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Du Club Compassion au couple princier, la marijuana fait son chemin

Pierre Martineau à Vancouver, image transformée en dessin
Pierre Martineau Photo: Radio-Canada / Photo: Alexandre Lamic/Dessin: Mylène Briand
Radio-Canada

Vous est-il arrivé de réaliser qu'il se passait quelque chose chez vous seulement parce que les voisins l'avaient remarqué?

Un blogue de Pierre Martineau

C'est un peu ce qui est arrivé en avril 1999.

Des députés du Bloc québécois, alors une force politique avec laquelle il fallait compter, viennent à Vancouver visiter le Club Compassion.

Pierre Martineau à la station de Vancouver, image transformée en bande dessinée, avec les bulles : « C'est quoi cette affaire-là?
-Ça se parle depuis quelques mois, une place dans l'est de la ville (fatalement!) où des malades se procurent de la marijuana.
- Ouais, va faire un tour »Pierre Martineau Photo : Radio-Canada / Image: Mylène Briand

Et quel tour ç'a été!

Remontons dans le temps

En fait, ce tour aurait pu commencer en août 1971.

À l'instigation du Georgia Straight, un journal plus ou moins underground et résolument à gauche à cette époque, de jeunes Vancouvérois et sûrement un bon nombre de hippies venus d'ailleurs au Canada manifestent dans le quartier Gastown en faveur de la légalisation de la marijuana et contre la répression policière.

La manifestation tourne à l'émeute. Selon le site Internet Canada's Human Rights History, la police procède à 69 arrestations, et 38 personnes seront accusées.

L'Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique constate la tension qui existe entre les jeunes protestataires, leurs drogues et leur culture hippie d'un côté, et l'État et les médias de l'autre.

Ben tiens! Personne ne s’en doutait!

Ceux qui veulent revivre cet épisode de la petite histoire vancouvéroise peuvent se rendre à l'immeuble Woodward. On peut y admirer une énorme photographie de Stan Douglas qui reproduit la scène.

Photo de la photo de Stan Douglas, transformée en illustration.Photographie de Stan Douglas reproduisant une scène de l'émeute de 1971 dans le quartier Gastown de Vancouver lors d'une manifestation en faveur de la légalisation de la marijuana. Photo : Radio-Canada / Pierre Martineau/Image: Mylène Briand

Le Club Compassion

Le Club Compassion aura été un joueur important dans le monde de la marijuana à Vancouver, dès son apparition, fin des années 1990.

Jusqu'en 2015, le Club a poursuivi son petit bonhomme de chemin.

Ses membres, 6500, tous munis d'un billet du docteur ont eu accès à de la marijuana de qualité sous toutes ses formes.

Mais on ne devient pas membre en criant mari!

Ça prend le billet du docteur, une vérification que l’ordonnance vient bien d'un docteur (... en médecine!), qui peut pratiquer dans la province, mais aussi une séance d'information auprès du membre éventuel.

En tout, il peut s'écouler deux ou trois semaines entre le premier contact du futur membre et sa première cigarette de marijuana.

À chacune des visites que j'ai faites au club, au cours des années, j'ai été à même de constater que les membres avaient tous l'air malades.

De nos archives 1999 : Visite du Club Compassion à Vancouver

Il est bien entendu que, si un membre est pris à revendre son cannabis, il ne fait plus partie du Club.

Certains vont prendre cette règle plus au sérieux que d'autres.

Un responsable des relations média a déjà refusé que j'achète un briquet jetable à l’effigie du Club Compassion.

Une autre, plus libérale, a bien voulu, elle, me vendre un T-shirt.

C'est probablement cette rigueur qui a permis au Club de rester ouvert et de faire face à quelques tempêtes.

Ainsi, en 2011, le gouvernement du Canada songe à modifier la réglementation entourant la vente de la marijuana médicinale.

L'ennui, c'est que la nouvelle politique ne fait aucune place aux clubs Compassion, comme si on voulait réinventer la roue.

S'en suit une levée de boucliers qui va contribuer à faire reculer le gouvernement fédéral.

Au fond, la pire crise qu'a traversée le Club Compassion, c'est celle de 2015.

Profitant d'un jugement qui les favorise, les comptoirs de vente de marijuana se mettent à pousser comme des champignons.

Le conseiller municipal de Vancouver, Kerry Jang, aura ce mot :

Citation sur image de Kerry Jang (transformée en dessin): il y a plus de magasins de marijuana à Vancouver qu'il y a de Tim Hortons!Kerry Jang Photo : Radio-Canada / Image: Mylène Briand

Le mot va faire le tour du Canada.

Tous ces magasins affirment, la main sur le coeur, ne vendre que de la marijuana mé-di-ci-na-le!

La preuve, il faut un billet du docteur.

Un loustic vous dirait que le docteur a peut-être un doctorat en linguistique ancienne de l'Université d'Osoyoos ou en politique comparée de l'Université de Havre-Saint-Pierre.

