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PLQ et économie : un mandat contrasté en deux temps

Carlos Leitao et Philippe Couillard marchant dans un corridor de l'Assemblée nationale.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

La plateforme économique libérale de 2014 comptait près de 80 engagements. Ont-ils été respectés? Nous nous sommes penchés sur cette question.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Relancer l’économie et créer 250 000 emplois en cinq ans en commençant par assainir les finances publiques, voilà comment on peut résumer les promesses du Parti libéral du Québec (PLQ) de 2014.

Un groupe de chercheurs chapeautés par l’Université Laval a analysé l’ensemble de leurs promesses. Le Polimètre Couillard accorde au PLQ les notes suivantes pour ses engagements :

  • 54 % ont été réalisés;
  • 24 % ont été partiellement réalisés;
  • 21 % n’ont pas été réalisés.

« Je dirais que la plupart des initiatives à caractère économique annoncées dans la plateforme ont été mises en place », affirme Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa et coauteure de cette étude.

Appelez ça rigueur ou austérité, le mandat du gouvernement libéral en économie a d’abord été marqué par un sévère contrôle des dépenses. Puis, avec les surplus, le premier ministre Couillard et son équipe ont opté pour un réinvestissement massif de fonds publics. Une stratégie en deux temps que l’économiste Pierre Fortin appelle la politique du stop and go.

Radio-Canada a fait son propre recensement des promesses en économie au terme de la dernière session parlementaire, avant le déclenchement des élections.

L’économie va mieux

Les statistiques sur l’emploi et la croissance montrent clairement que l’économie québécoise va mieux. Il y a quatre ans au Québec, on enchaînait les annonces de fermeture d’usines :

L’an dernier, l’économie a connu une croissance de 3 %. Un bond que le Québec n’avait pas enregistré en près de 20 ans.

Durant le mandat, le taux de chômage a chuté, passant de 7,6 % en mars 2014 à 5,6 % en juillet 2018. Selon Statistique Canada, le chômage au Québec est maintenant inférieur à la moyenne canadienne (5,8 % en juillet 2018).

250 000 nouveaux emplois d’ici 2019

La création de 50 000 emplois par année pendant cinq ans fut l’engagement économique phare des libéraux en 2014.

Un classique libéral; Jean Charest avait utilisé exactement la même formule en 2012. En 1971, Robert Bourassa avait, lui, promis de créer 100 000 emplois en misant sur le développement de la Baie-James.

Reste que, depuis 2014, la tendance en matière de création d’emplois indique que le gouvernement de Philippe Couillard est bien en voie de remplir sa promesse.

Un bémol : comme le souligne l’économiste Pierre Fortin, « la politique économique et budgétaire d’un gouvernement provincial n’est qu’un des multiples facteurs qui influent sur la création d’emplois ».

La vitalité du marché du travail dépend aussi de la demande américaine et canadienne pour les produits québécois, du taux de change, du prix du pétrole, de la démographie, etc. Bref, la politique du gouvernement « n’est pas le facteur le moins important, mais pas le plus important non plus », selon M. Fortin.

Assainir les finances à coup d’austérité

Les libéraux avaient promis d’assainir les finances publiques. « L’unique objectif du gouvernement Couillard, dans ses deux premières années, a été de stabiliser, puis de réduire le poids de la dette », souligne l'économiste Pierre Fortin.

Nombre d’experts se questionnent aujourd’hui sur l’empressement avec lequel le gouvernement Couillard s’est lancé dans ce redressement budgétaire.

« Il y est parvenu rapidement en imposant une cure d’austérité budgétaire deux fois plus importante que celle de ces prédécesseurs », précise M. Fortin, qui ajoute que le coût de cette politique a été « une croissance chétive » dans les premières années des libéraux au pouvoir.

Pierre Fortin reproche au gouvernement Couillard d’avoir cherché, en 2014, « à répandre la panique ». Le premier ministre « a propagé l’opinion que le fardeau de la dette du Québec était tellement lourd et son déficit budgétaire tellement important qu’une crise financière était imminente et que le Québec s’en allait dans un mur. »

Aucune agence de notation et aucun des rapports financiers commandés par le gouvernement à l’époque n’ont accrédité la validité de ce précipice appréhendé.

