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La métamphétamine à l'origine d'une épidémie de syphilis à Winnipeg

La bactérie <i>treponema pallidum</i> est la cause de la syphilis et elle se traite avec la pénicilline standard.
La bactérie treponema pallidum est la cause de la syphilis et elle se traite avec de la pénicilline standard. Photo: iStock / royaltystockphoto
Radio-Canada

L'Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW) s'inquiète de la recrudescence des cas de syphilis dans la capitale manitobaine. Cette maladie sexuellement transmissible avait pourtant quasiment disparu il y a quelques années. La raison principale tient en quatre mots : crise de la métamphétamine.

« On avait presque éradiqué la syphilis à Winnipeg, se désole Pierre Plourde, médecin hygiéniste à l’ORSW. En 2008, on avait eu moins d’une dizaine de cas. »

La tendance a cependant changé à partir de 2012. « Et cette année, ce sera celle avec le plus grand nombre de cas », ajoute Pierre Plourde. En effet, selon l’ORSW, plus de 120 cas ont déjà été diagnostiqués en l’espace de seulement six mois. Le médecin attribue ce pic à la progression de la consommation de méthamphétamine qui frappe la capitale manitobaine.

La crise de la méthamphétamine en cause

La « maladie de la honte », qui semblait appartenir au passé, est pourtant une maladie facile à soigner. « Avec une ou trois injections de pénicilline, on peut obtenir une guérison totale », explique Pierre Plourde. Mais si on attend, la bactérie rejoint le sang et, alors, la transmission de la syphilis peut aussi se faire par voie sanguine et non plus seulement par voie sexuelle.

Chez les nouvelles personnes infectées, on retrouve des constantes. « C'est plutôt dans le centre-ville, chez une population plutôt autochtone et ceux qui sont sans-abri et ceux qui utilisent des drogues injectables, et surtout la métamphétamine », dit Pierre Plourde. Par ailleurs, il précise qu'environ 60 % des cas sont touchent des personnes autochtones.

Si on se sert de seringues, on peut transmettre la syphilis de deux façons [...] : par voie sanguine et aussi sexuellement.

Pierre Plourde, médecin hygiéniste à l’ORSW

Pas d’accès au système de santé

Le problème, selon Pierre Plourde, c’est que « la grande majorité de ces gens-là n’ont pas accès au système de santé ». « Ils ne veulent pas se faire découvrir, ils ne veulent pas recevoir de la santé publique et ils ne veulent pas se présenter à une clinique pour se faire tester et traiter. C’est un défi énorme pour la santé publique en ce moment », précise-t-il.

La difficulté pour rejoindre ces personnes pousse l’ORSW à innover pour entrer en contact avec elles. « Je ne pense pas qu’on va pouvoir se servir de méthodes de santé publique traditionnelle », estime Pierre Plourde. « Il va falloir trouver des méthodes hors de la santé publique. »

Pour ce faire, l’ORSW envisage de resserrer davantage de liens avec des organismes autochtones et communautaires pour « décoloniser » le système, selon le médecin hygiéniste. Il faut « trouver des solutions autochtones à la place de solutions coloniales », ajoute-t-il.

« Les organisations communautaires autochtones ont beaucoup plus accès à leurs peuples que nous en santé publique. Il va falloir travailler main dans la main avec eux un peu plus », conclut Pierre Plourde.

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