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Comment Montréal compte-t-elle lutter contre les îlots de chaleur?

Une carte
Le centre-ville de Montréal est particulièrement touché par le phénomène des îlots de chaleur, notamment le secteur du Vieux-Port. Photo: Ministère de la Sécurité publique
Radio-Canada

Plus d'arbres, plus de parcs, plus de toits verts : tels sont les objectifs de l'administration de Valérie Plante pour lutter contre les îlots de chaleur. Alors qu'un été particulièrement chaud touche la métropole, la Ville compte notamment davantage végétaliser son centre-ville et met la pression sur le Vieux-Port.

Un texte de Romain Schué

« Il y a urgence », clame Coralie Deny, directrice du Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal.

« D’ici 20 ans, explique-t-elle, les spécialistes prévoient 40 journées au-dessus de 30 degrés. Ce sera la moitié de l’été, c’est énorme. »

Face à cette menace climatique et aux îlots de chaleur qui pullulent sur l’île de Montréal, des actions concrètes et fortes doivent immédiatement être posées par les élus des différents ordres gouvernementaux, affirme la responsable de cet organisme qui milite pour davantage d’espaces verts dans la métropole.

Est-ce qu’on va rester tout ce temps au frais, avec la clim? Non, les gens auront envie d’être dehors, surtout ici, où l’on passe déjà notre temps à l’intérieur chaque hiver.

Coralie Deny, directrice du Conseil régional de l'environnement de Montréal

Au cœur des inquiétudes : le centre-ville de Montréal, un secteur où la Ville souhaite attirer des dizaines de milliers de familles durant les prochaines années.

Le Vieux-Port en ligne de mire

Ces craintes, l’administration de Valérie Plante dit en avoir pleinement conscience. Celle-ci explique avoir « pas mal de projets en route pour permettre de combattre les îlots de chaleur », selon Robert Beaudry, responsable du développement économique à Ville de Montréal.

Citant le futur réaménagement de la rue Sainte-Catherine, avec des trottoirs élargis et la plantation d’un arbre tous les 9 mètres, ou encore la création d’un parc sur l’îlot Eugène-Lapierre, à proximité du Quartier des spectacles, la Ville veut « déminéraliser le centre-ville » et « le rendre plus vert ».

Surtout, la métropole compte intensifier la pression auprès de la Société immobilière du Canada (SIC), chargée de la gestion du Vieux-Port.

Augmenter le nombre de végétaux sur cet espace long de 2,5 km est l’un des objectifs de la Ville de Montréal. « On souhaiterait les amener là. On a ce virage-là à prendre », détaille Robert Beaudry, tout en ne cachant pas quelques points de discorde avec les derniers projets présentés par la SIC.

Le projet du Vieux-Port de MontréalLe projet du Vieux-Port de Montréal Photo : Conception Daoust Lestage

En juin dernier, le Vieux-Port a présenté un plan directeur en privilégiant la création d’un hôtel sur le quai de l’Horloge, mais aussi des résidences et des commerces dans le secteur de la Pointe-du-Moulin.

« Nous, on souhaite que ce soit accessible [au public], que les vues soient conservées sur le bord de l’eau », fait savoir Robert Beaudry.

Ces récentes « discussions » avec la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM) semblent porter fruit. « On s’ajuste, on est à l’écoute », affirme Jean-Philippe Rochette, porte-parole de la SVPM.

Même si la construction d’un hôtel est toujours à l’ordre du jour sur le quai de l’Horloge, l’organisme fédéral compte désormais « créer un espace vert public » dans ce secteur.

Le nombre de places de stationnement sera revu à la baisse et les espaces végétalisés passeront de 24 % à 41 % de la superficie du quai de l'Horloge, ajoute-t-il, en mentionnant vouloir « doter les bâtiments du secteur de toits verts ».

Aucun échéancier n’est cependant avancé par le Vieux-Port.

Plus d’accès à l’eau

Alors que la Ville rêve d’un bain portuaire, l’administration Plante compte également revitaliser les berges de l’est du centre-ville. Une série de consultations viennent d’être lancées afin de profiter du déménagement de la brasserie Molson et du redéveloppement de Radio-Canada pour revoir l’accès au fleuve.

La brasserie Molson à Montréal                               La brasserie Molson à Montréal Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

« On a l’occasion du siècle pour faire un parc au bord de l’eau », s’enthousiasme Félix Gravel, directeur de cabinet de l’arrondissement de Ville-Marie.

