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Comment s'adapter à la chaleur extrême en ville

Des enfants se rafraîchissent au bord d'une fontaine à Montréal en raison de la chaleur accablante qui frappe le Québec.

Des enfants se rafraîchissent au bord d'une fontaine à Montréal en raison de la chaleur accablante qui frappe le Québec.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada

Alors que les étés caniculaires semblent devenir la norme un peu partout dans le monde, nos villes sont-elles prêtes à affronter cette chaleur de plus en plus écrasante?

Un texte de Ximena Sampson

Selon les données de l’Atlas climatique du Canada, si rien n’est fait, le nombre de jours où la chaleur dépasse 30 degrés Celsius est appelé à doubler dans les prochaines décennies.

Les grandes villes canadiennes, où les bâtiments en béton et les surfaces asphaltées créent des îlots de chaleur étouffants pour les citadins, sont davantage confrontées aux conséquences des changements climatiques.

À Montréal, il pourrait y avoir 24 jours de grande chaleur entre 2021 et 2050, par rapport à 8 jours avant 2005. À Québec, ce sera 7 jours, comparativement à 2 jours avant 2005.

D’après une étude de l’Urban Climate Change Research Network de l’Université Columbia, à New York, la température augmentera d’au moins 2 degrés Celsius dans des villes comme Calgary, Montréal, Ottawa, Toronto et Windsor, dès 2020. Selon certains scénarios, ces augmentations devraient toutefois être plus marquées en hiver qu'en été.

Ce ne sont que quelques degrés, mais pour les personnes vulnérables, soit les très jeunes enfants, les personnes âgées et les plus démunis, la chaleur excessive peut être mortelle.

On n’est plus dans le désagrément, on est dans l’enjeu de santé publique.

Christian Savard, directeur général de l’organisme Vivre en ville.

Il y aura donc plus de journées chaudes l'été et elles seront encore plus chaudes qu'elles ne le sont déjà.

Face à ce défi, quelles devraient être les priorités?

1. Les surfaces planes goudronnées : stationnements et cours d’école

Des voitures dans un stationnement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un véhicule motorisé stationné devant un magasin Walmart.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Brasier

Pour Christian Savard, la réduction des espaces de stationnement en surface devrait être la priorité si on veut s’attaquer aux îlots de chaleur. « C’est le nerf de la guerre », affirme-t-il.

On aura beau planter des arbres, les stationnements sont de tels îlots de chaleur qu’il faut absolument en créer moins.

Christian Savard, directeur général de l’organisme Vivre en ville

La solution : en diminuer le nombre lorsque c’est possible, construire des stationnements étagés ou souterrains, utiliser des matériaux plus performants et perméables, mettre en place des mesures incitant à l’autopartage et aménager plus de stationnements pour vélos.

De plus, « en libérant des espaces utilisés par l’automobile, on crée des milieux de vie à une échelle plus humaine », affirme Emmanuel Rondia, responsable des dossiers Espaces verts et milieux naturels au Conseil régional de l'environnement de Montréal.

Les arrondissements montréalais de Saint-Laurent et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, ainsi que la municipalité de Lac-Beauport, dans la région de Québec, entre autres, ont adopté des règlements obligeant les promoteurs à planter un certain pourcentage d’arbres dans les stationnements et à réduire le nombre de cases.

Les cours d’école sont dans la même catégorie. Asphaltées, peu végétalisées, elles contribuent à faire augmenter la température des quartiers, en plus d’être peu attrayantes pour les enfants en période de grande chaleur.

Une fillette joue à la marelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les bienfaits de la récréation sont multiples dans le développement des enfants.

Photo : Istock

Pourtant, quand il y a de nouvelles constructions, on ne pense pas nécessairement à des cours vertes.

« Il y a encore des cours d’école qui sont réasphaltées quand il y a des travaux de rénovation, alors qu’il y aurait des possibilités d’intégrer plus de végétation », se désole Emmanuel Rondia.

Ça devrait être un des lieux où l’on intervient en priorité, parce que c’est un milieu de vie et d’apprentissage pour les jeunes.

