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Envoyé spécial

Un an après l'ouragan Maria, Porto Rico se relève lentement

Juan Cosme enlace sa femme dans les ruines de leur maison sur le bord de l'eau.

Juan Cosme et sa femme devant leur maison détruite lors de l'ouragan Maria.

Photo : Reuters / Alvin Baez

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 20 septembre 2017, l'ouragan Maria a mis K.O. Porto Rico, déjà amochée par une grave crise économique et financière. Un an plus tard, l'île des Caraïbes commence à peine à se relever de cette catastrophe.

Un texte de Christian Latreille, envoyé spécial à Porto Rico

L’ouragan Maria a été l'un des plus violents à frapper Porto Rico. Des vents de 280 km/h ont tout arraché sur leur passage.

Avec plus de 4000 morts et 100 milliards de dollars de dommages, Maria est le pire ouragan à survenir sur le territoire américain depuis que Katrina a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005.

Le quotidien de milliers de Portoricains n’est toujours pas revenu à la normale.

L’électricité a pris des mois avant d'être rétablie. Certains résidents en ont été privés durant 10 mois.

C’est le cas d’Arelys Lopez, qui vit dans les montagnes près du village et qui vient tout juste de retrouver le courant.

La dame utilise un bâton pour faire tomber l'eau du toit. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Arelys Lopez doit évacuer l’eau qui s’accumule sur son toit, endommagé par Maria.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

« C’était très difficile. J’ai un petit garçon de huit ans. Il était fou de joie quand l’électricité est revenue. Enfin, nous allons pouvoir dormir avec un ventilateur » a-t-elle lancé, soulagée.

L’électricité d’Arelys Lopez a été rebranchée grâce à l’aide de ses voisins, qui n’en pouvaient plus d’attendre. « Un employé du gouvernement est venu me dire que le courant allait être rétabli dans un mois. Il n’est jamais revenu », déplore la jeune femme.

Des séquelles psychologiques

Après le passage de l’ouragan, les 3,5 millions d’habitants ont vécu des moments d’angoisse, particulièrement dans les régions les plus éloignées comme Castañer, une petite ville au centre de l’île. La détresse de certains habitants est toujours palpable.

Le Dr Javier Portalatin devant son écran d'ordinateurAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Javier Portalatin a observé un nombre élevé de cas de stress et d'anxiété depuis le passage de l'ouragan Maria.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

Le téléphone du psychologue Javier Portalatin ne dérougit pas à l’Hôpital de Castañer.

J’ai observé un niveau élevé d’anxiété, de stress, un niveau élevé de dépression. Ce sont les trois composantes de l’effet Maria.

Le Dr Javier Portalatin

De novembre 2017 à janvier 2018, 3050 personnes ont contacté la ligne d’urgence du Département de la Santé de Porto Rico pour déclarer qu’ils avaient tenté de se suicider. Une hausse de 246 % comparativement à pareille date un an plus tôt.

Le Dr Portalatin constate aussi que les gens deviennent très nerveux quand de forts vents surviennent. « Les gens ont peur. Ils ne se sentent pas en sécurité. Ils ne sont pas prêts à se passer encore d’électricité, d’eau ou de téléphone. »

De plus, une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Harvard a fait passer le bilan des morts de 64 décès directement liés à l’ouragan à plus de 4645 décès directement et indirectement liés à Maria. Des chiffres qui n’ont rien fait pour remonter le moral des Portoricains.

Mais certains sinistrés qui ont tout perdu ne se laissent pas abattre. Ils font preuve de créativité et d’initiative, en transformant une ancienne école abandonnée en plusieurs logements pour une douzaine de familles.

Une école peinte en plusieurs couleurs. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette ancienne école a été recyclée en logement pour une douzaine de familles sinistrées de Maria.

Photo : Radio-Canada / Marcl Calfat

Lissette Perez, 39 ans, y vit avec ses 3 filles. « J’ai étudié dans cette école et j’y ai même travaillé, à la cafétéria. Les enfants sont en sécurité ici », dit-elle. « Je souhaite voir le projet se développer. Je veux voir les jeunes grandir ici. Non seulement y rester, mais continuer à aider les autres familles. »

Lissette Perez devant l'école convertie en logements pour sinistrés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lissette Perez a perdu sa maison pendant l'ouragan Maria.