Si ce projet permet de créer une agréable zone fraîche dans ce secteur industrialisé, il se heurte cependant aux voies ferrées du Canadien National. Des discussions sont néanmoins en cours afin de créer des chemins de traverse, voire de déplacer ces rails, assure Robert Beaudry.

Questionné sur ce sujet, le gouvernement fédéral soutient l’administration Plante. « Il faut s’assurer que tout le monde a un accès pour aller au frais », confie le député Marc Miller, tout en admettant que ce dossier est « un peu délicat » en raison des négociations à mener « avec tous les intervenants ».

J’ai vu beaucoup de projets, des ponts, des voies souterraines. Il y a beaucoup d’idées et ça prend de l’investissement. Mais j’appuie l’administration de Montréal pour avoir plus d’accès au fleuve.

Marc Miller, député de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Sœurs

Plus de toits blancs, dit le CRE

Interdire les toits goudronnés, qui emmagasinent la chaleur, est l’une des principales décisions à prendre à l’échelle de la Ville de Montréal, soutient le CRE.

Avant-gardiste dans ce domaine, Rosemont–La Petite-Patrie a privilégié l’installation de toits « blancs » en revoyant son règlement au début de l’actuelle décennie.

Carte avec des toitsDe nombreux toits blancs ont été installés dans l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie ces dernières années. Photo : Google Earth

« On avait fait des études sur ce sujet et on comprenait que si l’on ne changeait pas rapidement les habitudes, ce serait difficile. Un toit, ça ne se change que tous les 15 ans. Il fallait agir », se souvient le maire de l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau.

Selon ce dernier, le marché et les entrepreneurs se sont rapidement ajustés. « Désormais, installer un toit blanc a un coût quasiment identique. C’est la loi de l’offre et de la demande. Et tout le monde est gagnant, puisque chaque citoyen fait aussi des économies d’énergie », reprend-il.

Si certains arrondissements ont suivi ce modèle, d’autres ont privilégié des actions différentes. Sur Le Plateau-Mont-Royal, qui compte près d’une centaine de ruelles vertes, les conditions sont moins strictes concernant les toitures. « Nous, on a mis beaucoup d’énergie au niveau du sol », justifie la conseillère Marianne Giguère.

Près de 2400 arbres supplémentaires ont été plantés depuis 2003, rapporte-t-elle, en estimant que « les citoyens doivent avoir conscience que c’est dans leur intérêt de ne pas avoir un toit foncé ».

La Ville pourrait-elle harmoniser à l'avenir son règlement sur l’ensemble de son territoire?

« C’est sûr, à terme, c’est quelque chose qui serait souhaitable, même si l’autonomie des arrondissements est très importante pour nous », répond Robert Beaudry.

Garnir les murs aveugles

Verdir les murs extérieurs, qui ne contiennent aucune ouverture, doit être systématique, affirme le Conseil régional de l’environnement (CRE). « Il faut faire pousser des vignes, ça donne de la fraîcheur et ça capte les polluants », explique Coralie Deny, directrice du CRE.

Revoir les zones industrielles

Cauchemar des environnementalistes, les zones industrielles doivent également être revues, annonce le CRE, qui réclame un pourcentage précis de canopée, imposé par la métropole.

L’arrondissement de Saint-Laurent a déjà pris les devants, ces dernières années, en obligeant les promoteurs à planter des arbres dans les stationnements extérieurs.

« On n’a pas le choix, car on a un parc industriel immense et lorsqu’on regarde les îlots de chaleur chez nous, ce n’est pas glorieux », admet un élu du secteur, Francesco Miele.

Sur place, le supermarché IGA a d'ailleurs installé le plus important toit vert du pays.

Obliger les promoteurs n’est cependant pas aisé, reconnaît M. Miele.

Il faut des élus avant-gardistes, qui ont les coudées franches. À chaque fois que l’on doit accorder un permis, il faut être en mesure de demander quelque chose qui va améliorer notre sort collectif.

Francesco Miele, conseiller de Saint-Laurent

Enfin, du côté du centre-ville, l'arrondissement de Ville-Marie exige des frais de parc qui équivalent à 10 % de la valeur d’un terrain qu’un promoteur veut développer. Cette mesure permet notamment à la Ville de créer d'autres parcs ou espaces verts dans un lieu différent. Ce choix laissé à une entreprise privée fait enrager le CRE.

« Il faut arrêter, critique Coralie Deny. On ne peut plus laisser un promoteur payer au lieu de créer des espaces verts. Partout, il faut du verdissement. Si on veut arriver à lutter contre les îlots de chaleur, il faut des réglementations. Sinon, ce n'est pas un bon message envoyé. »

Grand Montréal

Politique municipale