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« Quiconque fait affaire avec l'Iran ne fera pas d'affaires avec les États-Unis », prévient Trump

Donald Trump (archives)

Photo : La Presse canadienne / Evan Vucci

Radio-Canada

Déjà confrontés à une économie moribonde, les Iraniens réagissent avec colère et peur au rétablissement de sanctions américaines contre leur pays. Le président Trump continue pour sa part de faire pression sur le régime en menaçant de représailles toute entreprise étrangère qui voudrait y poursuivre ses activités. L'Union européenne tente de protéger ses compagnies.

Le président américain Donald Trump s’est félicité de l’entrée en vigueur des sanctions, à minuit (HAE), affirmant dans un tweet qu’elles sont « les plus dures jamais imposées » au régime, et que d’autres suivront en novembre. « Quiconque fait affaire avec l'Iran ne fera PAS d'affaires avec les États-Unis », a-t-il prévenu, avant d'ajouter : « Je demande la PAIX MONDIALE, rien de moins ».

Dans une entrevue accordée lundi à Fox News, le conseiller à la sécurité nationale du président, John Bolton, a réitéré que l’Iran devrait accepter de négocier une nouvelle entente avec Washington pour remplacer l’accord de Vienne sur ses activités nucléaires. Le retrait des États de cet accord, que M. Trump a toujours pourfendu, explique le rétablissement de sanctions.

« Ils pourraient accepter l'offre du président de négocier avec eux, d'abandonner complètement et de manière vérifiable leurs programmes balistique et nucléaire », a dit M. Bolton. « Si les ayatollahs veulent se soustraire aux pressions, ils doivent venir à la table des négociations. »

M. Rohani, qui a investi beaucoup de capital politique dans l'accord nucléaire, a cependant réitéré lundi soir qu’il était « insensé » de négocier avec un pays qui lui livre « une guerre psychologique » en imposant des sanctions « aux enfants iraniens, aux malades et à la nation ».

Si vous êtes un ennemi et que vous poignardez quelqu'un avec un couteau, et qu'ensuite vous dites que vous voulez des négociations, la première chose à faire, c'est d'enlever le couteau.

Hassan Rohani, président iranien
Un homme devant les étalages d'un marché met des denrées dans un sac .

Un homme fait des achats dans un marché de Téhéran.

Photo : Getty Images / ATTA KENARE

Jugeant l’accord de Vienne trop peu efficace, l’administration Trump souhaite conclure un accord plus global avec l’Iran, pour limiter son programme de missiles balistiques et contenir ses ambitions régionales au Moyen-Orient, par exemple en Syrie, au Liban et au Yémen.

Le premier volet des sanctions américaines, qui a pris effet à minuit, comprend des blocages sur les transactions financières en dollars et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l'aviation commerciale.

Elle sera suivie, en novembre, de mesures contre le secteur pétrolier et gazier ainsi que contre la banque centrale.

Les Iraniens aux abois

En Iran, ces sanctions américaines risquent de mettre beaucoup de pression sur une économie qui éprouve déjà de graves difficultés. La rhétorique agressive du président Trump a déjà eu un impact significatif : la monnaie nationale, le rial, a perdu les deux tiers de sa valeur au cours des six derniers mois, l’inflation est en hausse et le taux de chômage demeure élevé.

Au cours des derniers jours, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de manifestations sporadiques et de grèves. Craignant d'être pris en étau entre les manoeuvres de leur gouvernement et les sanctions américaines, de nombreux Iraniens ont mis des dollars de côté et ont fait des provisions ces derniers jours.

Quatre personnes attendent l'ouverture d'un bureau de change.

Des Iraniens attendent l'ouverture d'un bureau de change à Téhéran. Ces bureaux, fermés par les autorités depuis cinq mois, devaient rouvrir leurs portes, mardi, après un assouplissement des règles de contrôle des changes destiné à endiguer le plongeon du rial.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ebrahim Noroozi

Habitués à l'hostilité des États-Unis depuis la révolution islamique de 1979, de nombreux Iraniens dirigent leur colère contre leurs propres dirigeants, si l’on en croit des témoignages glanés à Téhéran par l’AFP.

J'ai l'impression que ma vie est en train d'être détruite. Comme je vois la situation économique aujourd'hui, la classe ouvrière va mourir. Les sanctions affectent déjà gravement la vie des gens. Je ne peux pas acheter à manger, payer le loyer. Personne ne se soucie des ouvriers.

Ali Paphi, travailleur de la construction en Iran

« Les prix ont augmenté depuis trois, quatre mois, et tout ce dont nous avons besoin est devenu tellement cher, avant même le retour des sanctions », déplore Yasaman, un photographe de 31 ans.

Comme beaucoup d’autres, il espère que les dirigeants iraniens accepteront de négocier pour sortir de la crise. « J'espère que cela arrivera un jour. La plupart des gens estiment que les politiciens devront finir par avaler le poison. »

Les prix augmentent à nouveau, mais c'est à cause de la corruption du gouvernement, pas des sanctions américaines. [Le président Rohani] l ne peut pas résoudre les problèmes. Il est clair que ce n'est pas lui qui prend les décisions dans ce pays. Le problème, ce sont nos représentants et notre système.

