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Houblon du Québec : passer de la bière de microbrasserie à la bière locale

Les produits de l'entreprise Houblon des jarrets noir
Les produits de l'entreprise Houblon des jarrets noir Photo: Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Même si les microbrasseries ont connu une ascension fulgurante au Québec, le houblon local, lui, commence tout juste à déployer ses ailes. Contrairement à ce que plusieurs pourraient croire, une bière de microbrasserie n'est pas forcément une bière locale.

Un texte d’Alexandre Duval

« Une bière qui a été brassée avec des céréales de l’Alberta et du houblon de l’Allemagne n’est pas une bière locale : c’est une bière de microbrasserie », illustre Luc Fortin, administrateur de Houblon Québec.

Une bière locale, c’est avec de l’orge et des houblons du Québec.

Luc Fortin, administrateur chez Houblon Québec

Malgré l’intérêt grandissant des Québécois pour les produits du terroir, il reste encore du travail à faire en ce qui concerne le houblon. Des brasseurs hésitent encore à faire le saut, par habitude ou pour des questions de coût, selon M. Fortin.

« Le principal problème, c’est les Américains qui offrent du houblon de 12 $ à 15 $ le kilo sur le marché international quand nous, on le vend entre 20 $ et 25 $. »

Mais M. Fortin y va d'une affirmation audacieuse : le houblon du Québec est supérieur à celui des États-Unis.

« Le houblon du Québec est vraiment de bonne qualité présentement. Les gens qui essaient le houblon du Québec voient qu’il y a un potentiel différent que les houblons américains. »

Luc Fortin, administrateur chez Houblon QuébecLuc Fortin, administrateur chez Houblon Québec Photo : Radio-Canada

C’est le cas de la microbrasserie La Korrigane, à Québec, qui utilise aujourd’hui près de 75 % de houblon québécois dans ses recettes.

« Quand on a commencé [en 2010], c'était à peine 2 % de notre houblon qui était du houblon québécois parce que la production de houblon au Québec était à ses balbutiements », se souvient la copropriétaire Catherine Foster.

Dès le départ, ça faisait partie de notre plan d'affaires. Ça fait partie de nos valeurs, de notre mission d'entreprise.

Catherine Foster, copropriétaire de La Korrigane
Catherine Foster, copropriétaire de La KorriganeCatherine Foster, copropriétaire de La Korrigane Photo : Radio-Canada

Une industrie toute jeune

Il y a 10 ans seulement, alors que le coût du houblon américain bondissait en raison d’une pénurie, le Québec faisait ses premiers pas en matière de production de houblon local, rappelle M. Fortin.

Aujourd’hui, Houblon Québec distribue la production de 14 houblonnières locales à travers le Canada, les États-Unis et même le Brésil. Au total, ce sont 21 variétés qui sont mises en marché par Houblon Québec.

Selon M. Fortin, le houblon québécois jouit d’un avantage indéniable sur ses concurrents internationaux : la fraîcheur.

On a des brasseries qui sont souvent à moins de 10 kilomètres des champs, donc on est capable de faire une livraison presque quotidienne dans les brasseries.

Luc Fortin, administrateur chez Houblon Québec
Le champ de l'entreprise Houblon des jarrets noirsLe champ de l'entreprise Houblon des jarrets noirs Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Une ère nouvelle

Les houblonnières québécoises sont toutefois sur le point d’entrer dans une nouvelle ère, qui sera marquée par la distribution de houblons dits indigènes.

« L’avenir du houblon au Québec, ce sont les nouvelles variétés, assure M. Fortin. Houblon Québec a trouvé 20 plants de houblon sauvage qui poussaient dans différents lieux du Québec. »

On a pris ces plants-là et on les a ramenés en houblonnière pour voir s’il y avait une certaine rentabilité. Ces plants-là sont maintenant viables et on commence à les reproduire.

Luc Fortin, administrateur chez Houblon Québec

Il s’agit selon toute vraisemblance de plants qui auraient été transportés en Amérique par les colons français ou anglais. Au fil des ans, en s’adaptant à notre terroir, ils ont développé leurs propres caractéristiques.

Une variété trouvée dans la région de Drummondville, baptisée le « Drummond », devrait être mise en marché en septembre. Une autre variété, le « Wickham », devrait être distribuée dès l’an prochain.

Faire baisser le prix

M. Fortin rappelle qu’aucun producteur de houblon ne vit uniquement de cette culture. Tous ont une autre occupation afin d’assurer leur subsistance. Le houblon reste donc une affaire de passion.

Par exemple, le propriétaire de l’entreprise Houblon des jarrets noirs, à Saint-Bernard, est d’abord et avant tout un producteur de volaille.

Francis Gagné, propriétaire de Houblon des jarrets noirs, dans son champFrancis Gagné, propriétaire de Houblon des jarrets noirs, dans son champ Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Francis Gagné s’est en effet lancé dans la production de houblon en 2013 afin de diversifier son entreprise. Aujourd’hui, il produit neuf variétés de houblon et six autres sont en développement.

Bien qu’il ait des contrats avec une centaine de brasseurs, M. Gagné ne s’en cache pas : il y a encore de l’éducation à faire.

Les brasseurs de longue date ont déjà leurs fournisseurs, explique-t-il, et ils recherchent souvent des houblons qu’il est impossible de faire pousser au Québec parce qu’ils sont exclusifs aux États-Unis, par exemple.

C'est notre défi de leur prouver qu'on est capable de faire un volume, de faire de la qualité, de faire un houblon comparable à un prix compétitif et qu'on est là pour rester.

Francis Gagné, propriétaire de Houblon des jarrets noirs
Francis Gagné, propriétaire de Houblon des jarrets noirsFrancis Gagné, propriétaire de Houblon des jarrets noirs Photo : Radio-Canada

M. Gagné affirme que ce sont surtout les nouvelles microbrasseries qui se montrent ouvertes à inclure le houblon québécois dans leur production.

« Il y en a [chez qui] la réception est bonne. Il y en a qui attendent après ça. Il y en a qui sont contents qu'il y ait du houblon qui pousse au Québec. »

Avec les informations de Marie Maude Pontbriand

Économie