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Zombie Boy : quand le « bizarre » attire et repousse

Rick Genest, alias Zombie Boy, de dos

Rick Genest, alias Zombie Boy, est passé de la rue aux passerelles des spectacles de mode, usant de son physique tatoué pour faire sa marque et se distinguer.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Felipe Dana

Radio-Canada

Rick Genest, alias Zombie Boy, est mort comme il a vécu : en suscitant une fascination étonnante partout dans le monde. La nouvelle de son décès a été relayée partout, dans toutes les langues. Sur le site web de Radio-Canada, l'article a donné lieu à un nombre élevé de clics. Le corps et l'image de Rick Genest sont venus chercher en chacun l'attrait pour le morbide et la curiosité pour l'extrême.

Un texte de Vincent Champagne

L’artiste et mannequin, tatoué de la tête aux pieds, s’est fait connaître au tournant des années 2010, lorsqu’il est apparu dans un vidéoclip de Lady Gaga. Propulsé sur la scène de la mode, il s’est transformé en icône atypique.

« Je suis devenu le visage du bizarre, un cadavre parmi les vivants », disait Zombie Boy lors d’une conférence TEDx en 2016. Il en profitait pour remettre en question la normalité, « une illusion », affirmait-il, citant l’auteur américain Charles Addams. « Ce qui est normal pour l’araignée, c’est le chaos pour la mouche. »

Normale ou pas, sa vie a été rock and roll. Élevé en banlieue, différent dès le plus jeune âge, il a souffert de ne pas faire partie du lot. « Chaque jour était une bataille, de souffrance à l'agonie, dans un monde d'ignorants, intimidés par la plupart, amis de peu », disait-il encore, dans un anglais poétique.

À l’adolescence, une tumeur s'est développée dans son cerveau, lui faisant sentir l’odeur de la mort à l’âge où l'on joue plutôt innocemment au hockey ou à la bouteille. Sa vie n’allait plus jamais être la même. Il fréquentera pendant plusieurs années les punks du centre-ville de Montréal, sera l’un d’eux, lavera les vitres des voitures au squeegee, mendiera la petite monnaie qui allait payer sa pointe de pizza quotidienne.

Cette vie différente, alternative, atypique, utilisons le mot que l’on veut, est l’ombre de la vie qu’il aura ensuite, sous les feux de la rampe. Personnage de la rue, il deviendra une vedette des défilés. Le « bad boy » sorti de l’ombre restera malgré tout un « bad boy ».

Car Rick s’est fait tatouer. Pas une étoile, pas un soleil : des vers, des mouches, des os. Devant nous, un mort-vivant, ce « cadavre parmi les vivants » qu’il se targuait d’être en riant. L’image est si forte qu’elle attire autant qu’elle repousse.

L’expression d’une voix trash

Cette image, ce squelette qu’il portait sur la peau, les gens de l’art et de la mode lui trouveront un intérêt. Lady Gaga la première, le designer Thierry Mugler par la suite, de nombreux autres après. « Ils sont allés dans le risque et la provocation », estime Isabelle Gauvin, styliste, conférencière et chroniqueuse de mode.

La provocation a toujours existé dans la mode. Dans toutes les formes d’art, la provocation a sa place, au théâtre, au cinéma, en musique et en mode.

Une citation de Isabelle Gauvin, styliste

Zombie Boy a intéressé le milieu de la mode, parce qu’il permettait d’offrir un contraste extrême à une idée, qu’elle soit celle du luxe ou du raffinement. « Les statement comme celui-là, c’est une façon de faire parler, de remettre en question les standards et d’aller plus loin », dit encore Mme Gauvin, qui prodigue des conseils de style à de nombreux gens d’affaires et artistes québécois.

« La mode, c’est un art », affirme avec vigueur la styliste, pour la détacher du simple phénomène de consommation. En art, comme partout ailleurs aussi, le beau et le laid sont des concepts bien relatifs. « Il y a plein de mannequins qui ont une beauté atypique, qui ont des tâches sur la peau, par exemple », dit Mme Gauvin.

Ainsi, pour un designer, choisir Zombie Boy et le vêtir d’un costume chic, ou d’un jean serré, c’était exprimer une « originalité », « sortir de ce à quoi on est habitué ». « C’est ça, qui faisait que ça devenait intéressant », clame Mme Gauvin.

Le contraste, c’est toujours intéressant.

Une citation de Isabelle Gauvin

Internet, véhicule parfait d’une image forte

Rick Genest

Le mannequin Zombie Boy, sur la passerelle de mode à Rio en 2012

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Felipe Dana

Zombie Boy a-t-il été utilisé par les artistes qui se sont approprié son image? Chose certaine, il cherchait à exprimer sa voix, la sienne, avec ses idées, ses émotions.

Il préparait un album de musique métal, il allait tourner un vidéoclip, selon des informations que son gérant a confirmées à La Presse. « Je ne veux pas juste passer mon temps les doigts dans le nez devant une caméra », disait-il lors d’une entrevue au Journal de Montréal en juin.

Mais s’il a servi les artistes qui ont utilisé son image, il en a tiré profit aussi, estime le consultant en communication numérique Bruno Guglielminetti. Sur les réseaux sociaux, il a su faire sa place, fait-il remarquer.

En effet, Zombie Boy avait son lot d’admirateurs. Sur Instagram, il avait deux comptes, totalisant presque 700 000 abonnés. Sur Twitter, plus de 121 000. Sur Facebook, presque 950 000. « Il avait fait sa place dans ce marché bien niché », indique M. Guglielminetti. Rien à voir avec les 3, 4, ou 5 millions d’abonnés, ou plus, de certaines stars, mais tout de même.

« C’est difficile d’être plus rebelle que lui », observe M. Guglielminetti. Une image soigneusement entretenue sur les réseaux sociaux, une force pour cultiver et entretenir sa marque, note-t-il.

Cette force, c’était sa différence, fait remarquer l'expert. « Il avait beaucoup moins de compétition que d’autres mannequins, parce que les autres, ce sont des beaux messieurs. Ils sont grands, ils sont musclés. Il était l’un des seuls, sinon le seul, à avoir le corps couvert à 90 % de tatouages », fait remarquer M. Guglielminetti.

Il était un ambassadeur parfait pour promouvoir quelque chose de différent, qui voulait provoquer. Il se distinguait de la masse des autres mannequins. C’était différent, c’était là pour choquer, pour faire autrement.

Une citation de Bruno Guglielminetti, consultant en communication numérique

Rebelle, certes, mais sachant utiliser à profit le système, ce même système auquel tout son être semblait dire le « f-word », Zombie Boy – appelons-le par son vrai nom, Rick Genest – est parti avec ses contrastes et sa provocation. Il aura soulevé en nous un coin de notre attrait pour le bizarre et le morbide, un vertige pour la mort, une fascination pour l’extrême.

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