•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Annulation de Kanata : « La première censure, c’est d’avoir peur », dit Ariane Mnouchkine

La fondatrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine, tend les mains, en parlant, assise sur un fauteuil.
La fondatrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine Photo: Getty Images / Priyanka Parashar
Radio-Canada

Une semaine après l'annulation controversée de Kanata, Ariane Mnouchkine dénonce la censure économique dont le Théâtre du Soleil et Robert Lepage ont fait l'objet, tout comme la radicalité de certains discours publics.

« Un moment donné quand on est mis dans l’incapacité soit psychologique, soit financière, morale de jouer, ça finit quand même par être de la censure », a-t-elle dit mercredi matin à Stéphan Bureau, à l’émission Médium large. Elle avoue du même coup ne jamais avoir vécu une telle injonction auparavant.

Quant à la rencontre à huis clos avec la trentaine d’Autochtones, la directrice du Théâtre du Soleil en garde un bon souvenir, saluant notamment « l’extrême bonne volonté » de plusieurs, mais se désolant que certains se soient ensuite appuyés « sur ce qui n’avait pas été résolu plutôt que sur ce qui était en train de se résoudre ».

« La revendication à laquelle je ne pouvais pas accéder, c’était : « Nous voulons jouer dans votre spectacle sur votre scène, à la place de certains de vos comédiens, raconte-t-elle. Évidemment, c’était impossible. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, le théâtre. C’est là qu’il y avait un grand désaccord. »

La première censure, c’est d’avoir peur.

Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil

La femme de théâtre souligne les possibles dérives de laisser uniquement les Autochtones raconter leurs histoires. « Artistiquement, ils se trompent. C’est une injonction qui fait fi de tout ce qui est universel, de tout ce qui nous unit plutôt que de tout ce qui nous différencie. C’est de chercher une espèce de pureté originelle dans nos cultures. C'est très "interrogeant", pour ne pas dire effrayant. »

Raconter des histoires, pas une appropriation culturelle, dit Mnouchkine

Pour ceux qui accusent les créateurs d'appropriation culturelle, il y a une différence entre une marque qui reprend un motif culturel pour ses produits et les histoires, estime Ariane Mnouchkine.

« Une marque prend un design, elle doit demander l’autorisation et, pourquoi pas, elle doit payer, et que cet argent aille à un fonds de soutien à l’artisanat des Premières Nations », soutient Ariane Mnouchkine, en entrevue téléphonique depuis le Japon.

« Mais les histoires, les mythes, les histoires du monde, les histoires des peuples, des Premières Nations… où qu’elles soient, parce qu’il n’y a pas qu’aux Amériques. Il y a des Premières Nations dans le monde entier. Nous, acteurs, au moment où on nous nie, on va jusqu’à l’absurde. »

[C’est] accepter l’interdiction pour des acteurs, petit à petit, de jouer tout. Si on laisse dire qu’il n’y a que telles communautés, tels peuples qui peuvent joueur leur histoire, un jour, des grands patrons vont dire [qu’]on n’aura plus le droit de jouer un président, un roi.

Ariane Mnouchkine

Des projets avec les artistes autochtones?

Elle indique d’ailleurs les avoir invités à présenter leurs oeuvres sur la scène de son théâtre à Paris parce que « l’une des participantes a dit : “Mme Mnouchkine, nous ne voulons plus être invisibles.” » « J’ai entendu ça, ça me paraît une revendication légitime », reconnaît-elle.

On ne peut pas acheter la paix à tout prix. Mais en fait, on achète toujours la paix, il y a toujours de l’échange pour obtenir une paix. La paix n’est jamais parfaite.

Ariane Mnouchkine

Elle poursuit en disant que plusieurs Autochtones présents durant la rencontre savaient qu’il était question de discussions et de compromis. Acheter la paix, « c’est donner quelque chose d’autre qui est tout aussi favorable, mais pas exactement la chose impossible, c’est-à-dire que soit interdit de jouer tout », explique Mme Mnouchkine.

Le Conseil des arts du Canada réplique

En entrevue avec Manon Globensky à l'émission Midi info, mercredi, le directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, s'est montré très critique des propos tenus par Mme Mnouchkine.

« Je trouve que l'on sort beaucoup de grandes expressions et des explications boiteuses au lieu d'affronter la véritable discussion et d'assumer que l'art est tel qu'il provoque parfois des controverses et qu'il faut vivre avec ces controverses », a-t-il expliqué.

M. Brault souligne avoir toujours des questions sur les réelles raisons derrière l'annulation du spectacle Kanata puisque la compagnie de production américaine qui aurait retiré son financement n'a pas expliqué sa décision publiquement.

Le directeur du Conseil des arts du Canada estime aussi qu'il ne s'agira pas de la dernière polémique autour d'une production artistique et que des débats seront de plus en plus fréquents.

« Qu'il y ait des débats autour de sujets comme la manière dont on traite les choses au théâtre ou dans la littérature, pour moi c'est le bienvenu », ajoute M. Brault en citant l'exemple des Grands Ballets canadiens qui ont dû apporter des modifications à leur saison 2018-2019 dédiée aux femmes, alors que la majorité des chorégraphes de la programmation était des hommes.

Arts de la scène

Arts