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Une femme agenouillée aligne des briques sur le sol.

Parmi les victimes d'esclavage moderne dans le monde, 71 % sont des femmes. Sur cette photo, une Pakistanaise travaille dans une usine de briques, où des travailleurs sont contraints à la servitude pour dette.

Photo : AFP/Getty Images / ASIF HASSAN

Radio-Canada

L'esclavage a été officiellement aboli en 1981, lorsque la Mauritanie est devenue le dernier pays à interdire cette pratique. Pourtant, des dizaines de millions de personnes sont victimes d'esclavage moderne partout dans le monde. Et les pays du G20 n'échappent pas au phénomène. État des lieux.

Un texte de Joëlle Girard

Si le terme « esclavage moderne » n’est pas explicitement défini par le droit international, il fait référence à toute une série de pratiques où une personne est exploitée ou contrainte au travail, que ce soit par la violence, les menaces, la coercition, l’abus de pouvoir ou la fraude.

Le phénomène prend donc différentes formes, telles que la traite des humains, la servitude pour dette, l'esclavage domestique, le travail forcé imposé par un État, l’exploitation sexuelle et le mariage servile.

Où retrouve-t-on le plus d’esclaves?

Produit en collaboration avec l'Organisation mondiale du travail, l'Organisation internationale pour les migrations et l'organisme Walk Free Foundation, le rapport Global Slavery Index estime que 40,3 millions de personnes dans le monde sont victimes d’esclavage moderne.

« Ce résultat n'est pas tout à fait représentatif et sous-estime l’ampleur du problème, puisqu’il y a de nombreuses populations que nous aurons toujours de la difficulté à rejoindre, notamment les enfants-soldats et les prisonniers », soutient Davina Durgana, statisticienne pour le groupe de défense des droits de la personne Walk Free Foundation et coauteure du rapport.

« Ce chiffre consiste en une estimation sur laquelle la plupart des ONG et des organisations internationales s’entendent. [...] Mais cela reste une estimation », affirme pour sa part Kristine Plouffe-Malette, professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chercheure postdoctorale en droit à l’Université McGill.

Parmi ces 40,3 millions de victimes, le Global Index Slavery évalue que 15,4 millions sont contraintes au mariage forcé et 24,9 millions, au travail forcé.

Les piètres résultats des 10 pays qui se classent parmi les pires au monde relativement à la prévalence de l'esclavage s’expliquent majoritairement par la fréquence élevée du travail forcé imposé par l’État, l’occurrence des mariages forcés, la pratique de l’esclavage héréditaire et la présence de conflits qui vulnérabilisent la population.

Par exemple, on estime que 2,64 millions de personnes sont condamnées aux travaux forcés en Corée du Nord. C’est un dixième de la population.

Inversement, parmi les 10 pays qui se classent le plus avantageusement, on compte le Japon, le Canada, Taïwan, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Chili, l’île Maurice, l’Uruguay, le Costa Rica et les États-Unis.

Le Canada n’est pas épargné

The Global Slavery Index avance que quelque 17 000 personnes sont victimes d’esclavage moderne au Canada. Des données que Mme Durgana estime également sous-évaluées.

Le phénomène prend essentiellement la forme de l’exploitation sexuelle et de la traite de personnes, selon Statistique Canada et les cas recensés par le Centre national de coordination contre la traite de personnes de la Gendarmerie royale du Canada.

Le Global Slavery Index comptabilise aussi l’exploitation des migrants dans le travail, mais ces chiffres pour le Canada ne sont pas colligés, précise Kristine Plouffe-Malette.

Selon les données les plus récentes fournies par Statistique Canada, 865 victimes ont été déclarées pour 1220 affaires de traite d’êtres humains entre 2009 et 2016. Le nombre d’affaires déclarées est toutefois en constante augmentation depuis 2010.

« Bien que le nombre d’affaires de traite de personnes déclarées par la police ait augmenté ces dernières années, la traite des personnes demeure fortement sous-déclarée », souligne Statistique Canada dans son rapport publié fin juin. Cette difficulté à mesurer l’ampleur de la traite de personnes est due en partie à la nature clandestine de cette infraction, précise-t-on.

Ces chiffres ne représentent que les victimes déclarées et pourraient n’être que la pointe de l’iceberg.

Kristine Plouffe-Malette, professeure à l'UQAM

Le rapport de Global Slavery Index indique également que les femmes et les filles comptent pour 71 % des esclaves modernes à travers le monde. Cette surreprésentation est aussi observée au Canada.

« 95 % des victimes au Canada sont des femmes et 70 % d’entre elles ont moins de 25 ans. Ce sont donc surtout les jeunes femmes qui sont à risque. De plus, 51 % d’entre elles seraient issues de communautés autochtones », explique Kristine Plouffe-Malette, qui déplore toutefois l'imprécision des données.

Un problème mondial et mondialisé

Pour la première fois cette année, le Global Slavery Index présente l'envers de la médaille en détaillant les importations des produits de l'esclavage dans les pays du G20.

Pour ce faire, l’organisme a mis sur pied une liste de biens et de matériaux considérés à risque. Les pays du G20 importent chaque année 463 milliards de dollars de ces produits.

Les Américains sont responsables de la plus grande portion de ces importations, pour un total de 189 milliards, soit environ 40 %.

Le Canada importe quant à lui 19,6 milliards de produits à risque, ce qui représente 4 % des importations annuelles effectuées par les pays du G20.

Une chose est certaine, nos marchés nous offrent ces produits. Au Canada, rien n’empêche leur importation.

Kristine Plouffe-Malette, professeure à l'UQAM

Les consommateurs ont toutefois différents moyens pour éviter d'acheter ces marchandises.

« Acheter local et se renseigner sur la provenance des produits est un bon pas en avant [...] pour les Canadiens soucieux de ne pas participer au phénomène des produits issus de l’esclavage », souligne Mme Plouffe-Malette.

« Les Canadiens [...] doivent réclamer du gouvernement qu’il adopte des mesures plus importantes comme une loi interdisant l’importation de produits du travail forcé ou une liste de produits à risque régulièrement mise à jour », ajoute-t-elle, soulignant que l’Union européenne bloque l’importation de certaines marchandises spécifiques pour des questions de protection des droits de la personne. « Le Canada peut le faire également et, ce faisant, nous pourrions mieux contrôler ce que nous consommons. »

De son côté, Davina Durgana suggère d’utiliser des applications comme Good On You, qui permet aux consommateurs de sélectionner des marques de vêtement plus éthiques en ce qui a trait à l’empreinte écologique et les droits de la personne, notamment.

Le Global Slavery Index a accordé la cote BB au Canada concernant ses initiatives afin d’enrayer le phénomène de l’esclavage moderne.

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