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L’ancien adjoint de Paul Manafort livre un témoignage accablant

Paul Manafort (à gauche) et son ancien bras droit, Rick Gates

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Radio-Canada
Mis à jour le 

Au sixième jour du procès de Paul Manafort, ex-directeur de campagne de Donald Trump, un témoin a décrit comment Manafort et lui avaient mené à bien un stratagème élaboré d'évasion fiscale et de fraude bancaire à l'étranger.

Témoin vedette des procureurs, Rick Gates, ex-bras droit de Manafort, a expliqué, à sa deuxième journée à la barre des témoins, la manière dont son ex-patron et lui avaient transféré de l'argent dans des sociétés-écran à l’étranger et utilisé des comptes bancaires à Chypre, dissimulant au fisc américain des millions de dollars.

Paul Manafort, 69 ans, et Rick Gates, 46 ans, ont été les premières personnes à faire l’objet d’accusations dans la foulée de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, chargé d'enquêter sur les soupçons d'ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 et sur une possible collusion avec l’équipe de campagne de Donald Trump.

Lui-même accusé d'avoir blanchi de l’argent et caché de l’information aux enquêteurs, Rick Gates coopère cependant avec l'équipe de Robert Mueller depuis qu'il a accepté de plaider coupable en février, en échange d'une peine de prison plus clémente.

Tout en reconnaissant sa responsabilité dans ces manœuvres financières criminelles, il a dépeint son ancien associé comme un homme qui « avait toujours le contrôle des comptes » et qui dictait les actions de son bras droit pendant la décennie où les deux hommes travaillaient ensemble comme consultants politiques.

Devant une salle d'audience comble, Rick Gates a lu les noms de plus d'une douzaine de sociétés-écran qu'il dit avoir créées avec Paul Manafort à Chypre, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines et au Royaume-Uni.

Les procureurs ont déposé en preuve des courriels échangés entre les deux hommes.

L'Ukraine au centre du témoignage

Rick Gates, témoignant contre son ancien partenaire d'affaires, Paul Manafort.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rick Gates, témoignant contre son ancien partenaire d'affaires, Paul Manafort.

Photo : Reuters

Rick Gates a raconté son rôle dans la création de ces comptes bancaires à l’étranger, en vertu d'un arrangement complexe demandé par de riches et puissants hommes d'affaires ukrainiens qui finançaient le travail de consultation politique de Paul Manafort en Ukraine. Manafort était lobbyiste pour le compte de l’ex-président de l’Ukraine, le pro-Russes Viktor Ianoukovitch.

Paul Manafort négociait lui-même la structure des paiements avec les oligarques ukrainiens, tandis que Gates codifiait les détails par écrit, a soutenu ce dernier.

Rick Gates a également décrit comment il avait, à répétition, soumis de faux documents à la demande de Paul Manafort alors que ce dernier considérait payer trop d’impôts. En 2015, son ancien associé était notamment fâché de devoir verser 215 000 $ au fisc sur ses revenus de l'année précédente. « Comment ai-je pu ne jamais voir ça venir. Tu m'as dit que tu t'en occupais. Nous devons discuter des options. C'est un désastre », dit Paul Manafort dans un courriel envoyé à Rick Gates déposé en preuve.

Ce dernier a aussi décrit en détails comment il falsifiait les demandes de prêts et autres documents pour aider Manafort à obtenir plus d’argent.

Rick Gates a plus d’une fois reconnu son rôle dans ces manœuvres criminelles, dans une probable tentative des procureurs de contrer la stratégie de la défense.

La veille, il avait admis avoir détourné des centaines de milliers de dollars à son ancien patron en soumettant de fausses dépenses.

Un contre-interrogatoire musclé

D'ailleurs, lors du contre-interrogatoire, la défense n'a pas manqué de souligner à grands traits son « escroquerie ». Attaquant sa crédibilité à plusieurs reprises, les avocats de Paul Manafort l’ont accusé de mentir et d’avoir été l’instigateur des manœuvres criminelles dont leur client est accusé.

« Ce jury est censé vous croire? Après tous les mensonges que vous avez dits? » Regardant les jurés, Rick Gates a répondu par l’affirmative.

Je suis ici pour dire la vérité […] M. Manafort a eu le même parcours. Je suis ici. J’assume la responsabilité de mes actes. […] J'essaie de changer.

Rick Gates

Paul Manafort, passible de la prison à vie, rejette les accusations de blanchiment d'argent et de fraudes fiscale et bancaire qui pèsent contre lui.

À l'image de Rick Gates, deux autres collaborateurs du président Trump – son ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn et un autre employé de sa campagne, George Papadopoulos – ont plaidé coupables aux accusations portées contre eux.

Au total, 32 personnes ont été accusées par l'équipe du procureur spécial, mais 26 d'entre elles sont des Russes, qui risquent de ne jamais être traduites devant un tribunal américain. Trois firmes russes font aussi face à des accusations; l'une d'elles a plaidé non coupable et se défend en Cour fédérale.

Première ronde

Lors de ce procès, qui résulte des informations découvertes par le procureur spécial Mueller, il ne devrait pas être question d'une possible ingérence de la Russie au moment de la campagne présidentielle de 2016.

Paul Manafort doit subir en septembre un second procès, qui s'inscrit dans le cadre de l'enquête du procureur spécial Mueller. Il devra répondre à des allégations de blanchiment d'argent et de non-déclaration de ses services de lobbyiste en faveur d'un gouvernement étranger.

Les procureurs tenteront notamment d’établir ce que le candidat Trump savait ou non au sujet des liens d’affaires de son directeur de campagne, et s'il y a eu collusion avec la Russie.

Selon le verdict de ce premier procès, les procureurs pourraient faire pression sur Paul Manafort, à la tête de l'équipe Trump entre mai et août 2016, pour qu’il collabore avec eux.

Avec les informations de Associated Press, New York Times, et AFP

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