Pierre Fortin, économiste

M. Fortin ajoute que « la politique d’austérité du gouvernement Couillard se trouvait aussi à jeter de l’huile sur le feu parce que l’économie du Québec était déjà en train d’essuyer un grave repli de l’investissement de ses entreprises, sans précédent en 30 ans ».

Dans son bilan économique du gouvernement Couillard, la professeure de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier souligne que « le gouvernement libéral a pris la décision d’agir rapidement. Certaines mesures ont été adoptées sans même attendre les avis sollicités auprès des experts ».

Mme Tellier note que le gouvernement a finalement réalisé des surplus dès la première année de son mandat. La coauteure du livre Bilan du gouvernement Couillard : 158 promesses et un mandat contrasté ajoute que la hausse marquée des dépenses publiques en fin de mandat remet « en question le sentiment d’urgence qui prévalait au lendemain des élections ».

Le PLQ avait promis de faire grimper à 11 milliards de dollars par année les dépenses en infrastructures. Le gouvernement Couillard n’atteindra pas cet objectif.

Les Québécois ont bénéficié comme prévu d’un crédit d’impôt à la rénovation. L’incitatif fiscal offert par l’État est toutefois différent de ce qui avait été annoncé dans la plateforme du PLQ de 2014.

A220

Une lettre et trois chiffres qui risquent de venir hanter les candidats libéraux lorsque viendra le temps de défendre leur bilan.

Pour sauver la C Series de Bombardier, le gouvernement Couillard y a investi 1,3 milliard de dollars. Quand Boeing et les autorités américaines ont menacé l’avenir de l’appareil, le premier ministre lui-même est monté aux barricades. Tous ces efforts pour, au final, donner littéralement le contrôle du programme à un autre concurrent. Airbus a mis la main sur 50,01 % de la C Series pour 0 $.

Philippe Couillard et Thomas Enders s'adressent aux journalistes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard (à droite), en compagnie du président d'Airbus, Thomas Enders.

Photo : Radio-Canada

Avant la transaction, Québec détenait 49,5 % du programme. L’État ne contrôle aujourd’hui que 19 % des actions. Combien valent aujourd’hui les 1,3 milliard de dollars investis dans l’entreprise? Même la vérificatrice générale du Québec n’arrive pas à obtenir une réponse. Les emplois à Mirabel seront-ils assurés à long terme? Seul l’avenir nous le dira.

Chose certaine, l’appareil, qui devait être le symbole du génie québécois en aéronautique, est aujourd’hui considéré dans le monde comme un avion français, l'Airbus A220.

Rona, St-Hubert et la protection des sièges sociaux

Un Rona à Saint-EustacheAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement du Québec avait été critiqué par les oppositions à l'Assemblée nationale lors de la vente de Rona à des intérêts américains.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

En 2014, le PLQ avait promis de protéger les sièges sociaux. Les libéraux proposaient même de piger dans le Fonds des générations pour acheter des parts d’entreprises visées par une tentative d’achat provenant de sociétés étrangères.

Dans les faits, St-Hubert a été vendu à des intérêts ontariens. Le gouvernement Couillard a laissé filer Rona aux mains des Américains, même si un des ténors économiques au cabinet, le défunt ministre Jacques Daoust, s’y opposait.

Plus récemment, Camso de Magog a été vendu au géant français Michelin. La ministre Dominique Anglade a qualifié cette transaction de « décision d’affaires ». Contrairement au dossier de la C Series, le premier ministre et son équipe ont préféré ne pas s’immiscer dans ce genre de décisions prises par le secteur privé.

Valérie Plante et Régis LabeaumeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Valérie Plante avec Régis Labeaume, le maire de Québec, le 23 novembre 2017.

Photo : Twitter / Valérie Plante

Le gouvernement Couillard a accordé comme prévu plus d’autonomie et de pouvoir aux maires de Montréal et de Québec en adoptant, en septembre 2017, le projet de loi 121.

Le Plan Nord + ou moins?

M. Couillard avait promis de relancer le Plan Nord. Voici comment la professeure Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa, analyse le dossier quatre ans plus tard. « Est-ce qu’il y a eu des dépenses dans ces domaines-là? Oui. Est-ce qu’il y a une vision d’ensemble ou un grand programme? Non. »

Selon la professeure Tellier, le Plan Nord + de M. Couillard n’a jamais eu l’ambition du projet de son prédécesseur Jean Charest.

