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Une première journée tendue au procès de Paul Manafort

Dessin de l'ex-directeur de la campagne de Donald Trump, Paul Manafort, dans une salle d'audience.

Paul Manafort a assisté à la première journée de son procès pour fraude fiscale et bancaire, mardi.

Photo : Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Lors des déclarations d'ouverture du procès de l'ex-directeur de la campagne électorale de Donald Trump, les procureurs ont tracé un portrait peu flatteur de Paul Manafort. Il ainsi été dépeint comme un homme qui cachait l'argent obtenu lors de son travail auprès de l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, aujourd'hui en exil en Russie.

« Un homme présent dans cette salle d'audience croyait que les lois ne s'appliquaient pas à lui », a lancé lors de la première journée du procès Uzo Asonye en parlant de l'accusé.

Selon ce procureur, membre de l'équipe d'enquête de Robert Mueller, chargé d'enquêter sur de possibles ingérences russes lors de la présidentielle américaine de 2016, M. Manafort avait ouvert plus de 30 comptes en banque dans trois pays étrangers pour « recevoir et cacher » ses revenus.

Paul Manafort doit répondre à 18 chefs d’accusation relativement à des fraudes bancaires et fiscales qu’il est soupçonné d’avoir commises dans la foulée d’activités de lobbying effectuées au profit de l’ex-président Ianoukovitch et de deux partis ukrainiens prorusses le soutenant.

Ce procès, qui doit durer trois semaines, a lieu devant un tribunal fédéral d'Alexandria, en Virginie.

Dessin représentant le procureur fédéral adjoint Uzo Asonye, à la tête de la poursuite contre Paul Manafort.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon le procureur fédéral adjoint Uzo Asonye, Paul Manafort a pratiqué la fraude pour entretenir un train de vie « luxueux ».

Photo : Reuters

« Un demi-million de dollars » en vêtements

L'acte d'accusation mentionne que Manafort aurait ainsi dissimulé quelque 60 millions de dollars, somme pour laquelle il n'aurait pas payé d'impôts.

Selon le procureur Uzo Asonye, Paul Manafort a dissimulé ces sommes pour maintenir un train de vie « luxueux » qui comprenait d'importantes dépenses pour rénover de coûteuses propriétés, pour acheter des voitures de luxe et des billets de saison pour les matchs des Yankees de New York, ainsi que plus d'un demi-million de dollars pour se payer des « vêtements chics », comme une veste en autruche à 15 000 $.

Toujours au dire de la poursuite, M. Manafort a également menti pour obtenir des prêts d'environ 20 millions de dollars de banques américaines lorsque ses sources de revenus se sont taries, après 2015.

« Tous les chefs [d'accusation] se résument à une chose simple : Paul Manafort a menti. »

— Une citation de  Uzo Asonye, procureur

Selon la défense, cependant, la situation est tout autre : selon l'avocat de l'accusé, Thomas Zehnle, la faute incombe plutôt à Rick Gates, un ancien consultant politique et lobbyiste, et ancien bras droit de M. Manafort durant la campagne présidentielle. Celui-ci a plaidé coupable, en février, à des accusations de conspiration contre les États-Unis et d'avoir menti à des enquêteurs.

Depuis son plaidoyer, M. Gates collabore avec la justice et s'avère le témoin principal de la poursuite.

« Ce procès porte sur les impôts et sur la confiance. »

— Une citation de  Thomas Zehnle, avocat de Paul Manafort

« La confiance [de Paul Manafort] en Rick Gates était mal placée », a indiqué l'avocat de la défense, accusant M. Gates d'avoir fraudé M. Manafort pour plusieurs millions de dollars.

Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise blanche, l'ancien lobbyiste, qui a plaidé non coupable à toutes les accusations portées contre lui, n'a pas dit un mot à son arrivée au tribunal.

M. Manafort arrivait d'une prison d'Alexandria, où il est détenu depuis la mi-juin. Il a été incarcéré après que le procureur spécial Robert Mueller lui eut reproché d'avoir fait pression sur des témoins potentiels.

S’il devait être reconnu coupable sur toute la ligne, M. Manafort pourrait écoper de 305 ans de prison.

Ingérence russe : pas le point central du procès

Le procès de M. Manafort porte essentiellement sur des faits antérieurs à son implication en politique aux côtés de M. Trump, entre mai et août 2016. Il ne devrait donc pas y être question de la possible collusion entre l’équipe de campagne du président et la Russie.

