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AcadieNor : des liens avec le Parti libéral et de « petites gâteries »

Deux hommes se serrent la main. On ne voit pas les visages.

Un haut dirigeant d'AcadieNor entretient des liens étroits avec le Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

Photo : iStock / Pattanaphong Khuankaew

Radio-Canada

Un haut dirigeant d'AcadieNor, Lucien Sonier, entretient des liens étroits avec le Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Des dépenses associées à des activités partisanes ont notamment été remboursées à même les coffres de l'organisme de développement économique recevant des fonds publics, selon des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la Loi sur le droit à l'information.

Un texte de René Landry

Le vice-président du conseil d’administration d’AcadieNor, Lucien Sonier, est un organisateur politique du Parti libéral depuis longtemps. Dans des relevés de dépenses, on apprend qu’il a réclamé à AcadieNor des frais pour sa participation à des activités partisanes.

Le 25 avril 2015, il se rend à Dieppe pour assister à une mise en boîte (bien cuit) en l'honneur du ministre libéral Roger Melanson. À son retour, il réclame la somme de 744,54 $ à AcadieNor.

La Ville de Caraquet soutient alors qu’AcadieNor est indépendante de la Municipalité et que l’organisme gère ses propres affaires. N'empêche, au bas d’une note de l'hôtel Fairfield Marriott de Moncton, il est indiqué que, tel que demandé, une copie finale de la facture sera envoyée par courriel à une employée de la Municipalité de Caraquet.

Lucien Sonier en entrevue.

Lucien Sonier, un des dirigeants d'AcadieNor

Photo : Radio-Canada

Le 13 novembre 2015, Lucien Sonier est à Fredericton où il assiste au congrès biennal du Parti libéral. Il réclame environ 425 $ à AcadieNor.

Deux ans plus tard, en octobre 2017, il participe à une soirée à Fredericton en hommage à l'ancien premier ministre libéral du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, qui lui coûte plus de 600 $, qu’il réclame aussi à AcadieNor.

Cela fait partie du jeu, se défend AcadieNor

Président du conseil d'administration d'AcadieNor depuis 2015, Gilles Lanteigne défend le droit des dirigeants de l'organisme de participer à des activités politiques partisanes.

Il faut garder à l'esprit que la corporation AcadieNor, si elle a réussi à bâtir ce qu'elle a actuellement, c'est grâce à l'aide provinciale. C'est normal, des fois, de reconnaître ces gens-là pour leur dire merci. On l'aurait fait autant au niveau de l'autre parti s'il avait été au pouvoir, croit Gilles Lanteigne.

Ils peuvent appeler ça du ''give and take'', mais ça fait partie de la game de faire du développement économique.

Gilles Lanteigne, président du conseil d'administration d'AcadieNor

En agissant de la sorte, est-ce que les dirigeants d'AcadieNor espèrent obtenir des « renvois d'ascenseur »?

Oui, oui, ça fait partie de la game. En développement économique, tu bâtis des relations, des contacts, tu as besoin d'aide. Ça prend un triparti, qui veut dire le provincial, le fédéral et le municipal, répond Gilles Lanteigne.

Au resto avec Isabelle Thériault

Le 11 août 2017, Lucien Sonier déjeune au restaurant Le Caraquette. Il réclame les frais de ce déjeuner avecI. Thériault, comme indiqué dans les documents.

Isabelle Thériault, alors directrice générale du Festival acadien de Caraquet, affirme qu'elle songeait déjà, à ce moment-là, à se lancer en politique.

Quelques jours après un entretien avec Radio-Canada, Isabelle Thériault précise, après avoir consulté son agenda, que la rencontre servait à discuter des délégations qui seraient présentes pour la fête nationale des Acadiens et des Acadiennes, le 15 août.

Elle assure qu'il n'a pas été question de politique avec l'organisateur libéral et dirigeant d’AcadieNor, Lucien Sonier.

Deux mois après ce déjeuner, Isabelle Thériault annonce sa candidature à l'investiture libérale dans la circonscription de Caraquet.

Isabelle Thériault serre une main, tout sourire.

Isabelle Thériault a remporté l'investiture libérale dans la circonsription de Caraquet.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Des fruits de mer à Fredericton

Dans des relevés de dépenses de l'organisme, on note plusieurs achats de fruits de mer, particulièrement à l'approche des Fêtes.

