•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Zimbabwe : taux de participation élevé aux premières élections sans Mugabe

Une femme vote dans la capitale Harare lors des premières élections à se tenir sans l'ex-président Robert Mugabe.

Photo : Reuters / Mike Hutchings

Radio-Canada

Des millions de Zimbabwéens ont voté lundi, lors des premières élections générales à se tenir depuis la chute de l'ex-président Robert Mugabe. À la fermeture des bureaux de vote, les observateurs ont signalé un taux de participation élevé et un scrutin sans incident majeur.

Dans la capitale Harare, de longues files d’attente s’étaient formées devant de nombreux bureaux de scrutin. À certains endroits, des électeurs se sont présentés des heures avant l’ouverture des portes, à 7 h, heure locale.

Les électeurs devaient voter pour un président, un député et un conseiller municipal, dans un scrutin où, pour la première fois, ne se trouvait pas le nom de Robert Mugabe. Au pouvoir pendant 37 ans, il a démissionné en novembre après un coup d’État qui s’est déroulé sans violence.

Les électeurs, qui ont exercé leur droit sous les yeux de milliers d’observateurs internationaux déployés pour l’occasion, devaient choisir entre 23 candidats à la présidence, un nombre record. Les observateurs n’avaient pas été autorisés par le régime Mugabe lors des élections tenues au cours des 16 dernières années.

Pour ces élections historiques, « il y a eu une forte participation, en particulier des jeunes », a déclaré le chef des observateurs de l'Union européenne, Elmar Brok, qui n'a pas signalé, en fin de journée, de cas de violence, alors que les scrutins de l'ère Mugabe avaient été régulièrement entachés de fraudes et violences.

Des centaines de personnes font la file en plein air, en attendant d'entrer dans une tente pour voter.

Des centaines de Zimbabwéens font la file pour enregistrer leurs votes dans le quartier de Mbare, à Harare. Ils doivent choisir un président, un député et un conseiller municipal.

Photo : Getty Images / LUIS TATO

Le dépouillement a débuté, parfois à la lumière de bougies ou de lampes à gaz. Les résultats sont attendus d'ici cinq jours.

Malgré le nombre élevé de candidats, la lutte se joue vraiment entre l’actuel président Emmerson Mnangagwa, ex-bras droit de M. Mugabe et chef de la ZANU-PF, et le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.

Si aucun des deux hommes n'obtient plus de 50 % des suffrages, un second tour de scrutin aura lieu le 8 septembre.

Des travailleuses d'élection zimbabwéennes dans un bureau éclairé par des chandelles

Le dépouillement des votes a débuté, parfois à la lueur des chandelles, comme ici à Harare.

Photo : Reuters / Mike Hutchings

L'homme du sérail contre le jeune loup

Âgé de 75 ans, M. Mnangagwa est l’ancien chef des services de renseignements de M. Mugabe. Il dirige le pays depuis que son mentor a été évincé du pouvoir par l’armée, l’automne dernier.

Il n’a cependant jamais été plébiscité par les urnes et son élection pourrait lui conférer une légitimité populaire qu’il ne détient pas à l’heure actuelle.

Portant une écharpe aux couleurs nationales, Emerson Mnangagwa marche aux côtés de membres de sa garde rapprochée.

Emerson Mnangagwa quitte le bureau de vote du quartier de Kwekwe, où il s'est rendu pour voter lundi matin. Âgé de 75, l'ex-bras droit de Robert Mugabe dirige le Zimbabwe depuis un peu moins d'un an.

Photo : La Presse canadienne / AP/Jerome Delay

Surnommé « le Crocodile », M. Mnangagwa affirme avoir tiré un trait sur son passé de cacique [personnalité nantie d'une fonction importante] du régime Mugabe. Il promet l’avènement d’une « nouvelle démocratie » et compte attirer des milliards de dollars en investissements pour relancer l’économie du pays.

Je peux vous garantir qu'il y a aujourd'hui au Zimbabwe un espace de démocratie tel que le pays n'en a jamais connu. Dans tout espace et pays démocratique, le peuple a le droit d'exprimer son point de vue, qu'il soit positif ou négatif.

Emmerson Mnangagwa, président sortant et chef de la ZANU-PF

M. Mnangagwa a déclaré sur Twitter que des millions de personnes avaient voté pour « le respect mutuel et la paix ». Il a exhorté ses concitoyens à attendre patiemment que la commission électorale annonce les résultats.

Avocat devenu pasteur, Nelson Chamisa, 40 ans, n’a été investi candidat de la MDC que cet hiver, après la mort de Morgan Tsvangirai, leader historique de cette formation qui a été à l’avant-plan de la lutte contre le régime de Robert Mugabe.

