•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le marché du café en capsules stagne au Canada

Café Castelo, à Lévis, vient de lancer une capsule recyclable compatible avec les machines de marque Nespresso
Café Castelo, à Lévis, vient de lancer une capsule recyclable compatible avec les machines de marque Nespresso Photo: Radio-Canada / Alexandre Duval

Pour la première fois depuis son apparition sur le marché canadien, la capsule de café perd du terrain. Si la question environnementale se trouve au cœur de ce renversement de tendance, elle force aussi les entreprises à innover pour garder la confiance de leur clientèle.

Un texte d’Alexandre Duval

« De plus en plus, les consommateurs font le lien entre leur machine Keurig ou Nespresso et leur poubelle. Ça dérange. Ça crée un malaise », avance le professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois.

Les plus récentes données de la Canadian Association of Coffee sont sans équivoque. De 2012 à 2015, le pourcentage de Canadiens qui possèdent une cafetière à portion individuelle est passé de 15 % à 38 %.

En 2016, cette croissance fulgurante s’est soudainement arrêtée. L’année dernière, le pourcentage a même reculé à 36 %.

Les gens veulent nécessairement une solution qui ne va pas pénaliser l'environnement.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l'Université Dalhousie

Le recyclage?

L’entreprise Café Castelo, à Lévis, commercialise depuis le début du mois d’août une capsule de café qui est compatible avec les machines de marque Nespresso. Sa capacité de production atteint 3000 capsules à l’heure.

Le copropriétaire de l’entreprise ne craint pas la rétractation du marché. Au contraire, Predrag Okuka est convaincu que c’est un mal pour un bien.

De gauche à droite : Nicolina Okuka, Nicolas Okuka, Anja Okuka et Predrag Okuka, de Café Castelo à LévisDe gauche à droite : Nicolina Okuka, Nicolas Okuka, Anja Okuka et Predrag Okuka, de Café Castelo à Lévis Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

« Ça va obliger les gros [joueurs de l'industrie] à être plus responsables qu'aujourd'hui », estime l’homme, qui a démarré son entreprise de torréfaction de café il y a 23 ans.

Il prêche d’ailleurs par l’exemple. Sa capsule ne contient ni filtre ni colle alimentaire. « On n'a aucun produit chimique. Il n'y a aucun [agent de conservation] dans ça. Il n'y a pas de rehausseur de goût. »

Plus important encore : sa capsule est faite de plastique recyclable. Elle n’a qu’à être vidée puis rincée avant d’être mise dans le bac de récupération.

Les capsules de Café Castelo compatibles avec les machines Nespresso sont sur le marché depuis août 2018Les capsules de Café Castelo compatibles avec les machines Nespresso sont sur le marché depuis août 2018 Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Predrag Okuka ne s’en cache pas : son objectif est de concurrencer les grandes entreprises telles que Nespresso sur leur propre terrain, en offrant un produit moins cher et plus respectueux de l’environnement.

C'est extrêmement important de faire un exemple et de montrer aux autres microtorréfacteurs, à nos confrères, qu'on est capable de faire quelque chose de plus et d'être maîtres chez nous.

Predrag Okuka, copropriétaire de Café Castelo

Une solution incomplète?

Selon M. Charlebois, le recyclage de la capsule de café est toutefois une solution « incomplète ».

« L’idée première des portions individuelles de café était d’offrir une solution pratique et simple », rappelle-t-il.

Si on demande aux gens de faire du travail supplémentaire une fois que la capsule est consommée, ça crée un genre de paradoxe.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l'Université Dalhousie

L’entreprise Nespresso elle-même s’est mise au recyclage. Plus de 330 municipalités canadiennes acceptent les capsules en aluminium de la compagnie dans leur collecte sélective.

Pour les Canadiens qui n’ont pas accès à cette solution de recyclage dans leur municipalité, il est possible depuis juin dernier de renvoyer les capsules Nespresso par Postes Canada, et ce, dans presque toutes les provinces et tous les territoires.

Malgré ces solutions, Nespresso n’a pas précisé à Radio-Canada quel pourcentage de ses capsules vendues au pays sont réellement recyclées.

La boutique Nespresso de Place Ste-Foy, à QuébecLa boutique Nespresso de Place Ste-Foy, à Québec Photo : Radio-Canada / Alexandre Duval

« Notre objectif est d’offrir la solution la plus simple possible à 100 % de nos consommateurs à travers le pays d’ici 2020 », indique par courriel la directrice des communications de Nestlé Nespresso Canada, Caroline Duguay.

Le compostage?

Café Castelo n’a toutefois pas l’intention de s’arrêter au recyclage. Predrag Okuka espère pouvoir faire le saut vers des capsules biodégradables d’ici quelques mois seulement.

« C'est une question d'environnement, avance M. Okuka. On ne veut pas polluer, on ne veut pas détruire tout ce qu'il y a autour de nous. »

Des compagnies ont déjà franchi cette étape avant lui. C’est le cas de l’entreprise belge Café Liégeois, dont les capsules sont disponibles au Canada depuis octobre 2017.

« Notre part de marché dans la capsule compatible augmente et nous sommes souvent en rupture de stock pour celle-ci », précise par courriel le distributeur de Café Liégeois au Canada, Camille Dodd.

Les capsules biodégradables de l'entreprise Café Liégeois sont disponibles au Canada depuis octobre 2017Les capsules biodégradables de l'entreprise Café Liégeois sont disponibles au Canada depuis octobre 2017 Photo : Café Liégeois Canada

Encore une fois, Sylvain Charlebois émet un bémol. Ayant récemment participé à un projet sur le compostage des capsules de café, il affirme que « les gens se rendent compte que le goût est un peu compromis ».

La solution idéale pour relancer le marché de la capsule de café, si cela doit advenir, n’a donc pas encore été trouvée, selon M. Charlebois.

« La capsule a besoin d'un nouveau souffle […] qui va encourager les consommateurs à renouveler leur relation avec la capsule », dit-il.

D’après les informations du professeur Charlebois, le marché de la capsule de café au Canada oscille entre 4 et 5 milliards de dollars par année.

Consommation

Économie