Le 23 mai 2016, Lucien Sonier achète des homards pour la somme de 217,68 $. Dans la colonne de justification des dépenses, il est inscrit Fredericton. Le lendemain, il s'arrête pour manger au restaurant Portage, à Miramichi, en direction de la capitale provinciale.

Quelques jours plus tard, le 31 mai, il est à la Poissonnerie ProMer, à Caraquet, où il achète de gros homards cuits, du crabe frais, un filet de sole et des pétoncles. La facture s’élève à un peu plus de 125 $.

Le bâtiment et l'affiche ProMer. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le 31 mai 2016, Lucien Sonier dépense plus de 125 $ à la poissonnerie ProMer de Caraquet, qu'il se fait rembourser par AcadieNor.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Pour les seules années de 2015, 2016 et 2017, dont Radio-Canada a obtenu les relevés de ses dépenses, Lucien Sonier s'est fait rembourser un peu plus de 820 $ en achats de fruits de mer. Les seules indications justificatives qu'on trouve dans les documents sont les mots promotion ou encore promotion de Noël.

À deux reprises, pour ce qui est des fruits de mer, il est aussi indiquéFredericton. Le 21 décembre 2017, la promotion Noël prend une autre forme : une facture de 120 $ au restaurant Pizza Delight, à Caraquet.

Le directeur général de la Ville de Caraquet, Marc Duguay, n'est pas en reste. Alors qu'il est secrétaire d'AcadieNor, il autorise le remboursement d'une dépense qu'il a lui-même faite : plus de 300 $ en fruits de mer.

Une facture de fruits de mer. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alors qu'il est secrétaire d'AcadieNor, Marc Duguay autorise le remboursement d'une dépense qu'il a lui-même faite: plus de 300$ en fruits de mer.

Photo : Radio-Canada / René Landry

De petites gâteries

Souvent, on pourrait envoyer une carte de fête ou un certificat cadeau. Étant donné qu'on est au pays des fruits de mer, on aime remercier les gens qui nous ont aidés. C'est tout à fait normal. Souvent, ça va être des gens qui nous ont aidés à aller chercher des subventions, qui nous ont aidés à monter des plans de travail et ainsi de suite, explique le président du conseil d’administration d’AcadieNor, Gilles Lanteigne.

Gros plan sur le homard dont on voit les grosses pinces.

Un beau homard frais

Photo : iStock

Ces cadeaux sont-ils destinés à des élus ou à des fonctionnaires provinciaux ou fédéraux? Je sais que ça va à certains représentants, mais je n'ai aucune idée des personnes, dit Gilles Lanteigne.

Interrogé davantage, il va plus loin.

On va emmener une petite gâterie et on va manger ensemble.

Gilles Lanteigne, président d'AcadieNor depuis 2015

Ça ne veut pas dire pour autant que la remise est juste au fonctionnaire, mais aussi aux gens de Caraquet qui vont participer à ces rencontres-là. Je vous dirais que les fonctionnaires sont quand même des gens rationnels. Ils prennent des décisions basées sur des faits, des plans d'affaires. Je ne pense pas que ç'a une si grosse influence, mais ça garde à avoir de bonnes relations, admet-il.

L’ex-maire de Grande-Anse Réginald Boudreau, qui a déjà siégé au conseil d’administration d’AcadieNor quand l’organisme en était à ses premiers pas, n’est pas étonné.

Quand j'étais maire de Grande-Anse, à Fredericton, on me disait que la Ville de Caraquet était très généreuse. C’était des fonctionnaires qui disaient ça.

Réginald Boudreau, ancien membre du conseil d'administration d'AcadieNor

Des cadeaux aux élus

Le directeur général de la Ville de Caraquet, Marc Duguay, a reconnu lors d'une conversation au téléphone que la Municipalité avait l’habitude d’offrir des bouteilles de vin en coulisses, à Fredericton.

L'homme devant l'hôtel de ville de Caraquet.

Marc Duguay, lors d'une entrevue, il y a quelques années.

Photo : Radio-Canada

Ainsi, des représentants de la Municipalité se rendaient à Fredericton et distribuaient des bouteilles de vin dans les bureaux de ministères.

Il s'agissait de cadeaux à des personnes influentes au sommet de la hiérarchie décisionnelle : des ministres, des sous-ministres, des fonctionnaires importants.

La petite municipalité voulait être dans les bonnes grâces du gouvernement. Marc Duguay assure que cette pratique a cessé vers 2009.

Lucien Sonier et Marc Duguay n’ont pas voulu accorder d’entrevue à Radio-Canada.

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