Il n’est pas un néophyte en politique pour autant. Membre fondateur du parti, il en a dirigé l’aile jeunesse avant d’être élu député en 2003. Il a aussi été ministre des Communications dans un gouvernement d’union nationale, entre 2008 et 2013.

Nelson Chamisa brandit son bulletin de vote dans un bureau de scrutin, entouré de proches.

Nelson Chamisa, chef du Mouvement pour le changement démocratique, a voté lundi matin dans le quartier de Kuwadzana, à Harare. L'avocat et pasteur de 40 ans est le principal opposant d'Emmerson Mnangagwa.

Photo : Reuters / Mike Hutchings

Doté d’un talent d’orateur hérité de ses formations, M. Chamisa incarne pour plusieurs la possibilité d’un renouveau démocratique, particulièrement pour les jeunes et les chômeurs, notamment dans les villes. M. Mnangagwa est connu pour être plus populaire dans les zones rurales.

La victoire est certaine. Les gens ont parlé. […] Je n’ai aucun doute que d’ici la fin de la journée, nous devrions avoir une voix catégorique pour le changement, pour le renouveau, pour la jeunesse que je représente.

Nelson Chamisa, chef du MDC

Une lutte serrée, sous l'oeil d'observateurs internationaux

La lutte entre les deux hommes s’annonce serrée. Un sondage publié il y a 10 jours par le groupe Afrobarometer, a crédité M. Mnangagwa d’environ 40 % des suffrages, contre 37 % pour son rival.

« J'espère un nouveau Zimbabwe », qui « offre des opportunités égales pour tous », a expliqué Lalita Mtetwa, une diplômée de 30 ans au chômage. « On a des millions de personnes éduquées sans emploi et vivant dans la pauvreté, seuls les riches sont dans une meilleure position », a-t-elle fulminé.

« J'ai voté pour Mnangagwa », a dit pour sa part Robina Mayobongwe, 80 ans, à bord d'une charrette tirée par un âne. « On ne peut pas faire confiance aux jeunes », a-t-elle estimé.

La présence d’observateurs internationaux a rassuré de nombreux électeurs.

C'est un moment crucial dans le parcours démocratique du Zimbabwe. L'élection d'aujourd'hui offre une occasion de rompre avec le passé. Les files et l'enthousiasme des électeurs que nous voyons ce matin doivent être accueillis par un décompte exact, et leur choix doit être honoré.

Ellen Johnson Sirleaf, ex-présidente du Liberia, et chef d'une mission internationale d'observateurs
Robert Mugabe dépose son bulletin de vote dans une urne, sous le regard de son épouse, Grace.

L'ex-président Robert Mugabe, qui a dirigé le pays entre 1980 et 2017, a voté lundi à Harare. C'est la première fois qu'il n'est pas en mesure de voter pour lui-même. « Je ne peux pas voter pour ceux qui m'ont mal traité », a-t-il fait savoir dimanche, dans une déclaration dont l'impact resté à être déterminé.

Photo : La Presse canadienne / AP/Tsvangirayi Mukwazhi

Malgré leur présence, Nelson Chamisa a affirmé dans l'après-midi sur Twitter que certains électeurs étaient empêchés de voter dans des secteurs où il bénéficie d'un important soutien. Il a notamment dénoncé des « retards délibérés et injustifiés », mais sans présenter de preuves concrètes.

Le chef de la mission d'observation de l'Union européenne, Elmar Brok, a pour sa part estimé que l'élection se déroule très bien par endroits, mais que le scrutin est « totalement désorganisé » dans d'autres. Selon lui, plusieurs électeurs, de jeunes femmes pour la plupart ont quitté leur file avant d'avoir voté, frustrées par le temps d'attente.

Il dit ne pas encore être parvenu à une conclusion sur le déroulement du vote. « Il convient maintenant de vérifier s'il s'agit d'une tendance » ou de cas isolés, a ajouté M. Brok.

Une file d'électeurs zimbabwéens

Le taux de participation a été élevé, indiquent les observateurs.

Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

La crédibilité du scrutin est primordiale pour que le Zimbabwe puisse revenir complètement dans le concert des nations, lui qui est toujours frappé par des sanctions imposées notamment par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne.

Le pays manque cruellement de liquidités, obligeant la population à faire la queue des heures devant les banques pour obtenir quelques dizaines de dollars en liquide, tandis qu'une écrasante majorité de la population est au chômage.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

Élections internationales

International