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Feu de forêt en Ontario : des résidents se préparent au pire

La femme sort un paquet de son congélateur pour le mettre dans une grosse glacière avec l'aide de son conjoint.

Olga a transféré le contenu de son congélateur dans une glacière avant de quitter la maison.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

Radio-Canada

Dans le Nord de l'Ontario, l'immense feu de forêt Parry Sound 33 n'a toujours pas été maîtrisé et continue de menacer un tronçon de l'autoroute Transcanadienne et les communautés environnantes. C'est le cas de Rivière des Français, où de nombreux résidents ont décidé d'évacuer volontairement leur maison. Portrait d'une communauté sur le qui-vive.

Un texte de Christian Noël

C’est la fumée qui a forcé Olga Beaulieu et son mari Gabriel à laisser leur maison d’Alban pour aller se réfugier à Sudbury.

La boucane était tellement épaisse, on ne voyait pas les arbres en arrière. On avait de la misère à respirer. Et mon mari a des problèmes pulmonaires. Quand il a commencé à haleter, on a su que c’était le temps de partir.

Olga Beaulieu, résidente d’Alban

Elle a transféré le contenu de son congélateur dans une glacière. Elle a fait ses valises, avec des choses essentielles, comme du linge, ses papiers d’assurances, et même son testament. Mais aussi des effets personnels qui ont une valeur sentimentale.

Les photos auxquelles on tient... Mon certificat de mariage que j’ai encadré, je l’ai décroché et je l’apporte.

Olga Beaulieu

Elle pousse un grand soupir. Elle est fatiguée par les préparatifs du départ, exténuée par l’anxiété des derniers jours, émue d’abandonner sa maison sans savoir quand elle pourra y revenir.

L'homme se tient devant sa roulette, à Sudbury.

Luc Séguin et sa famille vont quitter leur maison à bord de leur roulotte.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

« C’est l’été, les enfants veulent jouer dehors, mais avec la fumée, c’est impossible, c’est même peut-être dangereux », dit Luc Séguin, un résident de Noëlville.

Avant de partir, il jette un dernier coup d’œil à sa propriété sur le bord de l’eau. Au loin, il y a quelques jours, il pouvait voir l’intensité du feu de forêt qui se dirige vers sa communauté. « Le soir, le ciel était rouge, rouge, rouge. Le feu se réfléchissait sur les nuages. C’était infernal », ajoute-t-il.

Luc Séguin observe la fumée au-dessus du lac.

Luc Séguin observe la fumée au loin.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

Sa maison n’est pas dans une zone touchée par un avis d’évacuation, mais il s’inquiète quand même un peu.

C’est pas drôle penser de même, mais ça pourrait arriver qu’on revienne ici et qu’on n'ait plus de maison. Mais ça, c’est du matériel. On essaie de ne pas y penser. Il faut penser à la famille en premier.

Luc Séguin, résident de Noëlville

Des agriculteurs inquiets

Jean-Pierre Beaulieu, de Noëlville, s’inquiète pour son troupeau de 130 vaches. Le vétérinaire l’a averti que la fumée constante et lourde pourrait avoir un effet sur leur santé. Il est même en contact avec des scientifiques de la Californie, qui étudient présentement l’effet des feux de forêt sur les troupeaux.

L'homme se tient dans son étable; on voit quelques vaches en arrière-plan.

L'agriculteur Jean-Pierre Beaulieu, de Noëlville s’inquiète pour son troupeau de vaches.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

« L’inquiétude principale, c’est la fumée. L’effet n’est pas nécessairement immédiat, mais ça les prédispose à avoir une pneumonie dans les semaines suivantes », dit M. Beaulieu.

Lui et des dizaines d’agriculteurs de la région se préparent à évacuer leurs bêtes. Pour Jean-Pierre, déplacer 130 vaches d’un coup sera un défi logistique qui prendra 48 heures et des dizaines de camions de transport.

On ne veut pas déplacer les vaches, parce que si on les change d’étable, il y a des risques qu'elles attrapent des maladies auxquelles elles ne sont pas habituées.

Jean-Pierre Beaulieu, éleveur

De retour à Alban, Olga se prépare à fermer sa maison à clé. « Est-ce qu’il te manque quelque chose? » lance-t-elle à son mari. « Ma canne, ma canne, elle est sur la table », répond-il. « Ah oui, je l’avais oubliée, elle n’était pas sur ma liste… »

Le couple a fini de mettre ses affaires dans le coffre de sa voiture.

Olga et son mari sont prêts pour quitter leur maison, sans oublier leur chien.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

Nerveuse, elle jongle avec ses clés pour déverrouiller de nouveau sa porte. Dans la frénésie du départ, l’émotion est palpable.

« C’est très stressant. Parce que là, on ne sait pas quand on va revenir. Tu te dis : "On verra. À la grâce de Dieu…" »

Olga s’installe au volant, son mari est sur le siège passager avec leur chien Léo. La voiture s’éloigne. Olga part sans regarder derrière elle.

Nord de l'Ontario

Feux de forêt