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Une usine américaine responsable de la rupture de stock d’EpiPen

Les explications de Catherine Kovacs

Ce sont des problèmes d'« inspection » qui causent des retards de livraison dans la seule usine qui produit l'EpiPen, explique la pharmaceutique Pfizer Canada.

Lundi, Pfizer a avisé Santé Canada que les stocks d’auto-injecteurs seraient « très limités » au mois d’août, et que plusieurs pharmacies pourraient venir à en manquer au cours des prochains jours.

L’usine qui fournit Pfizer, située à Brentwood, dans le Missouri, aux États-Unis, connaît des retards, explique Vincent Lamoureux, directeur des affaires corporatives chez Pfizer.

C’est la troisième fois cette année que l’entreprise annonce une rupture de stock de ce médicament, qui est essentiel pour les personnes allergiques. En cas de réactions graves, elles doivent s’injecter la dose d’adrénaline que contient l’auto-injecteur et se diriger rapidement à l’urgence.

« La médication qui se trouve à l’intérieur du dispositif, ça va », explique Dominique Seigneur, de l’association Allergies Québec. « C’est tout le dispositif autour qui est assez complexe. Ça prend des audits et des validations. »

La source de ces problèmes d’« inspection » évoqués par Pfizer remonte à février 2017, lorsque la U.S. Food and Drug Administration (FDA) a inspecté l’usine de l’entreprise Meridian Medical Technologies, une sous-compagnie de Pfizer qui fabrique l’EpiPen.

Pendant les cinq semaines de cette inspection, l’agence américaine a dénombré plusieurs violations de la réglementation en vigueur, notamment en ce qui a trait à la gestion des lots défectueux.

Selon la FDA, certains auto-injecteurs ne propulseraient pas correctement l’adrénaline, aussi connue sous le nom d’épinéphrine, dans le muscle des utilisateurs, ce qui rend l’injecteur inefficace.

Elle a émis un avis, lui enjoignant de « corriger rapidement les violations », sous peine de poursuite ou de perte de contrat.

Au Canada, seule Pfizer produit des auto-injecteurs d’adrénaline, et son usine de Brentwood est la seule à manufacturer le produit.

Deux autres entreprises ont déjà manufacturé des injecteurs d'adrénaline, mais elles ont discontinué leur distribution au Canada, indique Mme Seigneur. Aux États-Unis, plusieurs fabricants se partagent désormais le marché, indique-t-elle.

Entrevue avec François Paradis, président de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec

Que faire?

Les personnes allergiques qui ont besoin d’un EpiPen doivent rester vigilantes, mais ne pas se ruer dans les pharmacies, indique l’Ordre des pharmaciens.

« Nous allons d’abord assurer les patients qui ont besoin d’une nouvelle ordonnance », indique Patrick Boudreault, directeur des affaires internes et du soutien professionnel de l’Ordre. « Quelqu’un qui n’avait pas d’EpiPen, qui vient d’être diagnostiqué […], et qui a besoin du dispositif, ce sont les gens qu’on va prioriser. »

Les gens qui voudraient obtenir un deuxième ou un troisième EpiPen, par commodité, ce n’est peut-être pas dans les prochaines semaines qu’il serait temps de le faire.

Patrick Boudreault, Ordre des pharmaciens du Québec

Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de la date de péremption, indique par ailleurs Dominique Seigneur, d’Allergies Québec.

« Ce qu’on dit aux patients qui ont un EpiPen qui [va] expirer au mois d’août, […] même si on est en septembre et que vous avez encore un peu de difficulté à vous approvisionner, gardez-le et utilisez-le comme s’il n’était pas périmé », dit Mme Seigneur.

Les pharmaciens et les hôpitaux conservent des doses pour les situations urgentes, ce qui peut être une solution. Toutefois, étant donné la nature grave des réactions allergiques, la dose doit être injectée le plus rapidement possible, indique Mme Seigneur, qui rappelle aux gens l’importance de le garder avec soi.

Le mois d’août est l’une des périodes de l’année où le produit est le plus demandé, notamment à cause du retour en classe, mais aussi à cause des allergies induites par la végétation.

Des solutions pour contrer les pénuries

Les pénuries de médicaments ne sont pas rares, note François Paradis, président de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. « On a affaire à un phénomène qui est très complexe et qui a des ramifications internationales », dit-il.

Les molécules peuvent être produites dans une usine n’importe où dans le monde, avant d’être acheminées dans d’autres usines pour être conditionnées en pilules, sirop ou autre format, indique-t-il.

Dans cette chaîne d’approvisionnement complexe, il convient de faire des provisions, explique M. Paradis, soit en hôpital ou en pharmacie, ou encore en exigeant par contrat, de la part du fabricant, qu’il conserve des surplus en usine.

Au Québec, les établissements de santé tentent de conserver des stocks pour trois ou quatre mois d’avance, dit M. Paradis. Toutefois, cette mesure n’est pas envisageable pour tous les produits.

Une autre solution serait alors d’exiger du fabricant qu’il ait accès à plus d’une source de matière première, soit plus d’une usine. Dans le cas de Pfizer, « si on avait une deuxième usine, on aurait déjà moins de problèmes que ce qu’on a actuellement », dit-il.

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