Le Club Compassion maintient le cap et exige toujours un billet du docteur... en médecine, avec le droit de pratiquer en Colombie-Britannique.

Plus récemment, à la faveur de la légalisation imminente, le Club a résolu d'assouplir sa politique envers les membres visiteurs.

Plus besoin du fameux billet du docteur, on signe un document sur lequel on affirme que sa consommation de marijuana est liée à un problème médical au sens large.

Ces membres visiteurs peuvent se procurer une marijuana de qualité à bon prix et subventionnent les services de massage ou d'acupuncture offerts à bon prix aux membres réguliers.

De nos archives 2015 : Club Compassion de Vancouver, un modèle à suivre?

Il était une fois un prince et sa princesse

Parmi tous les militants en faveur de la marijuana, un homme a accédé au titre de prince du pot, distinction accordée à l’époque par le Wall Street Journal.

Originaire de London, en Ontario, Marc Emery est un décrocheur qui s'est rapidement lancé dans le commerce des livres usagés.

Parallèlement à cette carrière, il milite en politique, une incursion au Nouveau Parti démocratique, mais au fond, c'est un libertarien.

Une de ses premières bagarres en politique et devant les tribunaux est sa contestation de la loi qui oblige les magasins à fermer le dimanche.

On est dans le Sud-Ouest ontarien des années 1980...

Il a aussi des ennuis pour avoir vendu (il est libraire!) le High Times, un magazine consacré à la marijuana et qui est illégal au pays.

En 1994, il déménage à Vancouver, fonde des magazines, ouvre des magasins, devient un incontournable pour qui s'intéresse au monde la de marijuana et fait de la politique.

En 2005, le Parti de la marijuana présente 44 candidats sur une possibilité de 79.

Les résultats sont décevants, le Parti ne recueille que 0,65 % des votes, ce qui n'empêche pas ses militants de s'offrir une bien belle soirée des élections comme mon collègue d'alors, Frédéric Tremblay, va le constater.

De nos archives 2005 : marijuana en soirée électorale

Toujours en 2005, Marc Emery est arrêté à la demande du DEA, la police antidrogue des États-Unis, pour avoir vendu des graines de marijuana.

Après pourparlers et tergiversations, il accepte, en 2008, de plaider coupable à une accusation de trafic de stupéfiants et, après d'autres pourparlers et d'autres tergiversations, il plaide coupable à Seattle, en 2010, à une accusation d'avoir conspiré pour fabriquer de la marijuana.

La sentence tombe quelques mois plus tard : cinq ans, moins le temps déjà passé en prison.

Il purge l'essentiel de sa peine à la Yazoo City Prison, au Mississippi.

Libéré hâtivement en 2014 pour bonne conduite, il est escorté à la frontière canado-américaine à Windsor.

Le Britanno-Colombien, Marc Emery, qui a  écopé d'une peine de prison pour avoir vendu des semences de cannabis par Internet à des clients américains, est de retour au pays.Le Britanno-Colombien Marc Emery, qui a écopé d'une peine de prison pour avoir vendu des semences de cannabis par Internet à des clients américains, lors de son retour au pays. Photo : Radio-Canada Andréanne Baribeau

L'homme ne semble pas être sorti de cette expérience amer ou brisé.

La princesse, c'est Jodie Emery.

Elle et son prince se sont épousés en 2006. À l'époque, cette jeune femme, originaire de Kamloops et diplômée de l'Université de Victoria, travaillait au magazine de Marc Emery, Cannabis Culture.

La princesse a en quelque sorte pris son envol lors de l'emprisonnement de Marc.

Elle est sur toutes les tribunes pour réclamer sa libération ou au moins son rapatriement au pays.

Elle parle, écrit, donne des entrevues et manifeste sans relâche.

Son discours déborde le sujet de la marijuana et parle de non-violence, d'écologie et d'éducation abordable.

Plus récemment, Marc et Jodie Emery, maintenant domiciliés à Toronto, ont été condamnés à de lourdes amendes pour avoir tenu des comptoirs de marijuana à Montréal... tout ça pendant que le Parlement votait la légalisation de la marijuana.

Légalisation

Portés au pouvoir en 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont rempli leur promesse électorale, et la marijuana sera légale à compter du 17 octobre, un mercredi (!).

Cette légalisation est destinée à empêcher la marijuana de tomber entre les mains des enfants, et les profits de tomber entre les mains des criminels, peut-on lire dans un document du Parti libéral. Plus loin, on lit :Nous allons légaliser et réglementer la marijuana, mais aussi en restreindre l'accès.

Plusieurs militants de la première heure craignent maintenant de passer sous un régime plus mesquin et plus tatillon que ne l'était le Code criminel.

Colombie-Britannique et Yukon

Drogues et stupéfiants