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La pire sécheresse en 50 ans inquiète les agriculteurs de l'Alberta

Un bétail bovin en pâture près d'une usine de transformation alimentaire à Brooks, en Alberta.

De nombreux éleveurs craignent de devoir vendre certaines de leurs bêtes parce qu'ils n'ont plus de quoi les nourrir.

Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougal

Radio-Canada

Plusieurs régions du sud de l'Alberta connaissent présentement l'été le plus sec en 50 ans. La chaleur et le manque de pluie sont une source croissante d'inquiétude pour les éleveurs et les agriculteurs de la province.

Un texte de François Joly

« Ça me garde éveillé la nuit », raconte le président de l’Association des éleveurs de bœufs de l’Alberta, Charlie Christie.

Son élevage, situé au nord de Calgary, se trouve dans l’une des zones les plus sèches de la province. « Aucun de nos pâturages n’a reçu suffisamment de pluie jusqu’à présent », explique-t-il.

Le sud-est de la province vit actuellement l’un des étés les plus secs de son histoire. La situation est particulièrement problématique dans les régions de Calgary, de Medicine Hat et de Lethbridge. Depuis un an, les précipitations accumulées y sont à leur niveau le plus bas en 50 ans.

La sécheresse touche également les fermiers de la province. « Nous allons probablement produire 50 % moins de grains que l’an dernier », affirme Laverne Gill, dont la ferme est située à l’est de Medicine Hat.

Ce dernier s’inquiète de voir la sécheresse se prolonger : « Nous pouvons traverser une année de temps sec, mais quand ça fait deux ou trois ans, on commence à se demander si son entreprise est viable. »

Beaucoup d'éleveurs de bœufs pourraient être forcés de vendre prématurément certaines de leurs bêtes, faute de pouvoir les nourrir.

Laverne Gill, agriculteur

La loterie des orages

Selon le météorologue du ministère de l’Agriculture de l’Alberta, Ralph Wright, certaines régions de la province ont reçu plus de pluie que ce que laissent présager les statistiques officielles. « Nous avons eu plusieurs semaines d’orage. Les stations météo ne mentionnent pas une grande quantité de pluie, mais le radar montre qu’il y a plusieurs zones de précipitations, explique-t-il. Mais nous n’avons pas eu de vrai système de précipitations important depuis plusieurs semaines. »

Les orages peuvent apporter un soulagement temporaire dans certaines zones, mais ils ne couvrent que de petites portions du territoire. Leur effet est très aléatoire et ne compense pas pour l’absence de système dépressionnaire, ajoute-t-il.

L’hiver a de plus été froid et long, ce qui a forcé les agriculteurs à retarder la période d’ensemencement. Ces derniers cherchent généralement à planter le plus rapidement possible afin de réduire l'exposition de leurs champs à la période sèche qui se produit souvent durant les mois de juillet et d'août.

Une botte de foin avec en arrière plan des vaches.

Le foin se fait rare dans les Prairies en raison du temps chaud.

Photo : Radio-Canada / Patrick Foucault

Des programmes insuffisants

Interrogée à ce sujet vendredi, la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a rappelé que les agriculteurs avaient accès à plusieurs programmes d’aide, dont l’assurance agricole. « Nous allons nous assurer que ces programmes sont accessibles pour aider les propriétaires de fermes et de ranchs », a-t-elle ajouté.

Charlie Christie croit cependant que l’assurance agricole est souvent insuffisante en cas de sécheresse. « Le remboursement que nous recevons pour acheter de la nourriture pour le bétail ne tient pas compte de l’augmentation des prix du foin qu’on observe pendant la sécheresse », déplore-t-il.

Coopérer pour survivre

Il faudra s’attendre à plus d’étés chauds et secs, ajoute pour sa part la professeure à la faculté de design de l’environnement de l’Université de Calgary Mary-Ellen Tyler. « Nous avons eu des périodes sèches et humides au cours de l’histoire, rappelle-t-elle. Nous voyons un changement dans l’intensité des précipitations, mais aussi dans le moment de l’année où elles tombent. » Elle croit que le problème est exacerbé par les changements climatiques.

Elle affirme que le monde agricole devra s’adapter et s'inspirer d’autres pays comme l’Australie, qui a fait face à une intense sécheresse pendant les années 2000. Elle ajoute qu’il faudra revoir la gestion des réserves d’eau, notamment l’allocation des permis d’utilisation de l’eau. « Il faut revoir la gestion du système hydrologique, pas seulement l’eau des rivières, mais aussi l’eau souterraine des Prairies. »

Certaines solutions techniques permettraient de réduire les conséquences de la sécheresse, notamment le fait de limiter l’évaporation de surface dans les canaux d’irrigation et de faciliter la circulation de l’eau souterraine, qui est parfois entravée par les infrastructures telles que les routes.

Plus que tout, Mme Tyler croit cependant qu’il sera nécessaire que les agriculteurs commencent à gérer collectivement les réserves d’eau afin de mettre sur pied une stratégie régionale à long terme.

Alberta

Agro-industrie