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Occasion manquée, censure dénoncée : les réactions fusent avec l'annulation de Kanata

Les détails avec Louis-Philippe Ouimet.

Bien qu'Ex Machina lie l'annulation du spectacle Kanata à des motifs économiques, tant la classe politique et artistique de la majorité que la communauté autochtone font référence à la controverse des dernières semaines dans leurs réactions. Certains dénoncent la censure de la production, alors que des personnalités autochtones se disent attristées par cette occasion ratée de collaborer.

En fin d'après-midi, la ministre québécoise de la Culture, Marie Montpetit, a qualifié la décision de la compagnie du metteur en scène québécois Robert Lepage d'annuler le spectacle de « malheureuse ».

« Personne n’y gagne; ni les créateurs, ni les nations autochtones, ni le public, a indiqué la ministre. C’est un rendez-vous manqué. C’est une occasion manquée de découvrir l’œuvre d’un grand créateur québécois et aussi une occasion ratée de parler de la culture autochtone. Les dernières semaines nous ont rappelé l’importance du dialogue et de l’ouverture à l’autre. »

Plus tôt ce mois-ci, des artistes et personnalités autochtones avaient indiqué dans une lettre ouverte être « saturés d’entendre les autres raconter [leur] histoire » et dénoncé l'absence de comédiens issus des communautés autochtones dans la pièce de théâtre. Les deux metteurs en scène avaient toutefois refusé tout changement à leur projet.

Un enjeu de société

« Cet épisode démontre la nécessité d’avoir une discussion publique sur la place des minorités et des peuples autochtones sur la scène culturelle », soutient pour sa part le co-porte-parole de Québec solidaire (QS) Gabriel Nadeau-Dubois, qui ajoute qu'une poursuite du dialogue aurait été préférable à l'annulation du spectacle.

Il y a certainement une issue pour réconcilier l’essentielle liberté de création et le besoin d’augmenter la représentativité des minorités pour que celles-ci puissent être parties prenantes des œuvres d’art qui parlent de leur réalité ou de leur histoire.

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire

Du côté du Parti québécois, le chef Jean-François Lisée a évoqué « les pressions de censeurs » dans un message publié sur Twitter.

« C’est une autre décision regrettable. Comme pour l’annulation du spectacle SLAV, nous craignons que cela ne mette à mal la liberté d’expression de nos artistes, a indiqué par voie de communiqué l'attaché de presse de la Coalition avenir Québec, Ewan Sauves. Nous devons être en mesure de tenir des débats de société importants dans le calme et le respect. »

Réactions autochtones

Certaines personnalités autochtones ont plutôt déploré la réaction du dramaturge québécois. Dans un communiqué, les signataires de la lettre ouverte se sont dits « attristés de la décision prise par Robert Lepage d’annuler le spectacle Kanata ».

En aucun cas, nous n'avons cru que cette conclusion serait une solution au manque de collaboration constaté. Nous soutenons les créateurs et défendons la liberté d’expression artistique.

Les signataires autochtones et leurs alliés

De son côté, le directeur artistique du théâtre Ondinnok, Dave Jenniss, rappelle qu'il « n'a jamais été question de censurer les gens sur la scène ».

« C’est revenu à maintes reprises, ce mot "censure", et ça m’écorche les oreilles », a expliqué l'artiste autochtone qui a participé aux discussions avec Robert Lepage la semaine dernière. « Je veux bien faire comprendre aux gens à la maison que, si le spectacle est annulé, c’est par manque de fonds et pas à cause de quelques Autochtones enragés. »

« Nous nous sommes assis avec [Robert] Lepage et lui avons fait des suggestions. Il a balayé celles-ci du revers de la main », a dénoncé la chroniqueuse crie Maïtée Labrecque-Saganash sur Facebook.

Décider d'annuler une pièce au lieu de travailler avec nous sur celle-ci, c'est lâche. Maintenant, c'est sur nous qu'on va jeter le blâme, alors que tout ce qu'on voulait, c'était de bonifier la pièce.

Maïtée Labrecque-Saganash, journaliste

En entrevue à l'émission Le 15-18, la présidente de Femmes autochtones du Québec, Vivianne Michel, a également évoqué cette volonté de collaboration entre Autochtones et les créateurs de Kanata.

« Ce qu'on a quand même exprimé à M. Lepage et Mme Mnouchkine, c'est qu'on aurait pu faire un très beau travail ensemble si on avait pu avoir un partage », raconte celle qui était aussi présente à la rencontre la semaine dernière. « On a de très bons artistes et acteurs autochtones, on a des réalisateurs autochtones, on a des producteurs autochtones; on aurait pu faire un beau travail ensemble, mais ce ne sera pas le cas. »

Un appel entendu

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, une autre signataire de la lettre ouverte qui a participé à la rencontre avec Robert Lepage la semaine dernière salue pour sa part l'annulation de Kanata.

« Je suis ravie que quelqu'un [les coproducteurs nord-américains] ait compris. C'est ce que nous voulions, a-t-elle dit à CBC News. Nous voulions que quelqu'un réagisse [même si] ce n'est pas l'équipe de Robert Lepage. »

Nous n'avons plus à craindre que cette pièce cause des dommages à notre histoire.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

« Ça signifie beaucoup de savoir que les peuples autochtones ont été entendus », écrit pour sa part la réalisatrice du film Inuk en colère, Alethea Arnaquq-Baril, sur Facebook.

Plusieurs personnalités liées au monde du théâtre québécois se sont également exprimées, notamment par Twitter.

« Je pense que les communautés noire et autochtone de Montréal ont tiré sur leur messager, leur meilleur messager mondial. Ça me fait de la peine de voir un artiste comme Lepage se faire assassiner de la sorte », affirme le comédien Yves Jacques en entrevue à Radio-Canada.

« Je suis profondément choqué de ces choses-là, parce que forcément, le théâtre, c’est de devenir quelqu’un d’autre », explique le comédien Roland Lepage. « Si on ne peut plus monter une tragédie antique, il va falloir inviter des Grecs. C’est une compagnie de théâtre qui crée, qui travaille. Il n’est pas question de quota. Ça devient de la rectitude politique. »

En entrevue à l'émission 24/60, l'anthropologue Pierre Trudel a indiqué pour sa part s'inquiéter d'un dérapage du débat.

« Présentement, avec ce qui circule sur Facebook et dans certains médias, on dérape complètement et attention à la population qui peut subir des préjudices de ce débat sur un concept que l'on connaît mal et qui est mal défini, explique-t-il. On exagère, et c'est toujours la démesure amérindienne, comme quoi des Autochtones viennent brimer la liberté artistique. »

Avec les informations de CBC News

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