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La rédemption des Smashing Pumpkins

Les Smashing Pumpkins font un retour sur scène.
Billy Corgan de Smashing Pumpkins Photo: Getty Images / Archives/Rick Kern
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – Étiez-vous au festival Osheaga? Non, pas en fin de semaine, mais en 2007, lorsque The Smashing Pumpkins était l'une des têtes d'affiche? Si oui, vous vous rappelez à quel point nous nous sommes emmerdés, tant le jeu de Billy Corgan et de sa bande était mou. En fait, Billy avait visiblement le goût d'être ailleurs ce soir-là.

Rien de tout ça mardi soir au Centre Bell. Corgan, les membres fondateurs James Iha (guitare) et Jimmy Chamberlin (batterie), le guitariste Jeff Schroeder (depuis 2007), ainsi que le bassiste James Bates (le fils de Peter Hook, de Joy Division) et la claviériste australienne Katie Cole étaient énergiques à souhait.

S’il fallait absolument chercher un comparatif dans le passé, disons que le concert incendiaire donné par le groupe de Chicago dans le Centre Molson en septembre 1996 viendrait plutôt à l’esprit. Mais à cette époque, The Smashing Pumpkins était un groupe actuel qui avait le feu.

La nostalgie assumée

De nos jours, Corgan et ses amis jouent la carte de la nostalgie. C’était apparent d’entrée de jeu. Avant même que Corgan ne vienne interpréter Disarm, seul, à la guitare, on voyait défiler sur les écrans géants des références visuelles aux albums du groupe, notamment les jumelles de Siamese Dream qui enflamment le nouveau logo.

Et pendant que Corgan chantait, on voyait des photos de son enfance (avec sa famille, le père Noël) et de son adolescence sur lesquelles apparaissaient des dessins et des mots (garçon amoché, 666, extra-terrestre, mort). Billy sait encore cultiver son image de rebelle, mais la présentation, il faut admettre, était fort intéressante.

Philippe Rezzonico

L’autre facteur qui ne laissait planer aucun doute quant à l’intention nostalgique, c’est l’interprétation de quatre titres (Disarm, Rocket, Siva, Rinocerous) tirés des deux premiers albums (Gish, Siamese Dream) en ouverture. Cela dit, Corgan et ses collègues ont interprété les chansons avec panache, assurance et plaisir, comme s’ils ne se sentaient plus obligés d’offrir absolument de nouvelles compositions.

Dans les faits, plus de la moitié du répertoire proposé était extrait uniquement des disques des années 1990 (Gish, Siamese Dream, Mellon Collie and the Infinite Sadness, Ava Adore), ainsi que de faces B (Blew Away, interprétée par Iha et Cole, et Landslide, la reprise de Fleetwood Mac) et d’un titre pour le cinéma (Drown, de Singles, de Cameron Crowe). Finalement, nous avons eu droit à une tournée de grands succès non annoncée.

À l’inverse, Metric n’a vraiment pas misé sur le passé durant ses 45 minutes passées sur scène en première partie. Ce qui est logique, avec un nouvel album à venir l’automne. Six nouvelles chansons sur neuf interprétées, dont le nouvel extrait Dark Saturday. Disons que cela a pris Breathing Underwater pour réveiller un peu tout le monde, malgré les efforts de Emily Haines.

Pêcher par excès

Si Metric avait pu être plus rassembleur, Corgan a un peu péché par excès. J’ai l’impression qu’il s’est dit qu’il allait bâtir un spectacle aussi audacieux et plus long que l’album Mellon Collie and the Infinite Sadness, qui dure plus de deux heures.

Donc, magnifique, la reprise de Space Oddity, de Bowie, quand Corgan chante sur une plateforme surélevée. Mais était-ce absolument nécessaire? Va pour la reprise de Fleetwood Mac, les citrouilles l’ont gravée à leur compte en 1994, mais Stairway To Heaven, de Led Zeppelin? Remarquez, je n’ai vu personne quitter son siège à ce moment.

J’ai adoré le doublé sensible de For Martha (la mère décédée de Billy) et To Sheila. Dans un concert de trois heures et quart, il est indispensable de varier les ambiances et de reprendre son souffle. Mais il n’aurait peut-être pas fallu les encadrer par Blew Away et Mayonaise. Un peu comme la mayo avec trop d’huile, il y avait soudainement du mou dans la sélection.

Billy Corgan des Smashing Pumpkins donne un concert en Géorgie, en juillet 2018.Billy Corgan Photo : Associated Press / Archives/Paul R. Giunta

En revanche, je ne vais pas me plaindre de la version interminable de Porcelina of the Vast Oceans. Là aussi, un marathon musical doit contenir des chansons moins universelles, mais vénérées des irréductibles. Quoiqu’il en soi, on ne reprochera pas au groupe sa générosité.

S’il y avait une surprise, c’est l’engagement et le plaisir collectifs. Les guitares étaient mordantes, les cymbales de Chamberlin explosaient d’éclat et la voix de Corgan était menaçante là où il le fallait. Bates a été impeccable en remplacement de la bassiste D’arcy Wretzky, notamment sur l’immortelle 1979 durant laquelle Corgan a incité les quelque 10 000 spectateurs à chanter le refrain.

Corgan qui s’adresse à la foule, c’est déjà impressionnant, mais Corgan qui met son bras autour du cou de Iha sur scène, je ne pouvais y croire. Ils se sont tellement détestés durant des années ces deux-là… Mais pour cette tournée Shiny and Oh So Bright, les citrouilles semblent baigner dans la lumière. Même certains des clips sur écran qui accompagnaient les chansons étaient d’une violence considérable.

Zero et Cherub Rock ont fait bondir la foule sans retenue, Tonight Tonight était aussi grandiose que d’habitude, Today était fédératrice au possible et, ça va de soi, Bullet with Buttefly Wings a tout déchiré.

Quand Billy et sa bande sont partis après 195 minutes passées sur scène, je n’avais qu’un mot en tête : rédemption.

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