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Comment relancer le suspense au Tour de France?

Geraint Thomas exulte après une victoire d'étape.
Un coureur de l'équipe Sky a remporté le Tour six fois en sept ans. Photo: Getty Images / Marco Bertorello
Agence France-Presse

Six des sept dernières éditions ont été largement dominées par une même équipe. Le Tour de France cherche désespérément à retrouver le suspense perdu depuis que l'équipe Sky contrôle le peloton.

Par sa nature, le cyclisme entretient heureusement la rémanence. L'incertitude demeure jusqu'au bout, même si le même constat s'impose année après année, hormis en 2014. La victoire de Geraint Thomas, le troisième coureur de la formation britannique à triompher sur les Champs-Élysées, relève d'une implacable et monotone logique.

« On ne peut pas leur reprocher de gagner », déclare à l'AFP le directeur du Tour Christian Prudhomme, qui use d'une comparaison avec le soccer européen. C'est une sorte de Real Madrid. »

Avec « les meilleurs à chaque poste », selon l'expression de Romain Bardet (AG2R), le meilleur Français, qui a buté sur le surnombre de l'équipe Sky en montagne.

« On a une équipe, une machine qui fait gagner trois têtes différentes (Wiggins, Froome, Thomas). Ils préparent la suite, ils vont chercher les meilleurs qui gagnent le Tour de l'Avenir », note Christian Prudhomme. De quoi poursuivre la série... au risque de provoquer la lassitude du public, rétif aux scénarios trop prévisibles.

Trop prévisible?

« Aujourd'hui tout est millimétré », convient le président de l'Union cycliste internationale (UCI), David Lappartient, qui ne veut pas se limiter aux audiences toujours très élevées, une fois la Coupe du monde achevée. « Combien de gens sont vraiment captivés », demande-t-il.

« Au soccer, il y a des renversements extraordinaires, improbables. On n'a plus tellement ça au Tour de France, alors qu'on l'a au Tour des Flandres et à Paris-Roubaix. On a envie de rêver de nouveau. Donc, il ne faut rien s'interdire. »

L'expérience d'une étape très courte de montagne (65 km cette fois), afin de limiter l'importance du collectif, est appelée à être renouvelée. Même si, relève le directeur du Tour, « c'est l'étape classique des Pyrénées (200 km) qui a été la plus belle ».

Son directeur de course, Thierry Gouvenou, prévoit de chercher encore et toujours des pentes raides pour offrir un terrain favorable aux grimpeurs et aux attaquants.

« On le fait depuis 2012, rappelle cependant Christian Prudhomme. Pour le Tour 2019, 90 % du parcours est déjà tracé. »

Limites technologiques et plafond salarial?

De l'interdiction des oreillettes, un sujet de litige entre les organisateurs du Tour et les équipes voici quelques années, le débat s'est déplacé sur les capteurs de puissance.

Ceux-ci fournissent les données aux coureurs en temps réel, pour moduler et calculer leur effort. La tactique en course se fait en fonction de ces données et l'avantage est redonné du coup à la défense, organisée si nécessaire dans les voitures qui suivent par les directeurs sportifs.

« Il faut que les coureurs agissent avec instinct, insistait pendant le Tour Jean-René Bernaudeau dans Le Figaro. Il faut supprimer les oreillettes. Les capteurs, on les utilise pour préparer les coureurs, mais si c'était supprimé en course, on le vivrait bien aussi. La formule 1 a établi des règles pour favoriser l'attractivité, contre les fabricants de moteurs. Il y a des choses à faire dans le cyclisme, il faut faire vite. »

C'est le facteur le plus important, de l'avis de la plupart des acteurs consultés par l'AFP. « Le vrai problème est lié à l'aspect financier. Sky a un budget qui est très supérieur au deuxième budget du WorldTour », constate Philippe Mauduit, qui dirige Emirats, une équipe rivale.

« Le peloton s'est énormément professionnalisé, le niveau s'est resserré. La différence se fait sur la masse salariale », insiste-t-il sans cacher le problème qui se pose.

« Il faudra faire quelque chose si on veut garder l'attractivité du cyclisme à un haut niveau. Les médias s'étouffent et, à partir du moment où ils ne sont plus enjoués de ce qu'ils voient, ils le retransmettent au public. »

« Il faudra peut-être passer par un plafonnement des salaires, ajoute-t-il. Dans la NBA, ça fonctionne. »

Christian Prudhomme évoque du bout des lèvres le sujet qui est du ressort de la fédération internationale. « On peut se dire qu'une répartition des forces comme cela existe en NBA peut avoir du sens. »

Interrogé par l'AFP, le président de l'UCI répond qu'« il y a toujours eu des équipes avec des moyens supérieurs. Mais j'ai annoncé pendant ma campagne électorale la création d'un groupe de travail sur l'attractivité des courses. Ce sera fait avant la fin de l'année, avec des coureurs, des organisateurs, des producteurs télé, des journalistes. Il y aura des propositions, on ne s'interdit rien ».

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