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Une ancienne infirmière auxiliaire dénonce une surcharge de travail à l'hôpital

Une infirmière prend le pouls d'une femme.

Une ancienne infirmière auxiliaire croit que le personnel hospitalier manque de temps pour offrir des soins de qualité aux patients.

Photo : iStock

Radio-Canada

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire à l'Hôpital de Tracadie, au Nouveau-Brunswick, lève le voile sur les conditions de travail. Elle dénonce un manque de temps pour prodiguer des soins de qualité aux patients. Mme Ferguson interpelle syndicat, association et administration des hôpitaux à mieux appuyer le personnel soignant.

Un texte de Wildinette Paul en collaboration avec François Lejeune

Avec le temps qu’on a [les infirmières auxiliaires], c’est impossible de bien prendre soin des patients. Pour faire tout ce qu’on a à faire, c’est insuffisant, lance d’emblée Karen Ferguson.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karen Ferguson a travaillé en tant qu'infirmière auxiliaire pendant près de sept ans.

Photo : Radio-Canada / François Lejeune

Cette phrase a une résonance pour bien des personnes qui travaillent dans un hôpital ou qui en ont déjà fréquenté un.

Tu arrives en avance, et des patients sonnent déjà. Il y en a d’autres qui arrivent du point de chute. Tu dois faire des vérifications de lit et aussi les signes vitaux, déclare Mme Ferguson.

C’est vraiment, vraiment dur. Trois quarts du temps, il y a un manque du personnel.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire

Selon Karen Ferguson, l'état de santé des patients est de plus en plus exigeant et le personnel soignant diminue. Il y a peu de patients autonomes. Ce sont de gros cas. C’est épuisant, ajoute celle qui a travaillé dans le domaine pendant près de sept ans.

La vie sociale, lorsqu'on travaille dans le domaine de la santé, est à mettre de côté, pense Karen Ferguson. Ce sont des journées de 12 heures. À la fin de ton quart de travail, je vais te dire de quoi, tu es épuisée. Ce n’est pas équilibré du tout, insiste-t-elle.

On donne notre 100 %

Le 18 avril 2018, elle donne sa démission à la suite d’une blessure à l’épaule et en raison des conditions de travail, entre autres.

Les préposées, infirmières auxiliaires et infirmières ont toujours donné leur 100 %. Je n’ai jamais vu d’erreurs graves. Mais un manque de temps, oui.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire

Karen Ferguson n’écarte pas la possibilité que cette course contre la montre ait de graves répercussions.Quand tu as un patient qui fait une crise et qu’ensuite tu dois te rendre dans une chambre palliative et que tu arrives en précipitation, des fois, tu perds la notion du temps et tu repars rapidement.

Des pratiques surprenantes?

Nous faisons avec ce que nous pouvons et avec les outils que nous avons à notre disposition, souligne l’ancienne membre du personnel de Tracadie.

Elle prend en exemple des litières pour chat qui sont placées sous des lits de patients. Dans un environnement sans parfum, qu’est-ce que tu fais ? Pour nous autres, c’était la litière avec du bicarbonate de soude parce que ça absorbe les mauvaises odeurs.

L’idée de placer les litières ne vient pas des employés. Ce n’est pas un employé qui allait au Superstore ou à la Coop pour en acheter. Ça vient du magasin de l’hôpital. Ça vient de plus haut, cette idée-là.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire

Elle dit qu’elle-même en a déjà placé pour des cas de mélanome ou encore de cancer de la vessie. Nous ne faisons que suivre les directives. Elle regrette que le personnel soignant soit souvent visé par les critiques.

Une sortie à la suite d’une plaie de lit

Karen Ferguson croit que les conditions de travail demeurent trop souvent cachées. Après la sortie d’un article sur une plaie de lit de stade 4, les réactions ont été multiples sur les réseaux sociaux. Ça me fait beaucoup de peine de lire tous ces commentaires. Il y a des gens qui ne savent vraiment pas ce que nous vivons.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire, devant son ordinateur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire, assure que ses collègues ont toujours donné leur 100 % pour bien prendre soin des patients.

Photo : Radio-Canada / François Lejeune

Selon Mme Ferguson, le personnel est réduit à la loi du silence. Le personnel n’a pas le droit de parler ni de commenter ou encore de partager, mais qui nous défend? Nous sommes laissés à nous-mêmes, se désole-t-elle.

Pour cette raison, elle rompt le silence. Le personnel est fatigué, poursuit-elle, mais tu ne peux pas manquer des heures de travail.

Des conditions décourageantes

À 35 ans, Karen Ferguson quitte le domaine de la santé.

C’est vraiment pesant, les soins de santé. J’étais rendue à bout.

Karen Ferguson, ancienne infirmière auxiliaire

Dans un tel contexte, Karen Ferguson se demande qui sera la relève. Ma fille termine ses études l’année prochaine. Toutefois, jamais je ne vais l’encourager à se diriger dans les soins de santé.

