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Les Innus et la Sainte-Anne : 300 ans de tradition

Quatre femmes autochtones sont assises sur un muret près de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.
Des femmes de Kawawachikamach font le voyage de 950 kilomètres jusqu'à Sainte-Anne-de-Beaupré chaque année. Photo: Radio-Canada / Gabrielle Paul

Les Innus entretiennent une dévotion pour sainte Anne depuis plus de 300 ans. Encore aujourd'hui, ils sont des dizaines à participer aux célébrations de la fête de la Sainte-Anne à Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec.

Un texte de Gabrielle Paul

Marie de l'Incarnation documente dès 1658 le pèlerinage des Autochtones vers Sainte-Anne-de-Beaupré.

Impossible de savoir avec certitude ce qui les a poussés à adopter avec rigueur les rites entourant celle que certains appellent désormais « la grand-mère des Innus ».

Aujourd'hui encore, plusieurs refusent de manquer la neuvaine et la fête de la Sainte-Anne, même s'ils doivent voyager pendant un ou deux jours pour s'y rendre.

Qui est sainte Anne?
Sainte Anne est la mère de la vierge Marie, donc elle est la grand-mère de Jésus. Dans les croyances chrétiennes, elle est la protectrice des malades et des femmes qui accouchent.

La dévotion qu’ont les Autochtones pour sainte Anne est « exceptionnelle », selon la vice-rectrice du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, Assunta Bouchard.

« Je m’édifie énormément de voir combien les gens des Premières Nations ont une grande dévotion à l’aïeule, à la grand-mère, à la bonne sainte Anne. J’ai des gens qui viennent faire leur chemin de croix tous les jours », dit-elle

Des Autochtones attendent le sacrement de l'onction des malades devant la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.Des Autochtones attendent le sacrement de l'onction des malades devant la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Il y a un homme de 86 ans de la Côte-Nord qui vient se tenter [camper] chaque année avec sa famille et le souhait qu’il fait, c’est qu’il demande à sainte Anne de lui permettre de revenir l’année prochaine », raconte Mme Bouchard.

Le saviez-vous? En innu, juillet se dit Shetan-Pishim, qui se traduit par « le mois de la Sainte-Anne ».

Certaines communautés organisent leurs propres célébrations de la Sainte-Anne pour ceux qui ne peuvent pas se rendre à Sainte-Anne-de-Beaupré, c’est notamment le cas d’Ekuanitshit (Mingan). Mme Bouchard se réjouit de cette initiative. « Sainte Anne rayonne à l’extérieur! », affirme-t-elle.

La famille Ishpatao de Nutashkuan a tenu à faire le voyage cette année. Mélissa, Maxime et leur fils Mateo sont arrivés pour la messe du 26 juillet.
« On ne vient pas chaque année », dit Mélissa Ishpatao.

« On voulait prier un peu! », renchérit son conjoint.

Une famille innue pose devant la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.Mélissa, Maxime et Mateo Ishpatao sont venus en famille à la fête de la Sainte-Anne. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Les célébrations de la Sainte-Anne font aussi partie des traditions familiales.

« Les adolescents viennent, mais ils sont adolescents et c’est correct. On voit par contre plus tard, quand ils sont mariés et ont des enfants, la tradition a été semée et ils continuent de venir », constate Assunta Bouchard.

La vice rectrice du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré est assise à son bureau.Assunta Bouchard travaille pour le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré depuis 46 ans. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

La messe en langue innue est un moment de recueillement particulier pour les Innus, mais elle est tout de même ouverte à tous.

« C’est leur messe à eux. Nous avons une messe pour les Italiens aussi, donc chacun a sa part d’église », explique la vice-rectrice.

Des chrétiens sont assis à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.Des croyants attendent le début de la messe donnée en innu le 26 juillet. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Paul-Arthur McKenzie chante pendant la messe en innu depuis près de vingt ans.

L’octogénaire s’exprime en innu, c’est son amie Aline Rock, de Pessamit, également fervente de sainte Anne, qui traduit pour lui.

Lorsque M. McKenzie était enfant, la Sainte-Anne était très importante.

« Tout le mois de juillet, c’est la fête de la Sainte-Anne, avec ses parents ils fêtaient toujours la neuvaine », explique Aline Rock.

« Avant quand ils vivaient dans le bois, avec le mode de vie traditionnel, il n'y avait pas de médecin, d'infirmière ou de prêtre. La seule qui pouvait les protéger c'était la sainte Anne », ajoute-t-elle.

Un aîné autochtone avec un pendentif de crucifix pose avec une femme autochtone à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.Paul-Arthur McKenzie et Aline Rock ne manquent jamais la fête de la Sainte-Anne. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Paul-Arthur McKenzie se réjouit de la facilité qu’il a aujourd’hui pour se rendre jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré.

« Quand il était jeune, sa famille partait en canot de la Basse-Côte-Nord et descendait le fleuve pour la Sainte-Anne, traduit Mme Rock. Ça prenait une semaine faire le voyage, mais ça ne les dérangeait pas, leur foi était assez forte. »

Andrée Paul de Pessamit est une aide bénévole pour la basilique Sainte-Anne depuis 25 ans.

« Ma grande vocation pour sainte Anne a commencé étant jeune, mon éducation était tournée toujours vers la religion. La première fois que je suis arrivée ici j’avais douze ans et je suis toujours revenue », raconte-t-elle.

Pour celle qui travaille comme infirmière, être aide pendant la neuvaine lui permet de se ressourcer.

« Quand je viens ici, c’est comme mes vacances. Des gens de partout se rassemblent ici et il n’y a pas de différence. Je crois avant tout en l’être humain et être ici me permet de partager avec les gens », explique-t-elle.

La fête de Sainte-Anne représente le partage et l’entraide

Andrée Paul, Innue de Pessamit

Mme Paul a déjà subi une paralysie au côté droit de son corps à cause d’une hernie cervicale.

« Comme j’ai une grande, grande dévotion pour sainte Anne, j’ai fait appel à elle. Je suis sortie de l’hôpital le 26 juillet puis j’ai retrouvé toutes mes facultés physiques », se souvient-elle.

Une femme innue avec un uniforme d'aide de la basilique Sainte-Anne sourit pour la caméra.Andrée Paul attribue sa guérison à la foi qu'elle porte à sainte Anne. Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Je vais toujours continuer à venir ici pour travailler pour sainte Anne. C’est ma grande vocation et je le témoigne à qui veut l’entendre. Je suis fière », conclut-elle.

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