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Les changements à l'aide sociale ontarienne décriés à Ottawa

La ministre des Services à l'enfance, des collectivités et des Services sociaux, Lisa MacLeod en conférence de presse à Queen's Park

La ministre des Services à l'enfance, des collectivités et des Services sociaux, Lisa MacLeod

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La réduction de la hausse de l'aide sociale et l'annulation du projet pilote sur le revenu minimum garanti, proposées par la ministre des Services sociaux et communautaires de l'Ontario, ont été froidement accueilli par des groupes communautaires à Ottawa, mercredi.

Ces changements ont notamment été qualifiés de retour en arrière.

Lisa MacLeod avait notamment annoncé mardi une hausse de 1,5 %, plutôt que celle de 3 % qui avait été annoncée par le gouvernement libéral précédent, pour les bénéficiaires du programme Ontario au travail et ceux du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées.

Une personne seule sur l'aide sociale en Ontario reçoit 8700 $ par année, soit un peu plus de 700 $ par mois.

Quand on vit avec 8700 $, on passe beaucoup de notre temps en survie et à chercher des services gratuits dans la communauté, alors c’est une chose qui va être très difficile pour les gens de revenir en arrière, soutient Hélène Ménard, directrice générale du centre d’éducation financière Entraide budgétaire Ottawa, ajoutant que revenir à un système qui est punitif n’est pas une très bonne idée pour les gens qui vivent de l’aide sociale.

Hélène Ménard est directrice générale du Centre d'aide financière d'Entraide budgétaire Ottawa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La directrice générale du Centre d'aide financière d'Entraide budgétaire Ottawa, Hélène Ménard.

Photo : Radio-Canada

L'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) s'est elle aussi désolée de ce changement de cap. Ces mesures avaient été prises par l’ancien gouvernement, mais elles faisaient suite à des recommandations faites par différents organismes et experts dans la communauté. Elles auraient eu un effet positif sur les personnes qui en bénéficient, a indiqué dans un communiqué Maïra Martin, la directrice générale d’AOcVF.

C'est le même son de cloche pour Tim Aubry, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa et titulaire d’une chaire de recherche sur la santé mentale communautaire et l’itinérance.

Ça reflète l’idéologie, la perspective du nouveau gouvernement. C’est malheureux, parce qu’on parle des gens qui vivent dans la pauvreté. Même avec les sortes de revenus qu’ils obtiennent avec ces programmes, ce n'est pas assez.

Tim Aubry, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa

Il estime que l'augmentation de 1,5 % sera insuffisante, considérant une augmentation du coût de la vie qui oscille autour de 2 % annuellement. On vise les gens les plus marginalisés, les plus démunis de la province au début de leur mandat pour [économiser] de l’argent, c’est tout. Ça nous dit qui vont être les cibles de ce nouveau gouvernement, déplore-t-il.

De son côté, le député provincial néo-démocrate d'Ottawa-Centre, Joel Harden, rejette en bloc les propositions de la ministre MacLeod. Si le gouvernement pense que 1,5 % de plus que [la prestation mensuelle] est bien, je vais dire à mon amie Lisa MacLeod de vivre une journée dans les souliers des quelques personnes qui font leur vie avec ce montant-là, dit-il.

Nécessaire sur le plan fiscal?

Certains économistes voient, de leur côté, ce recul comme étant nécessaire pour la santé des deniers publics ontariens.

« Le gouvernement ontarien fait face à un large déficit et à d'importantes dettes. Alors il faut se demander s'il peut se permettre des dépenses supplémentaires. Malgré cela, il a décidé de hausser cette dépense », a souligné Charles Lammam, directeur des études fiscales à l’Institut Fraser.

La sévérité des problèmes fiscaux de l'Ontario ne doit pas être sous-estimée. Toutes les dépenses de la province doivent être examinées à la loupe et cela inclut la hausse de l'aide sociale.

Charles Lammam, directeur des études fiscales à l’Institut Fraser

M. Lammam croit aussi qu'une hausse de l'aide sociale n'est pas nécessairement positive pour ceux qui en bénéficient.

« Quand on hausse continuellement les montants d'aide sociale, il y a le risque de décourager les gens d'améliorer leur propre situation en travaillant », a-t-il argué.

Le revenu minimum garanti aux oubliettes

De son côté, le projet pilote sur le revenu minimum garanti, lancé en avril 2017, devait durer trois ans et évaluer l'efficacité d'un revenu de base versé aux personnes à très faible revenu. Selon un modèle de crédit d'impôt, le projet pilote permettait aux participants de toucher jusqu'à 16 989 $ par an pour une personne seule et jusqu'à 24 027 $ par an pour un couple, moins 50 % de tout revenu perçu.

C’était une tentative de faire une réforme de tous les programmes qui amènent une source de revenus aux gens, et de le mettre en dessous d’un programme de revenu minimum garanti et de donner le pouvoir aux gens de décider comment ils allaient utiliser le revenu minimum garanti, en plus de mettre en place des mesures incitatives au travail, a expliqué M. Aubry.

Il estime qu'annuler ce projet après un an est un non-sens. On va [économiser] juste un peu d’argent, mais je pense que peut-être que le gouvernement était inquiet de ce que l’étude allait démontrer, a-t-il dit.

De son côté, M. Lammam estime que ce programme allait décourager les Canadiens à faible revenu à travailler. « Un transfert d'argent additionnel n'est pas la bonne façon de diminuer la pauvreté », a-t-il jugé.

100 jours pour une refonte

Lisa MacLeod s'est d'ailleurs donné un délai de 100 jours pour développer et présenter une réforme de l'aide sociale aux Ontariens.

Beaucoup de travail a été fait, à regarder le système, indique Hélène Ménard. On a fait plein de recommandations sur comment améliorer le système. Donc, je vois difficilement comment, dans 100 jours, on pourra développer un meilleur système que la feuille de route qu’ils ont développée.

Cent jours, je trouve ça très court et je leur souhaite bonne chance.

Hélène Ménard, directrice générale d'Entraide budgétaire Ottawa

Pour Tim Aubry, ce sont les politiques du gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris qui reviennent. La dernière fois que ce genre de politique a été mise en place, ça n’a pas eu beaucoup de succès, selon lui.

Un homme donne une entrevue dans le couloir de l'ancien hôtel de ville d'Ottawa.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tim Aubry, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Il prédit d'ailleurs que le salaire minimum n'augmentera pas à 15 $ par heure, tel qu'avait promis l'ancien gouvernement libéral.

Avec les informations d'Alexandra Angers et Roxane Léouzon

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