Ce métier était tout pour moi, dit-elle. On aide les gens. C’est très valorisant. Mais avec tous les problèmes actuels, je ne pourrai pas vous dire tout de suite ce qu’il est devenu pour moi. Ce que j’espère, c’est que l’on écoute davantage le personnel soignant. Mais cela, j’en doute, s’attriste-t-elle.

La santé des patients est mise en jeu

La situation ne surprend pas la présidente de la fédération canadienne des syndicats des infirmières, Linda Silas.

À travers le pays, l’épuisement des infirmiers et des infirmières se démontre dans toutes les études. On le crie sur tous les toits ça fait 15 ans.

Linda Silas, présidente de la fédération canadienne des syndicats des infirmières

Ce qui est dangereux selon elle, c’est que la pénurie des infirmières, au Nouveau-Brunswick comme ailleurs au Canada, fait en sorte qu’il y a autant d’infirmières qui sortent de la profession que d’infirmières qui entrent dans la profession.

Linda Silas en conférence de presse à l'extérieur le 20 juillet 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers, à St. Andrews, au Nouveau-Brunswick le 20 juillet 2018.

Photo : Radio-Canada

La pénurie se fait sentir dans toutes les provinces de l’Atlantique, selon Linda Silas, mais est particulière au Nouveau-Brunswick, parce qu’il faut recruter autant de francophones que d’anglophones.

La situation est difficile pour les infirmières, mais elle est carrément dangereuse pour les patients, indique-t-elle.

Les études démontrent déjà que le ratio patients-infirmières n’est pas sécuritaire. La qualité de soins des patients est placée en danger.

Linda Silas, présidente de la fédération canadienne des syndicats des infirmières

Vitalité comprend

Johanne Roy, vice-présidente aux services cliniques du Réseau de santé Vitalité, dit comprendre les déclarations de Karen Ferguson.

De dire que les conditions de travail sont difficiles, c’est vrai que c’est un travail exigeant. C’est un travail qui est du lundi au dimanche. C’est 7 jours par semaine, 24 heures sur 24.

Johanne Roy, vice-présidente aux services cliniques du Réseau de santé Vitalité

Mme Roy ajoute qu’environ 300 postes d’infirmiers et d’infirmières auxiliaires sont vacants, mais le Réseau de santé n’est pas en situation de crise, précise-t-elle.

Johanne RoyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lorsqu'une plainte est déposée, en général, une enquête est menée, affirme Johanne Roy, vice-présidente aux Services cliniques au Réseau de Santé Vitalité.

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

C’est évident qu'en milieu hospitalier comme le nôtre, entre autres, les conditions de travail sont exigeantes. Par contre, est-ce qu’il manque du monde tout partout? Est-ce que c’est l’enfer partout? Est ce que c’est tous les jours comme cela? Ça, c’est complètement inexact.

Des soins dans la norme

Même si Vitalité peine à combler tous ses postes, Johanne Roy affirme que les soins demeurent de qualité et sécuritaires.

On se compare d’un réseau de santé à un autre, Horizon et Vitalité, on se compare avec le reste du Canada. Quand on regarde notre performance en termes d’heures travaillées par patient, on est tout à fait dans la norme.

Le message que j’aimerais [faire] passer, c’est certain que la manière de soigner comme elle va se faire dans les prochaines années sera complètement différente d’il y a 10 ou 15 ans. On n’aura pas les mêmes effectifs, pas les mêmes patients et ils n’ont pas les mêmes besoins non plus.

Travail collaboratif et plus de tâches

L’Association des infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés du Nouveau-Brunswick abonde dans le sens du Réseau de santé Vitalité.

JoAnne GrahamAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

JoAnne Graham, directrice générale de l’Association des infirmier(ère)s auxiliaires autorisé(e)s, mentionne que les infirmières auxiliaires sont appelées à travail dans leur plein champ de pratique.

Photo : Association des infirmier(ère)s auxiliaires autorisé(e)s

Cela fait presque un an que les deux réseaux, Horizon et Vitalité, travaillent sur l’optimisation du rôle des infirmières auxiliaires, affirme JoAnne Graham, directrice générale de l’Association des infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés du Nouveau-Brunswick.

Avant, ils prodiguaient des soins de base aux patients. Ils assistaient, faisaient de l’évaluation physique, donnaient des soins. Là, ce qui a été augmenté, ce sont les médicaments, poursuit-elle.

Il y a des changements. Et avec les changements, ce n’est pas toujours facile. Je comprends qu’il y en a qui disent qu’il y a une surcharge de travail. Mais si on demandait à n’importe qui qui travaille dans le domaine de la santé, il va dire que oui, il y a surcharge.

JoAnne Graham, directrice générale de l’Association des infirmier(ère)s auxiliaires autorisé(e)s

On demande aux infirmières auxiliaires de donner les médicaments, de faire l’évaluation physique. Tout ceci est dans leur champ de pratique. Je ne peux pas dire qu’elles sont surchargées, parce qu'il faut absolument qu’il y ait un travail d’équipe.

En cas de sentiment de surcharge de travail, les infirmières auxiliaires sont invitées à communiquer avec leur gestionnaire ou leur syndicat, rappelle Mme Graham

Le syndicat n’a pour sa part pas voulu accorder d’entrevue à Radio-Canada.

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