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Pêche en haute mer : des distances deux fois plus grandes pour trois fois moins de poissons

Un bateau de pêche en haute mer
Au Canada, la pêche industrielle est limitée aux eaux territoriales. Photo: iStock
Radio-Canada

Les bateaux de pêche en haute mer vont deux fois plus loin qu'il y a 65 ans, mais attrapent trois fois moins de poissons par kilomètre parcouru qu'à l'époque, indique une étude menée par l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) et l'Université de Western Australia (UWA).

Un texte de Michaële Perron-Langlais

Selon les chercheurs, ces résultats prouvent que les ressources des océans ne sont pas utilisées de manière durable. Le groupe de recherche international Sea Around Us note que les pays pratiquant la pêche hauturière subventionnent l’achat de navires et de carburant pour permettre à l’industrie de pêcher à des milliers de kilomètres de leurs côtes.

« Les pays qui ont les pêcheries hauturières les plus puissantes et les plus développées, c’est Taïwan, la Corée du Sud, l’Espagne et la Chine et ils sont tous subventionnés parce qu’on ne peut plus maintenir une flotte hauturière sans subventions », soutient le chercheur principal de l’initiative Sea Around Us à l’UBC, Daniel Pauly.

D’après lui, les bateaux de pêche industriels ne se rendraient pas en haute mer sans l’aide des gouvernements.

« Aller très loin pour attraper du poisson en haute mer, ça ne vaut pas la peine, explique-t-il. Les frais sont trop élevés. Mais quand ce sont les contribuables qui payent, là, ça vaut le coup. »

Ils ne pêchent pas vraiment le poisson, ils pêchent les subventions.

Daniel Pauly, chercheur principal de l’initiative « Sea Around Us » à l’UBC

D’après le chercheur de l’UBC, ces subventions découlent d’une décision politique prise par certains pays qui préfèrent attraper le poisson eux-mêmes plutôt que de l’importer.

L’étude de l’UBC et l’UWA conclut que ce choix encourage une utilisation des ressources qui n’est ni durable ni efficace.

20 pays, 80 % des prises

En cartographiant la croissance de l’industrie depuis 1950, le groupe de chercheurs a constaté que les bateaux de pêche ont aujourd’hui des activités dans 90 % des océans de la planète, soit 30 % de plus qu’au début de la période étudiée.

L’expansion touche principalement les eaux au large de l’Asie du Sud-est, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud et du sud de l’Inde.

Malgré l’augmentation du territoire exploité, la quantité de poissons attrapée par les 20 principaux pays qui pratiquent la pêche en haute mer a grandement diminué. Elle est passée de 25 tonnes de poissons par tranche de 1000 kilomètres au début des années 1950, à seulement 7 tonnes pour la même distance en 2014.

Ces 20 pays, dont ne fait pas partie le Canada, sont responsables de 80 % du total des prises dans le monde.

Permettre aux océans de récupérer

D’après les chercheurs, cette diminution du rendement de la pêche témoigne de l’incapacité de l’industrie à répondre à la demande des consommateurs.

Daniel Pauly considère que chaque pays devrait s’approvisionner en poisson sur ses propres côtes. Remplacer les pêches hauturières par des pêches côtières permettrait, selon lui, aux poissons de mieux se reproduire.

« Les biomasses, les abondances seraient plus élevées et on pourrait mieux exploiter les stocks, de façon plus rentable », conclut-il.

Colombie-Britannique et Yukon

Protection des écosystèmes