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20 ans après sa bataille contre Monsanto, Percy Schmeiser reste fier du chemin parcouru

Plan serré de Percy Schmeiser en costume cravate qui sourit. En flou en arrière-plan : un agent de la GRC.
Le fermier de la Saskatchewan Percy Schmeiser sourit à la sortie de la Cour suprême du Canada, à Ottawa, le mardi 20 janvier 2004. Photo: La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

La bataille judiciaire a fait le tour du monde : le géant des biotechnologies Monsanto contre le fermier de Bruno, en Saskatchewan, Percy Schmeiser. David contre Goliath. Vingt ans plus tard, bien qu'il ait perdu sa cause en Cour suprême, l'homme de 87 ans reste fier d'avoir provoqué la discussion sur les organismes génétiquement modifiés.

Le 6 août 1998, Percy Schmeiser recevait une lettre du géant des biotechnologies Monsanto. Il était poursuivi parce que dans ses champs, se trouvait du canola génétiquement modifié par la compagnie, le Roundup Ready Canola. La culture en question avait été créée par la multinationale pour résister à l’herbicide du même nom, le Roundup, et ainsi être plus forte et plus généreuse.

La défense de Percy Schmeiser était que ce canola s’était retrouvé parmi ses cultures de façon accidentelle. Comme les agriculteurs ensemencent à partir de leurs graines de l’année précédente, pour M. Schmeiser, ce canola modifié était indissociable de celui qui lui appartenait. Or, les fermiers qui souhaitaient utiliser le Roundup Ready canola de Monsanto devaient acheter de nouvelles cultures chaque année.

« Ça n’a jamais été la politique de Monsanto, d’exercer nos droits de brevet lorsque des cultures, qui contiennent du canola résistant au Roundup, se retrouvent dans un champ de façon involontaire ou inattendue. Mais avec M. Schmeiser, ce n’était certainement pas le cas », déclare aujourd'hui la directrice des affaires publiques et de l’industrie chez Monsanto, Trish Jordan.

Une longue bataille

La confrontation entre une grosse corporation qui voulait défendre sa propriété intellectuelle et un petit producteur plaidant pour les valeurs traditionnelles agricoles a fait grand bruit au pays, mais aussi à l’échelle internationale.

Ça a complètement changé nos vies.

Percy Schmeiser

« C’était une situation très difficile en raison du caractère public de tout ça. C’était beaucoup de pression sur notre famille et une grande partie de notre vie privée avait disparu », se souvient Percy Schmeiser.

C’est grâce au soutien financier de personnes qui croyaient en la cause que la famille Schmeiser a pu trouver les moyens de poursuivre la lutte.

« Vous avez une société qui vaut des milliards, qui se bat contre un agriculteur qui est loin d’avoir les mêmes ressources. C’était vraiment difficile », confie M. Schmeiser.

Il avait tout misé dans cette bataille, qui a duré six ans et qui l'a complètement dépassé. « Pendant longtemps, on ne savait pas s’il nous resterait la ferme et si nous allions pouvoir garder la maison vu les frais juridiques très élevés qu’on a dû couvrir pour faire face à une entreprise comme celle-là », précise-t-il.

La cause a d’abord été entendue à la Cour fédérale du Canada. Percy Schmeiser a par la suite fait appel de la décision à la Cour d’appel fédérale pour terminer devant la Cour suprême du Canada, qui a, elle aussi, donné raison à Monsanto, mais dans une décision serrée à cinq contre quatre.

Plan serré de Percy Schmeiser (à droite) et de sa femme Louise. Ils regardent l'objectif en souriant et il porte une rose rouge à la boutonnière.Percy Schmeiser confie que sa femme Louise a été d'un grand soutien tout au long de sa bataille contre le géant, Monsanto. Photo : The Associated Press

Bien loin d’être une défaite

Malgré ce jugement, Percy Schmeiser voit le tout comme une victoire parce que la Cour suprême a simplement ordonné que les deux parties paient leurs frais juridiques. Le fermier n’avait donc « pas un sou » à payer à Monsanto.

« Au bout du compte, cette histoire s’est bien terminée et nous avons attiré l’attention du monde entier sur ce que sont les OGM et les problèmes qu’ils peuvent créer pour les agriculteurs », affirme-t-il.

« Nous avons toujours pensé que, si on cultive un produit ou une graine sur sa terre, on devrait avoir le droit de le réensemencer et que ce droit ne devrait pas nous être enlevé », estime-t-il encore aujourd’hui

À quelques jours des 20 ans de ce procès des plus médiatisé, Percy Schmeiser est tout aussi troublé par le fait qu’une corporation comme Monsanto puisse posséder une culture exploitée par de petits producteurs.

« Au début, les gens se sont installés dans ce pays pour être libres et pour que les agriculteurs puissent cultiver les plantes de leurs choix. Ce droit ne devrait pas être bafoué. Nous sommes toujours d’avis que ce n’est pas juste », déclare-t-il, toujours aussi convaincu.

Quant à Monsanto, la compagnie n’est pas non plus sortie indemne de cette bataille judiciaire. Tout au long du processus, elle a été considérée comme la méchante grande corporation.

« C’était vraiment la grosse compagnie contre la perception d’un petit fermier qui n’a rien fait de mal. Les gens adorent ces histoires de héros ordinaires », explique Trish Jordan, directrice des affaires publiques et de l’industrie chez Monsanto.

Elle assure que les effets négatifs de cette bataille ont été limités et que Monsanto a continué à grandir et à concevoir de nouvelles biotechnologies. Pour la multinationale, ce procès a été un cas emblématique, mais, aujourd'hui, elle a tourné la page.

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