l'Association des résidents de Downsview, Anthony Fernando Photo : Radio-Canada

M. Fernando reproche à la Ville le manque de vision et de projets reliés à l’avenir du site. Selon lui, les citoyens auraient dû être davantage consultés.

Une propriété privée

Maria Augimeri, qui est la conseillère municipale du quartier, affirme avoir organisé 13 rencontres au cours des 10 dernières années afin de parler avec les citoyens de l’avenir du terrain. Par exemple, elle croit qu'il pourrait devenir un lieu avec des logements et des espaces verts.

Le problème, c’est que le site n’appartient pas à la municipalité, il s’agit d’une propriété privée.

Les propriétaires [Teskey Concrete] n’ont jamais été très proactifs et collaboratifs, je tente de travailler avec eux pour revitaliser leur site depuis des années.

Maria Augimari, conseillère municipale
Une femme devant un mur avec des photos. La conseillère municipale de Toronto, Maria Augimari Photo : Radio-Canada

Non loin de là, un mémorial a néanmoins été érigé dans un nouveau parc qu'à aménager Toronto. Le parc, qui compte une aire de jeux pour enfants, porte le nom de l’une des victimes, Robert Leek. Une plaque commémorative rend également hommage au jeune Parminder.

Une plaque sur le solUne plaque commémorative rend également hommage au jeune Parminder. Photo : Radio-Canada

Mme Augimeri ne parvient toutefois pas à trouver un certain réconfort dans le fait que les résidants qui ont été le plus affectés par le drame ont depuis été dédommagés. Toute consolation est impossible, souligne-t-elle, en évoquant le nom de l’étudiant qui est décédé dans la tragédie.

Elle se pose par ailleurs la question si le terrain est bel et bien décontaminé.

Le site n’est pas public, nous ne savons pas s’il est contaminé ou pas, insite-t-elle.

Teskey Concrete n’a pas répondu à notre demande média.

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