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Le mouvement #MoiAussi gagne le Vatican

Vue du Vatican
Le Vatican n'a pas indiqué quelles mesures avaient été prises pour venir en aide aux religieuses victimes d'agressions sexuelles. Photo: iStock
Radio-Canada

Des religieuses de partout dans le monde brisent le silence et racontent les abus que des prêtres ou des évêques leur ont fait subir, sans que l'Église intervienne.

Selon une enquête de l’Associated Press, le Vatican est au courant depuis très longtemps que des religieuses sont agressées sexuellement par des prêtres et des évêques et ne fait rien pour régler le problème.

Plusieurs cas en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie démontrent que la situation est généralisée, notamment en raison du statut inférieur des sœurs religieuses et leur obligation d’être au service de leurs supérieurs masculins.

Or, certaines d’entre elles ont décidé de briser le silence, notamment grâce au mouvement #MoiAussi.

C’est le cas d’une religieuse qui affirme avoir été agressée par un prêtre lors d’une confession en 2000. « Cela a ouvert une blessure en moi », raconte-t-elle. « J’ai fait comme si rien ne s’était produit. »

Un autre prêtre lui aurait fait des avances l’année suivante. Elle affirme avoir arrêté d’aller au confessionnal depuis cette agression, sauf lorsqu’elle est avec son père spirituel, qui vit dans un autre pays.

Inaction des supérieurs

En une semaine, près d’une demi-douzaine de sœurs dans une petite congrégation au Chili ont raconté sur les ondes de la télévision nationale avoir été agressées par des prêtres et d’autres religieuses. Elles ont également raconté comment rien n’avait été fait par leurs supérieurs.

En Inde, une sœur a également porté plainte auprès de la police, accusant un évêque de viol. Un geste qui aurait été impensable il y a de cela un an. Des cas en Afrique ont également été documentés, comme celui, en 2013, d’un prêtre en Ouganda qui a rédigé une lettre à ses supérieurs, faisant état de « prêtres ayant des relations amoureuses avec des sœurs religieuses ». Ce prêtre a été immédiatement suspendu par l’église et a dû présenter ses excuses en mai dernier.

« Cela fait des années que des signalements ont lieu », soutient Karlijn Demasure, théologienne belge.

Je suis triste que cela ait pris si longtemps avant que ces histoires n’éclatent au grand jour.

Karlijn Demasure, théologienne belge

Le Vatican a refusé de préciser si des mesures avaient été prises pour dresser un portrait précis de la situation, pour sanctionner les personnes accusées de tels comportements ou pour venir en aide aux victimes.

Un représentant du Vatican a plutôt indiqué qu’il était de la responsabilité des églises locales de punir les prêtres qui abusent sexuellement des sœurs.

Selon un autre représentant s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, l’Église a été si occupée à protéger les enfants qu’elle n’a pas eu de temps de s'attarder aux adultes plus vulnérables, qui « méritent la même protection ».

« Les femmes des consécrations doivent être encouragées à prendre la parole », a indiqué ce même représentant. « Les évêques doivent les prendre au sérieux et s’assurer que les prêtres, s’ils sont coupables, soient punis. »

Être prises au sérieux est souvent l’obstacle le plus difficile auquel doivent faire face ces religieuses agressées sexuellement, selon Mme Demasure. « [Les prêtres] peuvent toujours dire qu’elles le désiraient », explique-t-elle.

Les ombres de trois sœurs apparaissent sont projetées sur un mur. Le Vatican a refusé de préciser si des mesures avaient été prises pour dresser un portrait précis de la situation, pour sanctionner les personnes accusées de tels comportements ou pour venir en aide aux victimes d'agression. Photo : Associated Press / Andrew Medichini

Les novices particulièrement vulnérables

Des croyances traditionnelles et culturelles liées à l’importance d’avoir des enfants sont souvent au cœur de ces histoires, particulièrement dans le cas de prêtres en Afrique, estime Karlijn Demasure.

Les novices deviennent aussi particulièrement vulnérables, puisqu’elles doivent souvent obtenir une lettre de la part des prêtres de leur paroisse pour être acceptées dans certaines congrégations religieuses.

« Il y a souvent un prix à payer », souligne Mme Demasure.

Dans les cas où les victimes deviennent enceintes, plusieurs se tournent vers l’avortement, poursuit l’experte qui travaillait jusqu’à tout récemment pour le Centre de la protection de l’enfance à l’Université pontificale grégorienne, à Rome.

« Elles peuvent en subir plus d’un et c’est lui [le prêtre] qui paye. Une religieuse n’a pas d’argent. Un prêtre, oui », explique-t-elle.

Des partenaires sexuelles « sécuritaires »

Pour l’archevêque John Baptist Odama, chef du regroupement des évêques de l’Ouganda, les allégations contre des prêtres ne doivent pas être utilisées pour accuser l’Église tout entière.

« Les cas individuels doivent être traités comme des cas individuels », selon lui.

Plusieurs rapports ont été produits par des membres de différents ordres religieux. En 1994, la sœur Maura O’Donohue a notamment conduit un sondage dans 23 pays et qui lui a pris six ans à réaliser. Les résultats révélaient que 29 sœurs avaient été violées dans une seule congrégation.

Selon ses observations, les religieuses sont souvent considérées par les prêtres comme des partenaires sexuelles « sécuritaires », puisque les risques de contracter le VIH sont plus faibles qu’avec des prostituées ou d’autres femmes.

Ces rapports ne devaient initialement pas être publics, mais le journal américain National Catholic Reporter les a mis en ligne en 2001.

À ce jour, le Vatican n’a toujours pas annoncé avoir fait quoi que ce soit à la lumière de ces informations.

Avec les informations de CBC, et Associated Press

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