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Zimbabwe : trois morts lors d'émeutes dénonçant des fraudes électorales

Le récit de Sophie Langlois
Radio-Canada

Trois personnes ont été tuées lors de manifestations postélectorales mercredi à Harare, a annoncé la police du Zimbabwe, après l'intervention de l'armée contre des partisans de l'opposition qui dénonçaient des fraudes aux scrutins de lundi.

« La police de la République zimbabwéenne voudrait confirmer la mort regrettable de trois personnes pendant les émeutes et la mêlée qui s’est produite dans le centre de Harare », a déclaré la porte-parole de la police Charity Charamba à la télévision nationale.

Le principal parti d’opposition au Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a condamné l’armée pour avoir tiré à balles réelles et « sans raison apparente » contre ses partisans mercredi à Harare, lors de manifestations.

« Nous condamnons dans les termes les plus forts [...] la brutalité dont nous avons été victimes aujourd’hui sans aucune raison », a déclaré le porte-parole du MDC, Nkululeko Sibanda, à la presse à Harare.

De son côté, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a déclaré l'opposition « responsable » de toute perte humaine lors des manifestations.

Des partisans de l’opposition accusent la commission électorale de fraudes après l’annonce que le parti au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980, la ZANU-PF, a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Un homme est étendu au sol dans une rue de la capitale du Zimbabwe. Deux hommes  sont penchés vers lui. Deux Zimbabwéens viennent en aide à un homme blessé après que l'armée eut ouvert le feu sur une foule de manifestants à Harare. Photo : Getty Images / MARCO LONGARI

Lors de ces affrontements, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour tenter de disperser la foule massée devant des bureaux temporaires de la commission électorale. La foule a riposté à coups de pierre. Des coups de feu à balles réelles ont aussi été tirés.

Des barricades ont été érigées dans la ville avec des blocs de béton et des pierres. Des policiers antiémeutes ont bloqué l’accès au siège du principal parti de l’opposition, le MDC, tandis que des véhicules militaires patrouillaient en ville.

Le président Mnangagwa, qui a succédé en novembre à Robert Mugabe, écarté après près de quatre décennies au pouvoir par un coup de force de l’armée et de son parti, a lancé un appel au calme.

Des nombreux policiers antiémeutes sont rangés près d'une barricade, derrière laquelle se trouvent des partisans de l'opposition. Des policiers antiémeutes empêchent des partisans du MDC d'entrer dans l'immeuble où la commission électorale a dévoilé certains résultats des élections mercredi matin. Photo : Getty Images / LUIS TATO

Soucieux de se démarquer de son ex-mentor, dont il est le successeur et l'ancien bras droit, il avait promis des élections justes, pacifiques et transparentes et avait invité des observateurs occidentaux, une première en 16 ans, aux élections présidentielle, législatives et municipales de lundi, les premières depuis la chute de Robert Mugabe.

Des observateurs dénoncent « l’inégalité des chances »

Les observateurs de l’Union européenne (UE) ont dénoncé mercredi dans un communiqué « l’inégalité des chances » entre les candidats aux élections générales au Zimbabwe et des « intimidations d’électeurs », tout en soulignant que le climat politique s’est « amélioré » dans ce pays.

Mercredi, la commission électorale (ZEC) a publié les premiers résultats partiels des législatives. Sur 205 des 210 circonscriptions du pays, la Zanu-PF obtient 144 sièges, ce qui lui assure la majorité à la chambre basse, tandis que le MDC rafle 61 sièges.

Selon ces chiffres, la ZANU-PF a donc obtenu la majorité absolue à la chambre basse.

Le patron du MDC, Nelson Chamisa, a affirmé que les résultats de la présidentielle étaient en train d’être truqués.

Les partisans du ZANU-PF dans les rues de Harare après les élections générales au ZimbabweDes partisans de la ZANU-PF, dans les rues de Harare, après les élections générales au Zimbabwe Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Les résultats des législatives annoncés mercredi par la ZEC contredisent les annonces du MDC, qui avait revendiqué la victoire la veille. Une proclamation ayant suscité la colère du gouvernement, qui a menacé d’arrestation ceux qui annoncent des résultats alors que le décompte se poursuit.

De son côté, le président Mnangagwa, patron de la ZANU-PF, avait dit mardi avoir bon espoir de gagner. « Les informations obtenues par mes représentants sur le terrain sont extrêmement positives », a-t-il assuré.

Les électeurs se sont déplacés en masse lundi pour les premières élections générales post-Mugabe, alors que le pays est embourbé dans une grave crise économique depuis près de deux décennies.

Robert Mugabe, lâché par l’armée et son parti de la ZANU-PF après avoir limogé Emmerson Mnangagwa de son poste de vice-président, avait été contraint de démissionner en novembre après 37 ans au pouvoir.

Avec les informations de Agence France-Presse

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