Emmanuel Rondia, Conseil régional de l'environnement de Montréal

2. Les toits blancs ou végétalisés

Un toit végétaliséAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Toit vert de la bibliothèque Paul-Aimé-Paiement

Photo : Radio-Canada

Les toits foncés accumulent la chaleur et contribuent grandement au réchauffement des villes. La solution : choisir des toits pâles ou végétalisés.

Un toit vert permet de diminuer la température du bâtiment grâce à l’ombrage et à l’évapotranspiration des plantes. Un toit pâle réfléchit la chaleur du soleil plutôt que de l’emmagasiner.

« La question des toitures est fondamentale », croit Emmanuel Rondia. « Il faut réduire l’impact de nos constructions pour améliorer les milieux de vie. »

La ville de Toronto donne l’exemple en ce domaine. Une réglementation de 2009 exige qu’au moins 20 % de la surface des toits des nouveaux bâtiments dont l’étendue au sol est de 2000 mètres carrés et plus soit recouverte de verdure.

D'autres municipalités obligent les constructeurs à intégrer des toits blancs, une option moins coûteuse que les toits végétalisés.

3. Le verdissement

Des arbre le long d'une route.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La rangée d'arbres vise à embellir le bord de mer le long du centre-ville de Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

« Nous devons être obsédés par les arbres », soutient Christian Savard. « Rien n’a un impact aussi fort que les arbres sur le rafraîchissement. »

Chaque arbre mature dans une ville c’est comme un petit climatiseur.

Christian Savard, directeur général de l’organisme Vivre en ville

C’est un enjeu sur lequel les municipalités sont déjà très actives.

À Montréal, la canopée couvre 20,3 % de l’île. L’objectif est d’atteindre 25 % d’ici 2025. Certains arrondissements ont adopté des réglementations contraignantes, dont Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Rosemont.

D’autres municipalités, comme Lévis, exigent que les résidents plantent un arbre dans leur cour avant si elle fait plus de 100 m2.

Une ruelle du quartier Limoilou à QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le projet de ruelles vertes à Limoilou

Photo : Radio-Canada / Martine Côté

Il ne faut pas non plus négliger les parcs et milieux naturels, de grands espaces verts qui constituent des îlots de fraîcheur, rappelle Christian Savard.

« On ne veut pas tomber dans le scénario où on passe notre temps à l’intérieur l’hiver, et l’été aussi on se cache », se désole-t-il.

L’urgence d’agir

« On a dépassé le stade des plans et des belles politiques », croit, quant à lui, Emmanuel Rondia. « Il faut passer à l’action et donner les outils nécessaires aux gens qui veulent intervenir, mais également être plus agressifs au niveau de la réglementation », ajoute-t-il.

C’est ce qu’ont commencé à faire la plupart des municipalités québécoises, soutient Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie et présidente du comité sur les changements climatiques de l’Union des municipalités du Québec.

Une image du nouveau stationnement de 1500 cases. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une image du nouveau stationnement de 1500 cases.

Photo : Courtoisie

Des mesures comme la mise en place de toits végétalisés et la construction de stationnements en hauteur font toutefois grimper les coûts des projets.

« La volonté politique est là », croit Mme Roy, « mais il faut qu’il y ait des incitatifs financiers pour permettre aux villes de faire ces choix ». Le fédéral et le provincial devraient eux aussi mettre l'épaule à la roue, pense l'élue.

Il faut tout faire en même temps : atténuer les effets des GES, refaire les infrastructures et soutenir les clientèles vulnérables.

Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie

Le poids est lourd pour les municipalités, qui ne peuvent tout faire sur la base de seuls impôts fonciers, affirme-t-elle.

Ainsi, Sainte-Julie a récemment décidé de préserver une zone de biodiversité, « mais c’est une perte nette en revenus futurs et une augmentation de nos dépenses parce qu’on doit entretenir le terrain », croit Mme Roy.

« Ce n’est pas toujours possible financièrement pour les municipalités de le faire », souligne-t-elle, tout en soulignant qu'elles n'ont plus le choix de faire face à ces responsabilités.

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