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Le Théâtre du Soleil répond à l'annulation controversée du spectacle Kanata

Des acteurs déguisés en Autochtones sont devant un tipi sur une scène.

La première de Kanata était prévue en décembre, à Paris.

Photo : CBC / Théâtre du Soleil

Radio-Canada

Le Théâtre du Soleil, où devait avoir lieu la pièce Kanata de Robert Lepage et d'Ariane Mnouchkine, affirme que l'annulation du spectacle est une mesure d'« intimidation inimaginable dans un pays démocratique ».

Le théâtre parisien a indiqué dans un communiqué de presse vendredi qu'il réaffirmait sa « fidèle affection et son inébranlable admiration » envers Robert Lepage, tout en ajoutant qu'il répondrait « avec ses propres outils » à cette annulation controversée.

Intimidation inimaginable dans un pays démocratique, exercée en grande partie sur les réseaux sociaux au nom d’une idéologie que le Théâtre du Soleil ne veut pas qualifier ici, mais à laquelle il répondra avec ses propres outils.

Extrait du communiqué de presse du Théâtre du Soleil

Le Théâtre du Soleil souligne toutefois être persuadé « que le besoin de visibilité des artistes autochtones est une revendication légitime » et que « le but recherché par l’immense majorité des artistes autochtones francophones » n’était pas l’annulation du spectacle.

Jeudi, la compagnie du metteur en scène québécois Robert Lepage, Ex Machina, a annoncé l'annulation du spectacle pour des raisons financières.

Kanata entendait présenter une relecture de l'histoire du Canada à travers les rapports entre les Blancs et les Autochtones. L'absence de comédiens issus des communautés autochtones avait créé ces derniers jours une controverse autour du spectacle.

Cette annulation intervient après celle de SLĀV, une autre production de Robert Lepage. La production présentée au Théâtre du Nouveau Monde avait été accusée d’utiliser l’héritage culturel de la communauté noire dans un spectacle sur l'esclavage créé par des Blancs pour des Blancs.

Un rendez-vous manqué et censure

Les réactions ont été nombreuses après l'annonce de l'annulation du spectacle Kanata. Certains ont dénoncé la censure de la production, mais plusieurs se sont également dits déçus. Ces derniers ont expliqué notamment que personne n'y gagnait dans cette décision et qu'il s'agissait d'une occasion manquée pour les Autochtones et le milieu culturel de collaborer.

« Ce sont des opportunités de dialogue et de débat qui sont manquées, mais il faut rester très positif. Je suis persuadée que l’équipe d’Ex Machina saura rebondir », a d'ailleurs déclaré vendredi Nathalie Bondil, vice-présidente du Conseil des arts du Canada, à l'émission Gravel le matin.

Mme Bondil a également soutenu que les protestations qui se sont fait entendre ne sont pas de la censure et ne devraient pas mener à de l'autocensure. « Ce n'est pas parce qu'on n'a pas le même point de vue qu'une autre personne qu'on n'a plus le droit de l'exprimer [...] On a l'impression d'être face à de la censure, mais ce sont tout simplement des dialogues », a-t-elle expliqué, ajoutant que cela reflète une évolution de la société.

Diriez-vous à la table, aujourd’hui, le mot "nègre"? Non. Pourtant, il y a quelques décennies, ça se disait. Maintenant, on ne le dit plus. Est-ce qu’on s’autocensure? Je ne crois pas. On évolue, les mentalités évoluent.

Nathalie Bondil, vice-présidente du Conseil des arts du Canada

Le directeur artistique du festival Présence autochtone, André Dudemaine, s'est également désolé de l'annulation du spectacle, mais a estimé que cela était prévisible. « En 2018, on ne fait pas du théâtre à propos des Autochtones sans associer des créateurs autochtones », a-t-il déclaré à l’émission Midi Info, précisant que cela ne signifiait pas non plus que tous les rôles d'Autchtones doivent être pourvus par des Autochtones.

Je pense que le côté artificiel de la chose crée des faiblesses structurelles qui font qu’à la première controverse, le spectacle se casse la gueule.

André Dudemaine, directeur artistique du festival Présence autochtone

M. Dudemaine a ajouté que le théâtre est « un art public qui est soumis à tous les grands vents » et que « l'histoire du théâtre est faite de querelles, de charivaris, de huées, de sifflets ».

L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) estime que l'annulation du spectacle doit être l'occasion d'une réflexion profonde des Autochtones sur la survie et la diffusion de leurs cultures.

« Le débat actuel autour de l'annulation du spectacle Kanata prend une tournure regrettable qui risque de ne faire que des perdants. Pourtant, ce débat réunit des intervenants qui souhaitent rendre hommage aux cultures des Premières Nations. Que se passe-t-il? Il faut rapidement réunir toutes ces forces et repartir le débat sur des bases positives et, surtout, dans le calme », a déclaré le chef de la APNQL, Ghislain Picard, dans un communiqué.

« Je demande aussi aux politiciens québécois qui veulent s'exprimer sur le sujet de réfléchir d'abord aux réalisations de leurs formations politiques respectives en matière de respect envers les Premières Nations et de rapprochement avec nous. Je n'en connais aucun qui ait de leçons à donner », a ajouté M. Picard.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a quant à lui déclaré, lors d'un point de presse plus tôt vendredi, qu'il trouvait « regrettable » que le spectacle Kanata soit annulé et qu'il « fallait protéger la liberté d'expression ».

« Je comprends qu’il faut voir plus de membres des minorités visibles dans les spectacles, dans les émissions, mais il ne faut pas mélanger tous les dossiers […] Je trouve ça dangereux [pour la liberté d'expression] qu’une société s’oppose à ce genre de spectacle », a-t-il dit.

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