•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le vin, une industrie en plein changement

Des vignes près de Kelowna.

Vignoble dans la vallée de l'Okanagan

Photo : Radio-Canada / Mylène Briand

Radio-Canada

La production et la consommation de vin dans le monde ont bien changé au cours des dernières décennies. L'Europe n'a plus le monopole des grands crus, de nouveaux joueurs entrent en scène et les consommateurs deviennent de plus en plus exigeants.

Un texte de Ximena Sampson

Nous vivons actuellement une mondialisation du secteur viticole, croit Vicente Pinilla, professeur à la Faculté d’économie de l’Université de Saragosse, en Espagne, et coresponsable d’une base de données sur les marchés globaux du vin.

« À partir des années 60, il y a une révolution dans la consommation », affirme-t-il. « Des populations d’origine non méditerranéenne, comme les Anglo-Saxons et les Scandinaves, commencent à consommer de façon croissante. Le vin entre dans les habitudes de consommation de pays comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis. »

Le vin devient alors un produit de consommation de masse.


Changement dans la consommation de vin entre 1966 et 2016

Carte du monde selon la consommation de vin par habitant.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Changement dans la consommation de vin entre 1966 et 2016

Photo : Radio-Canada / Wine Economics Research Centre

Note : Il s'agit des chiffres pour 2016 ou pour la dernière année disponible. Les données pour la Belgique englobent aussi le Luxembourg.

Source : Annual Database of Global Wine Markets (Nouvelle fenêtre), Wine Economics Research Centre, Université d'Adelaïde, juillet 2018.

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

En parallèle, on vit un changement dans les pays traditionnellement buveurs de vin, où la consommation chute brutalement.

Avant les gens buvaient énormément, relate Vicente Pinilla. « Le vin faisait partie de la diète; c’était une source de calories pour une population de travailleurs ruraux », soutient-il.

C’était un vin peu cher, de piètre qualité. Les exigences des consommateurs étaient basses.

À mesure que la société s’urbanise et que les labeurs physiques diminuent, la consommation de vin décroît.

« Les nouveaux consommateurs boivent moins, mais ils choisissent des vins de plus haute qualité », affirme Jean-Marie Aurand, directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). « C’est une consommation axée sur le plaisir. »

Deux femmes souriantes, des coupes de vin rouge à la main, assises par terre sur un tapis près d'un sofa. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il y a des vins pour toutes les occasions pour la Saint-Valentin.

Photo : iStock

La génération des consommateurs qui buvaient tous les jours au moment des repas en quantité significative a disparu et les nouveaux consommateurs adoptent les standards internationaux.

Jean-Marie Aurand, directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin

« On observe une convergence dans les habitudes mondiales de consommation de boissons alcoolisées », explique Vicente Pinilla. Ainsi, dans les pays reconnus comme buveurs de bière, la consommation de vin explose et, inversement, dans les pays traditionnellement consommateurs de vin, la consommation de bière est en croissance.

« L’Espagne est en train de rattraper l’Allemagne et l’Autriche », soutient Vicente Pinilla.

Les plus gros consommateurs

Cinq pays absorbent à eux seuls la moitié de la consommation mondiale de vin.

Mais de nouveaux acheteurs commencent à prendre leur place.

« La Chine s’est hissée au cinquième rang des pays consommateurs dans le monde et cette tendance ne peut que se poursuivre dans les années à venir », souligne Jean-Marie Aurand.

La croissance de la consommation asiatique est fulgurante. En plus de la Chine, la Corée du Sud et le Japon boivent de plus en plus.

Si on regarde la consommation par habitant, cependant, le portrait est tout autre.

Les Canadiens, y compris les Québécois, ont eux aussi augmenté fortement leur consommation.

Julie Audette, fondatrice de l’agence d’importation Le vin dans les voiles, constate cet engouement au quotidien. « On vend de plus en plus de vin et les gens boivent de mieux en mieux », croit-elle.

Ça devient une norme de boire de bons vins sains.

Julie Audette, fondatrice de l’agence d’importation Le vin dans les voiles

Elle remarque que les Québécois sont curieux face au vin. « Ils sont audacieux et vont boire des vins d’autres pays que la France et l’Italie. Ils essaient des vins de l’Amérique du Sud, de l’Europe de l’Est ou des vins grecs. »

Le marché s’est internationalisé et il y a de plus en plus d’options pour les consommateurs.

Du côté de la production

Ce changement constitue le deuxième aspect de la mondialisation vinicole, croit Vicente Pinilla.

Les pays producteurs du Nouveau Monde, comme l’Argentine, l’Uruguay, le Chili, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis, ont commencé à exporter dans les années 1980, concurrençant les producteurs européens.

« Ils ont un énorme succès en ce qui concerne la pénétration des marchés », dit Vicente Pinilla. « Leurs vins se comparent aux bouteilles haut de gamme européennes. »


Changement dans la production de vins entre 1966 et 2016

Carte du monde selon la production annuelle de vin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Changement dans la production de vins entre 1966 et 2016.

Photo : Radio-Canada / Wine Economics Research Centre

Note : Il s'agit des chiffres pour 2016 ou pour la dernière année disponible. Les données pour la Belgique englobent aussi le Luxembourg.

Source : Annual Database of Global Wine Markets, Wine Economics Research Centre, Université d'Adelaïde, juillet 2018

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

La révolution du vin est loin d’être terminée, croit Jean-Marie Aurand, de l'Organisation internationale de la vigne et du vin.

« On a maintenant une troisième génération de pays, dont la Chine, mais aussi le Brésil et des pays de l’Europe de l’Est, comme la Géorgie et la Moldavie, qui font de gros efforts de modernisation », affirme-t-il.

Il y a de plus en plus d’acteurs sur le marché international, ce qui veut dire une concurrence de plus en plus importante.

Jean-Marie Aurand, directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin

« Le marché se mondialise tant du côté de la production, parce qu’il y a plus de pays en concurrence, que du côté de la consommation, parce que la population [qui consomme du vin] est plus large, tant du point de vue social que géographique », croit Vicente Pinilla.

Quelle place pour le vin canadien?

Les vins canadiens tentent de se faire une place dans ce marché très concurrentiel, mais leur part de marché demeure encore mince, soit 0,2 % de la production mondiale.

Les consommateurs d’ici, par contre, apprécient de plus en plus les vins de leur région. Les vins de la péninsule du Niagara et de la vallée de l’Okanagan ont la cote depuis un bon moment, tandis que ceux du Québec commencent à faire parler d'eux.

« La qualité est au rendez-vous », croit Julie Perreault, animatrice-formatrice à l’Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec. « Il y a eu un bond au niveau qualitatif au cours des 10 dernières années. »

Des vignes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les viticulteurs québécois espèrent produire 10 millions de bouteilles par an d'ici 10 ans.

Photo : Radio-Canada

Outre cette tendance à la consommation locale, les produits biologiques sont eux aussi très en vogue depuis quelque temps.

« Les gens veulent savoir ce qu’il y a dans la bouteille et d’où ça vient », soutient Julie Audette, de l'agence d'importation Le vin dans les voiles. « Il y a une dizaine d’années, les vins nature et biodynamiques étaient une petite niche, dit-elle, alors que maintenant tout le monde en veut. »

Un constat que partage Jean-Marie Aurand, qui souligne que la production de vin biologique se développe rapidement dans le monde.

« Ce souci de la durabilité, non seulement économique, mais aussi environnementale et sociétale, est une tendance lourde », conclut M. Aurand.

Bière et vin

Économie