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L'Arabie saoudite expulse l'ambassadeur du Canada et rapatrie le sien

Les explications de Marie-Laurence Delainey
Radio-Canada

L'Arabie saoudite a annoncé le retour au pays de son ambassadeur à Ottawa et l'expulsion de l'ambassadeur canadien, dimanche, en réplique aux critiques formulées par Ottawa quant à la récente répression envers des militants opposés à la monarchie.

Riyad a qualifié l'ambassadeur canadien, Dennis Horak, de persona non grata. Il a 24 heures pour quitter le pays et l'Arabie saoudite dit se réserver le droit d'adopter de nouvelles mesures.

De fait, M. Horak est en vacances à Toronto depuis trois semaines, a pu confirmer CBC.

L'Arabie saoudite suspend également toute nouvelle transaction commerciale avec le Canada.

Cette annonce survient après qu'Affaires mondiales Canada eut publié vendredi un message sur Twitter dans lequel le gouvernement se disait gravement préoccupé par les récentes arrestations d'activistes pour les droits des femmes en Arabie saoudite, notamment Samar Badawi, soeur de Raif Badawi, dont la famille est réfugiée au Québec.

La veille, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland avait écrit sur Twitter qu'elle était « très alarmée » de savoir que Samar Badawi avait été emprisonnée. « Le Canada [continue] de fortement appeler à la libération de Raif et Samar Badawi », avait-elle ajouté.

Le Canada accusé d'ingérence

Le Royaume d'Arabie saoudite n'acceptera pas d'ingérence dans ses affaires intérieures, a déclaré le ministère saoudien des Affaires étrangères après l'annonce du rapatriement de son ambassadeur.

Sur Twitter, ce dernier indique que la position du Canada est une violation grave et inacceptable des lois et procédures du Royaume.

Il est très regrettable que les mots "libération immédiate" figurent dans le communiqué canadien, a aussi déclaré le ministère. C'est inacceptable dans les relations entre deux pays.

Dimanche soir, Affaires mondiales Canada a réagi en se disant « gravement préoccupé » par les récentes déclarations de l’Arabie saoudite.

« Le Canada défendra toujours la protection des droits humains, et donc forcément les droits des femmes », peut-on lire dans le communiqué. « Le gouvernement […] estime que ce dialogue est essentiel à la diplomatie internationale. »

Un geste fort

« C'est un geste quand même spectaculaire et fort de l'Arabie saoudite », a souligné Thomas Juneau, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, sur les ondes de RDI.

Cette réaction est malgré tout en phase avec la politique internationale « agressive » et « défensive » mise de l'avant par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Al-Saoud, a-t-il ajouté.

Toujours sur Twitter, M. Juneau a concédé que « personne n'aime se faire donner de leçons sur les droits de la personne par les Occidentaux », mais que « l'Arabie saoudite est particulièrement vindicative. »

En entrevue à CBC, la femme de Raif Badawi, Ensaf Haidar, s'est dite « surprise » par cette décision de l'Arabie saoudite, mais a indiqué ne pas abandonner sa lutte pour la libération de son mari emprisonné depuis 2012.

En 2014, le gouvernement canadien et l'Arabie saoudite avaient conclu un contrat pour la vente de centaines de véhicules blindés canadiens au Royaume. Le contrat avait été approuvé en 2016 par le gouvernement de Justin Trudeau.

L'Arabie saoudite, qui détient 25 % des réserves connues de pétrole dans le monde, est le premier pays exportateur de pétrole de la planète.

Il ne s'agit que de la troisième source d'importation de pétrole brut du Canada en 2016, soit 11 % des importations, derrière les États-Unis (54 %) et l'Algérie (12 %), selon la base de données de l'Observatory of Economic Complexity du MIT.

Le Canada, pour sa part, y exporte principalement des véhicules armés et des voitures.

Selon le site de l'ambassade canadienne, le Royaume est également le deuxième marché d'exportation en importance du Canada dans la région. De plus, 15 000 Saoudiens étudient au Canada.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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