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Montréal-Nord, 10 ans après la mort de Fredy Villanueva

Un homme se tient le menton devant une personne tenant des affichettes représentant Fredy Villanueva.

Pour Will Prosper, la blessure provoquée par « l'affaire Villanueva » n'est pas encore refermée, 10 ans après le drame.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Dix ans après la mort de Fredy Villanueva et les émeutes qui ont suivi, l'arrondissement de Montréal-Nord, dans le nord-est de la métropole, poursuit sa lente transformation pour lutter contre les inégalités sociales et économiques qui ont alimenté les tensions pendant des décennies.

En effet, 10 ans après l'émeute du 10 août 2008, les obstacles sociaux et économiques demeurent légion dans cet arrondissement montréalais

Le taux de chômage y est régulièrement de trois à cinq points de pourcentage supérieur à la moyenne de la métropole : en 2016, ce taux atteignait 12,4 % dans l'arrondissement, comparativement à 9,5 % pour l'ensemble de Montréal.

Des données tirées du recensement de 2016 indiquent également que seulement 13 % de la population en âge de travailler de l'arrondissement gagnait plus de 50 000 $ par année, contre 27 % pour l'ensemble de l'île.

« Bien des gens ont été surpris par les émeutes », rappelle Will Prosper, documentariste et militant des droits civils.

Mais bien des gens qui vivaient dans le quartier et qui travaillaient avec des jeunes n'ont pas été surpris. Ce qui les a surpris, c'est que cela ne se soit pas produit plus tôt.

Will Prosper, militant des droits civils

Pour les proches de Fredy Villanueva et certains intervenants, le refus des autorités d'installer une plaque ou un monument sur la nouvelle place de l'Espoir, dans le parc Henri-Bourassa, là où le jeune homme a été tué par un policier, est un indicateur du chemin qu'il reste à parcourir.

« C'est simplement une autre façon d'enterrer Fredy », illustre M. Prosper, qui fait partie de ceux qui font pression pour que le jeune homme ait droit à un monument commémoratif.

« Pour nous, Fredy, il représente beaucoup de problématiques à Montréal-Nord, beaucoup d'enjeux. Et le fait qu'on essaie de le cacher le plus possible, ça veut dire qu'on ne veut pas adresser ces enjeux-là », dit-il, en parlant notamment de pauvreté, de logements infects, du haut taux de chômage et de décrochage scolaire.

En juin, l'administration de la mairesse d'arrondissement Christine Black annonçait la création de la nouvelle place, en refusant toutefois les demandes pour une oeuvre à la mémoire de Fredy Villanueva.

Nous avons eu des discussions avec les deux camps, et nous estimons qu'aller de l'avant créerait davantage de problèmes que d'harmonie.

Christine Black, mairesse de Montréal-Nord

Fredy Villanueva se trouvait au parc Henri-Bourassa en compagnie de son frère Dany, le 9 août 2008, lorsque deux policiers sont intervenus pour faire cesser une partie de dés.

Au cours de l'altercation qui a suivi, le jeune Fredy, avec quelques-uns de ses amis, a tenté d'intervenir pour empêcher que les policiers Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte ne menottent son frère.

Le policier Lapointe a craint d'être désarmé et a fait feu quatre fois, touchant deux fois Fredy Villanueva et blessant deux autres jeunes.

Dans son enquête, le coroner n'a pas blâmé Jean-Loup Lapointe pour avoir utilisé son arme de service, mais s'est demandé pourquoi le policier n'avait pas tenté de désamorcer la situation.

Le rapport d'enquête a également révélé que la police avait violé plusieurs procédures pendant l'enquête sur la fusillade.

« C'est toujours pareil »

Aux alentours du parc Henri-Bourassa, aujourd'hui, bien des jeunes ne connaissent pas les événements survenus en 2008. Pour d'autres, le souvenir est toujours présent.

Mais ce qui ressort surtout, c'est que « rien n'a changé » depuis une décennie, qu'il s'agisse de la pauvreté au sein de la population ou encore des méthodes de travail de la police, disent-ils.

Cette impression a été renforcée en 2016, lorsque la mort de Bony Jean-Pierre, tué d'une balle par un policier lors d'une opération antidrogue, a provoqué de nouvelles émeutes.

Le policier qui a tiré la balle en question est aujourd'hui accusé d'homicide involontaire.

Pourtant, certaines voix s'élèvent pour affirmer que la situation s'est améliorée dans l'arrondissement. C'est le cas de Brunilda Reyes, directrice de l'organisme caritatif Les Fourchettes de l'espoir, dont les bureaux sont situés non loin du lieu du drame de 2008.

« Si vous me demandez si tout a changé, je vous répondrai que non. Mais il y a de l'aide là où il n'y en avait pas auparavant », dit-elle.

Autrefois fournisseuses d'aide alimentaire, Les Fourchettes de l'espoir ont bénéficié d'un financement accru, à la suite de la mort de Fredy Villanueva, pour offrir plus de services, dont un programme de formation à l'emploi.

Avec des informations de René Saint-Louis

Avec les informations de CBC News

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