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Sexe, drogue et science : des chercheurs s'intéressent au « chemsex »

Gros plan sur une quantité importante de comprimés de toutes les tailles et de toutes les couleurs.
Si le « chemsex » demeure encore une pratique marginale, elle est suffisamment répandue pour que les autorités de santé publique s'inquiètent. Photo: iStock

Les travaux de chercheurs pourraient permettre une meilleure intervention auprès des adeptes du « chemsex », une pratique où les gens consomment de la drogue en ayant des relations sexuelles. Il n'existe que très peu de données sur le sujet, mais tous les intervenants estiment que le « chemsex » serait en hausse dans la communauté homosexuelle. Des scientifiques tentent donc de déterminer l'ampleur du phénomène.

Un texte de David Savoie, de Les années lumière

C'est un terme peu connu du grand public, mais dans certaines sphères, c'est beaucoup plus commun. Le « chemsex », c'est la contraction des mots chemicals et sex, un terme utilisé pour désigner le mélange de drogues et de relations sexuelles. Le phénomène du « chemsex » peut inclure à la fois plusieurs substances – comme le GHB, l'amphétamine, l'ecstasy et surtout la méthamphétamine – ainsi que plusieurs partenaires.

Le « chemsex » est présent tant chez les hétérosexuels que parmi les communautés homosexuelles, mais c'est davantage codifié au sein de la communauté gaie, notamment sur les applications de rencontre. Des utilisateurs vont indiquer leurs préférences pour des rencontres sexuelles qui impliquent la consommation de drogues, connues dans le milieu comme du « party and play », ce qui peut être traduit par « faire la fête et jouer ».

Si la pratique demeure relativement marginale au sein de la communauté homosexuelle, le phénomène pose des risques. « Il y a les effets directs de la substance, comme des psychoses, il y a l'effet des modes de consommation », explique la docteure Sarah-Amélie Mercure, responsable médicale du service ITSS et réduction des méfaits à la direction de la santé publique de Montréal. « L'autre chose qui nous préoccupe, c'est qu'étant donné que c'est une consommation qui se fait en contexte sexuel [...] notre préoccupation, c'est autour des infections transmises sexuellement. »

Le reportage de David Savoie a été diffusé à l'émission Les années lumière, à ICI Radio-Canada Première.

Une pratique difficile à quantifier

Chercheurs et intervenants communautaires sur le terrain s'entendent sur le fait qu'il semble y avoir une hausse de la pratique à l'heure actuelle. Mais cela demeure difficile à démontrer en l'absence de chiffres sur le phénomène.

C'est que le « chemsex » n'a pas fait l'objet d'études exhaustives au Canada. Si plusieurs études ont été publiées sur le sujet ailleurs dans le monde, en Angleterre, aux Pays-Bas ou en Espagne, chez nous, seules des données parcellaires sur Toronto ou Vancouver sont disponibles, et rien du côté de la métropole québécoise.

Cette absence de données sur Montréal a mené à la création du site Internet Monbuzz.ca, un outil pour faire de la recherche scientifique et de la sensibilisation. Le projet est le fruit de la collaboration entre le milieu communautaire et le domaine scientifique. L'organisme sans but lucratif REZO, de Montréal, qui fait la prévention du VIH et d'autres infections transmises sexuellement au sein de la communauté gaie, et le chercheur Jorge Flores Aranda, de l'Institut universitaire sur les dépendances et professeur associé à l'Université de Sherbrooke, ont mis sur pied la plateforme.

Les utilisateurs de la plateforme pouvaient y remplir un questionnaire sur leur consommation de drogue et leurs habitudes sexuelles. Quelque 110 personnes ont rempli le questionnaire, ce qui a permis de dresser un premier portrait de la situation à Montréal. Selon les résultats, 75 % des répondants n'ont pas consulté de médecins en lien avec leur consommation de substance, et 46 % n'ont pas subi de dépistage. Mais il s'agit encore de résultats préliminaires.

Alexandre Dumont Blais et Jorge Flores ArandaAlexandre Dumont Blais, de l'organisme REZO, et Jorge Flores Aranda, chercheur à l’Institut universitaire sur les dépendances et professeur associé à l’Université de Sherbrooke, ont collaboré à la création du site Monbuzz.ca. Photo : Radio-Canada / David Savoie

« Parmi les gens qui avaient une consommation problématique, la grande majorité avait quand même une certaine préoccupation quant aux conséquences ou aux comportements à risque que leur consommation entraînait », explique le professeur Jorge Flores Aranda.

En revanche, ce qui est assez intéressant, c'est que pour ceux qui avaient une consommation qui était modérément problématique, leur niveau de préoccupation n'était pas assez élevé.

Le Pr Jorge Flores Aranda

Selon le chercheur, il s'agit là d'un signe qu'il faut intervenir auprès des personnes qui ont une consommation encore relativement contrôlée. « C'est là où l'intervention adaptée peut vraiment faire un changement à moyen et long terme », ajoute Alexandre Dumont Blais, de l'organisme REZO.

Entre-temps, une autre étude, menée dans trois villes (Vancouver, Toronto et Montréal) devrait aussi permettre d'avoir une meilleure connaissance du phénomène du « chemsex » au pays. Les résultats de cette étude sont attendus au cours de la prochaine année.

Une formation « chemsex 101 »

Le phénomène préoccupe suffisamment la direction de la santé publique de Montréal pour que celle-ci crée une toute première formation pour ses intervenants : Chemsex 101. « L'idée, avec cette formation-là, c'est d'avoir au moins une base, quelles sont les substances les plus impliquées, quel est le lien avec la sexualité, pour déceler les situations problématiques », explique la docteure Sarah-Amélie Mercure.

Montréal serait parmi les premières villes canadiennes à avoir développé une approche sur le sujet. Mais les intervenants dans le milieu voudraient quand même qu'il y ait davantage de ressources destinées aux personnes qui consomment des drogues lors de relations sexuelles.

Sexualité

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