Photo : Radio-Canada / Christian Latreille

L’économie agricole fragilisée

Par ailleurs, l’agriculture a été l'un des secteurs les plus touchés par l’ouragan de catégorie 5. Des plantations de café, comme celle de Pedro Bengochea Santiago dans les montagnes de Castañer, ont été fortement endommagées par la tempête.

« Maria a détruit presque la totalité de la plantation au moment où nous allions commencer la récolte », affirme un agriculteur. Il a perdu 19 000 de ses 20 000 plants de café. Un désastre, si l'on tient compte qu’un caféier met environ trois ans à produire des fèves.

« Nous sommes profondément insatisfaits. Nous espérions que le ministère de l’Agriculture serait plus rapide. Ils nous ont offert de l’aide qui n’est jamais arrivée », affirme le producteur de café qui souhaite rebâtir sa plantation.

Les fèves de l'arbre à café son endommagésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maria a ravagé plusieurs plantations de café à travers l’île.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

Avant l’ouragan, l’agriculture était l'un des seuls secteurs en croissance à Porto Rico. Un secteur bien important pour l'île, puisqu'elle doit importer la grande majorité de ses biens alimentaires des États-Unis.

Pour Pedro Bengochea Santiago, « un pays sans agriculture n’a pas d’avenir. L’agriculture nous appartient et personne ne peut nous la voler ».

Pedro Bengochea Santiago tient un plant de café.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pedro Bengochea Santiago montre fièrement un plant de café. L’ouragan Maria a ruiné la production de café pour les trois prochaines années.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

La production laitière a aussi été durement ébranlée. José et Noel Lopez, le père et le fils, sont les plus importants producteurs laitiers de l’île. Ils possèdent 10 fermes et 10 000 vaches. Environ 700 d'entre elles sont mortes à cause de l’ouragan.

« Nous sommes incapables de reprendre le marché que nous avions », explique José Lopez, propriétaire de la ferme familiale. « Le réseau électrique est trop fragile et les gens se demandent encore comment ils pourraient bien garder du lait frais dans leur réfrigérateur », précise-t-il.

Les deux hommes côte à côte sourient. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avec un marché laitier au ralenti, José «Tony» Lopez, à gauche, et son fils Noel subissent encore les contrecoups de Maria.

Photo : Radio-Canada / Christian Latreille

Les Lopez doivent donc jeter des milliers de litres de lait qu’ils ne peuvent pas vendre.

La situation est très frustrante. Mais nous devons nous battre pour nous relever. Nous n’avons pas le choix.

Noel Lopez

Les fermes des Lopez ont passé huit mois sans électricité. Ils ont perdu 6 millions de dollars. « J’espère que nous réussirons à survivre. Ça ne sera pas facile. Il faut effacer toutes ces cicatrices laissées par l’ouragan Maria. »

Mieux rebâtir les infrastructures

Omar Bengochea près du chantier de construction. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’ingénieur Omar Bengochea gère la reconstruction de la route 128, détruite à six endroits.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Mais les traces de Maria sautent aux yeux partout. Les maisons détruites jonchent le bord des routes, dont plusieurs sont encore sectionnées. « Nous devons garder à l’esprit que personne ici n’était préparé pour un tel désastre », constate Omar Bengochea, un ingénieur civil âgé de 31 ans, qui est revenu des États-Unis pour aider à la reconstruction de son île natale.

Il tente d’améliorer et surtout de consolider les infrastructures comme la petite route 128 qui s’est effondrée en six endroits. « C’est une route importante pour les fermiers, qui s'arrêtent et nous remercient », dit celui qui travaille maintenant pour l’entreprise de construction de son beau-père.

« Maria a été pour moi le signal parfait pour revenir à Porto Rico ».

Omar croit que l’île va se relever de cette dure épreuve. « Si nous sommes capables de résister à cet ouragan et de reconstruire, ça démontre que nous sommes une communauté forte et qu’à l’avenir nous ne pouvons qu’aller de l’avant. »

Porto Rico aura besoin de tous ses talents pour voir, un jour, un vent d’espoir souffler sur l’île. Plus de 500 000 des 3,5 millions de Portoricains ont quitté l'île depuis 20 ans. Maria a aggravé cet exode vers le continent.

Porto Rico que l’on surnommait à une certaine époque « le joyau des Caraïbes », a un très long chemin à parcourir avant de briller à nouveau.

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