« Je ne crois pas qu’un témoin du gouvernement va prononcer le mot "Russie" », a même prévenu la semaine dernière un des procureurs de l’équipe de M. Mueller.

Les procureurs sont cependant désireux de dévoiler des détails sur le travail de M. Manafort pour des partis prorusses en Ukraine, soulevant la possibilité qu'apparaissent de nouvelles informations sur ses liens avec la Russie. L'accusé a déposé une motion pour que ces détails soient exclus du procès.

Un procès important pour l'avenir de l'enquête du procureur Mueller

À l'image de Rick Gates, deux autres collaborateurs du président Trump – son ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn et un autre employé de sa campagne, George Papadopoulos – ont aussi plaidé coupables aux accusations portées contre eux.

Le procès de M. Manafort est donc le premier à aller de l'avant depuis le début de l'enquête du procureur Mueller, en mai 2017.

Au total, 32 personnes ont été accusées par l'équipe du procureur spécial, mais 26 d'entre elles sont des Russes, qui risquent de ne jamais être traduites devant un tribunal américain. Trois firmes russes font aussi face à des accusations; l'une d'elles a plaidé non coupable et se défend en Cour fédérale.

M. Manafort subira par ailleurs un second procès, en septembre, pour répondre à des allégations de blanchiment d'argent et de non-déclaration de ses services de lobbyiste en faveur d'un gouvernement étranger.

Plusieurs personnes brandissent des pancartes devant le tribunal d'Alexandria.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des opposants à Donald Trump se sont rassemblés mardi devant le tribunal fédéral d'Alexandria, où se déroule le procès de Paul Manafort. « J'aime ton nouvel habit », peut-on lire sur une pancarte affichant une photo judiciaire de l'accusé.

Photo : La Presse canadienne / AP/Manuel Balce Ceneta

Un enjeu qui dépasse le seul sort de Manafort

Au-delà du sort de M. Manafort, l’enjeu n’en est pas moins grand pour la présidence de Donald Trump, soulignent cependant de nombreux analystes juridiques interrogés par les médias américains.

Si M. Manafort devait être déclaré non coupable, disent-ils, il s’agirait d’un dur coup pour l’enquête du procureur Mueller. Un verdict de culpabilité contribuerait à l'inverse à lui donner de l’air.

« Le vacarme qu'entraînera le verdict sera assourdissant », prédit un ancien porte-parole de l'équipe juridique du président, Mark Carallo, interrogé par Politico.

« Si Manafort est acquitté, les pro-Trump vont tirer à boulets rouges sur le procureur spécial, sur tout le processus, et feront pression pour que [...] l'enquête soit arrêtée et tout ça », dit-il. « Si ça va dans l'autre sens, la gauche et les anti-Trump vont s'époumoner pour dire que Trump doit être destitué. »

Un ancien porte-parole de l'administration Clinton, Don Goldberg, souligne pour sa part que l'impact du verdict sera aussi important sur le plan judiciaire que politique.

« Si [M. Mueller] ne peut obtenir une condamnation, cela va non seulement miner la crédibilité de toute l'enquête, mais aussi envoyer un signal à d'autres cibles que les dossiers contre eux ont encore moins de chances d'aboutir », a-t-il aussi souligné à Politico.

Un pardon en préparation?

Dans le Bureau ovale, le président Trump dispose d'une arme sans recours : le pardon présidentiel. Si Paul Manafort est reconnu coupable d'un crime de juridiction fédérale, le chef de l'État peut le gracier, court-circuitant le processus judiciaire.

Pour Michael Krauss, professeur à l'École de droit de l'Université George Mason, en Virginie, utiliser le pardon aurait cependant des conséquences particulièrement néfastes pour M. Trump.

« [Le pardon] est légal, mais s'il offre un pardon à M. Manafort, Donald Trump sera sans aucun doute destitué », a-t-il expliqué en entrevue à l'émission Midi info, sur les ondes de Radio-Canada Première.

« Il n'est pas nécessaire de commettre un crime pour être destitué; la destitution n'est pas un processus judiciaire, mais surtout [un processus] politique. Il suffit que [le président] fasse des choses que le Sénat trouve épouvantables pour être destitué », a-t-il ajouté.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, Reuters, CNN, et Politico

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