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L'ONU demande au Canada de ne pas expulser un Saoudien emprisonné à Laval

Des gardes se tiennent à l'extérieur des portes du centre de détention pour immigrants à Laval.
Omar a été emprisonné depuis la fin du mois de juillet, en attendant son expulsion. Photo: La Presse canadienne / Graham Hughes
Radio-Canada

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme demande la suspension de l'expulsion, prévue aujourd'hui, d'un Saoudien arrivé des États-Unis par le chemin Roxham. L'ONU demande à Ottawa de surseoir à cette expulsion le temps qu'elle puisse examiner son dossier.

Omar, qui a préféré taire son véritable nom par crainte de représailles contre ses proches encore en Arabie saoudite, a affirmé, en entrevue à CBC, avoir quitté ce pays après avoir été dénoncé par un collègue pour avoir critiqué au travail la guerre au Yémen.

Il affirme avoir préféré fuir au Canada pour y demander l'asile, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, plutôt qu'être contraint de devenir informateur pour les services de renseignement.

Arrivé au Canada en 2017 avec un visa étudiant, il a présenté une demande d'asile au gouvernement canadien, mais a dû la retirer pour retourner auprès de sa femme, qui avait entre-temps été arrêtée et détenue pendant trois jours par les autorités saoudiennes.

La famille a finalement rejoint les États-Unis, puis le Canada via le chemin Roxham. Si la mère et les deux enfants du couple ont pu présenter une demande d'asile, Omar, lui, a été considéré comme non admissible, en raison des démarches déjà entamées, puis annulées.

Craintes de représailles

Détenu à Laval depuis le 26 juillet en attendant son expulsion prévue mercredi, Omar affirme que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) lui a indiqué qu'il pouvait demander un examen des risques avant renvoi.

Dans le cadre de cet examen, il aurait eu l'occasion de décrire les risques auxquels il s'exposerait s'il était renvoyé dans son pays d'origine.

Les services frontaliers ont toutefois rectifié le tir en indiquant que cet examen n'était pas possible, puisque cela ne faisait pas un an que la demande d'asile avait été annulée.

Omar dit craindre les représailles du gouvernement en lien avec ses commentaires sur le Yémen, après avoir obtenu deux chances de collaborer avec les services de renseignement.

Et puisqu'il est de confession chiite, il se dit aussi menacé de persécution religieuse dans une Arabie saoudite à majorité sunnite.

Pire encore, les récentes tensions diplomatiques entre le Canada et l'Arabie saoudite lui font craindre le pire.

Vous avez trahi votre pays et avez pris la fuite vers l'un des pays avec qui nous avons de mauvaises relations, comme le Canada. Vous n'avez aucune chance de reprendre votre souffle, aucune possibilité de réclamer une troisième chance.

Omar

S’exprimant sous le couvert de l’anonymat, la femme d’Omar a indiqué à CBC avoir parlé à son mari, qui n’avait pas encore été expulsé en Arabie saoudite mercredi.

« J’ai entendu sa voix et je me suis sentie mieux », a-t-elle raconté.

Selon elle, la famille avait beaucoup d’espoirs quant à leur nouvelle vie au Canada, un drapeau canadien étant même accroché dans leur salon.

La mère de deux enfants aurait même recommencé à peindre, activité qu’elle avait cessée depuis plusieurs années.

Pas de preuves

Malgré les réclamations d'Omar, un juge de la Cour fédérale a donné mardi le feu vert à son expulsion. Dans sa décision, le magistrat Roger Lafrenière estime que l'homme en question n'a pas présenté de documents validant ses arguments selon lesquels il serait en danger s'il retournait en Arabie saoudite.

Le verdict a porté un dur coup au moral d'Omar. « Je m'inquiète pour mes enfants. Leur mère est dépressive en raison des circonstances qu'elle a vécues », a-t-il déclaré lors d'une entrevue téléphonique avec la CBC.

« Maintenant, elle sera seule avec deux enfants. »

« Lorsqu'un demandeur d'asile retire sa demande, on lui explique les conséquences de cette action, y compris, mais sans s'y limiter, au fait que cette personne ne pourra plus jamais présenter une demande d'asile au Canada », a écrit le juge Lafrenière dans sa décision.

Mardi, toujours, l'équipe d'avocats d'Omar prévoyait lancer un appel pour que les Nations unies interviennent dans le dossier. « C'est le dernier espoir », déclarait Stéphanie Valois, l'une des membres de l'équipe d'avocats.

Ottawa aura toutefois le dernier mot dans ce dossier.

Avec les informations de CBC News

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