Ali, travailleur iranien indépendant de 35 ans

Les Iraniens les plus fortunés et éduqués ont eux aussi perdu espoir, mais ils ont toujours la possibilité de quitter leur pays, même si c'est à contrecoeur.

Une Iranienne marche devant une murale où l'on voit un pistolet peint aux couleurs du drapeau américain.

Une Iranienne marche devant une murale peinte sur le mur de l'ancienne ambassade américaine, à Téhéran.

Photo : Getty Images / ATTA KENARE

Sogand, une jeune Irano-Américaine qui s'est installée en Iran pour la première fois il y a cinq ans, dit avoir d'abord profité du dégel des tensions consécutif à l’accord sur le nucléaire. Mais ces derniers mois, son inquiétude n'a cessé de grandir en raison de sa double nationalité, un cas propre à d'autres personnes qui avaient été arrêtées sous accusation d'espionnage. Pour elle, il était temps de partir.

J'ai honte d'avoir abandonné mes collègues pendant la crise économique. Je me sens coupable d'avoir eu les moyens de partir si vite. […] La déstabilisation économique et l'absence de toute perspective financière dans ce pays ont été le dernier clou dans le cercueil.

Sogand, Irano-Américaine qui a quitté le pays
Des Iraniens marchent dans les corridors du bazar.

Des Iraniens font des emplettes dans le vieux bazar historique de Téhéran.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ebrahim Noroozi

L’Union européenne cherche à protéger ses entreprises

L'Union européenne, qui cherche depuis des mois à préserver les acquis de l’accord de Vienne en négociant avec l’Iran, maintient qu’elle regrette le rétablissement des sanctions américaines.

Dans une déclaration publiée lundi par sa cheffe de la diplomatie, Federica Mogherini, et les ministres français, anglais et allemand des Affaires étrangères, l’UE affirme sa « détermination à protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des affaires légitimes avec l'Iran ».

Une législation spécifique en ce sens est entrée en vigueur mardi. Elle vise à contrer le principe d'extraterritorialité des lois américaines, qui permet à Washington de sanctionner des firmes étrangères travaillant avec des pays sous embargo si elles commercent aussi avec les États-Unis ou utilisent le dollar dans leurs transactions.

En entrevue à la BBC mardi, le secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères chargé du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, Alistair Burt, a dit croire au bon fonctionnement de cette législation.

Si une entreprise craint qu'une action en justice et des mesures de rétorsion soient prises contre elle par une entité en réponse aux sanctions américaines, cette entreprise peut être protégée par la législation de l'Union européenne.

Alistair Burt, secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères chargé du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord

M. Burt admet cependant qu’il revient aux entreprises de prendre la « décision commerciale » de faire des affaires en Iran.

Il est toutefois loin d’être clair que cette législation convaincra des géants européens.

La firme allemande Daimler, numéro un mondial de la voiture haut de gamme et des camions, a par exemple annoncé mardi « cesser jusqu'à nouvel ordre » ses activités en Iran. Un projet d'expansion, qui prévoyait notamment la fabrication et la vente de camions Mercedes en partenariat avec des entreprises locales, a aussi été suspendu.

Le fabricant justifie sa décision en évoquant le rétablissement des sanctions américaines, mais aussi par une « évolution moins favorable que prévu » de l'économie iranienne et de son marché automobile.

D’autres multinationales européennes, comme les sociétés françaises Total et Peugeot ou l’Allemande Siemens, ont déjà annoncé leur intention de quitter le pays.

Les échanges de l'Union européenne avec l'Iran ont bondi après que les sanctions internationales contre la République islamique eurent été levées en vertu de l'accord de Vienne. L’Union européenne est ainsi devenue le deuxième partenaire commercial en importance en Iran, après la Chine.

Une femme portant le tchador est assise sur un trottoir de la capitale pour demander la charité.

Une Iranienne accompagnée d'un enfant mendie dans une rue de Téhéran.

Photo : Getty Images / ATTA KENARE

La Russie déçue, Israël se félicite

À l’instar de l’Union européenne, la Russie a déploré le rétablissement des sanctions américaines contre l'Iran et a assuré qu’elle fera « tout le nécessaire » pour protéger l'accord et ses liens économiques avec l'Iran.

« Nous sommes profondément déçus de la décision des États-Unis de rétablir ses sanctions nationales contre l'Iran », a déclaré dans un communiqué le ministère russe des Affaires étrangères. Ces sanctions « visent à saper » l’accord de Vienne, « dont est sorti unilatéralement Washington le 8 mai », a-t-elle ajouté.

Il s'agit d'un exemple clair que Washington continue de violer la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies [concernant l’accord sur le nucléaire] et la loi internationale.

Communiqué de la diplomatie russe

« La communauté internationale ne doit pas accepter que des réussites importantes d'une diplomatie multilatérale soient sacrifiées par les ambitions américaines concernant un règlement de comptes avec l'Iran », ajoute Moscou. « Comme le montre l'expérience de nombreuses années, obtenir des concessions de l'Iran par la voie de la pression ne fonctionne pas. »

En Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou, dont le pays est considéré comme le seul détenteur de l'arme nucléaire au Proche-Orient, a plutôt félicité M. Trump pour le rétablissement des sanctions. « Cela symbolise une détermination à freiner l'agression régionale de l'Iran et son intention de se doter de l'arme nucléaire », a-t-il déclaré lundi.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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