Cela dit, l’ensemble des mesures concernant le Plan Nord annoncées dans la plateforme de 2014 ont été adoptées.

De plus, comme le souligne Lisa Maureen Birch, directrice du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, « la faiblesse du prix des matières premières a retardé [certains projets] ». Le gouvernement peut bien tenter de soutenir l’industrie en établissant de bonnes conditions, si le cours des minerais n’est pas assez élevé, les entreprises minières ne vont pas investir.

Un navire sous le pont de QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bateau Cargo Porte conteneur sur le fleuve St-Laurent Sous le Pont de Québec Nom du Bateau: QAMUTIK

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

En promettant de lancer une stratégie maritime, les libéraux voulaient clairement couper l’herbe sous le pied de François Legault. Dans son livre Cap sur un Québec gagnant, le chef de la Coalition avenir Québec misait sur son Projet Saint-Laurent pour relancer l’économie québécoise.

La version libérale du développement maritime s’est avérée moins ambitieuse. La professeure Tellier estime qu’il y a « des petites mesures, mais il n’y a pas de grandes stratégies comme la CAQ le promettait pendant la campagne électorale ».

Néanmoins, plusieurs mesures annoncées dans la plateforme du PLQ de 2014 ont été lancées.

Prioriser les PME, oui mais...

Lors de la dernière campagne électorale, plusieurs engagements ciblaient les PME. Les troupes de M. Couillard ont promis des allégements fiscaux et des mesures pour stimuler l’innovation et les exportations. Geneviève Tellier avance même que les PME « ont été choyées » tout au long du mandat.

Dès son budget de 2014-2015, soit en pleine « cure d’austérité », les libéraux ont, par exemple, accordé un congé de taxes aux PME qui embauchaient du personnel dans des programmes consacrés à l’innovation. « Les PME ont été une priorité de ce gouvernement et c’est resté comme ça », conclut la professeure de l’Université d’Ottawa.

L’économiste Pierre Fortin est de son côté beaucoup plus critique, surtout lorsqu’il analyse les deux premières années du mandat. « Si vous mettez quelques millions de dollars dans les poches de gens d’affaires, ça va faire leur affaire, il n’y a aucun doute. »

M. Fortin qualifie les deux premières années du mandat de « pourries » pour les PME. Au début du mandat, on assistait à un « effondrement » de l’investissement des entreprises. M. Fortin ajoute que l’austérité budgétaire a retiré du pouvoir d’achat de l’économie et qu’il s’agissait, dans les circonstances, d’une « politique anti PME ». Il souligne d’ailleurs qu'un grand nombre d'entreprises ont fait faillite durant cette période.

Pierre Fortin estime que l’élan dont bénéficient les entreprises québécoises depuis deux ans repose beaucoup plus sur la vigueur des économies canadienne et américaine que sur les crédits d’impôt et les congés fiscaux accordés par le gouvernement Couillard.

Coopérative forestière de Saint-ElzéarAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Coopérative forestière de Saint-Elzéar

Photo : Radio-Canada

Les dernières années ont été difficiles pour l’industrie forestière. Les entreprises ont été frappées par la chute de la demande pour le papier et les tarifs antidumping des Américains.

Le PLQ avait promis de venir en aide à l’industrie avec plus d’une douzaine d’engagements. Geneviève Tellier souligne que « l’industrie forestière a été très choyée dès le début [du mandat] » du gouvernement Couillard et qu'elle a « essentiellement eu tout ce qu’elle voulait ».

Des mesures « timides » pour les femmes

Le 8 mars 2014, Philippe Couillard a profité de la Journée internationale des femmes pour promettre une série de mesures visant à « renforcer la présence de femmes dans les centres décisionnels ».

À ce sujet, un seul des cinq engagements a été réalisé.

Les quatre autres promesses n’ont pas été tenues. « Il y a certaines mesures, mais c’est très timide », souligne Geneviève Tellier de l’Université d’Ottawa. « J’ai vu des petits programmes, mais rien de majeur ».

Quatre sur cinq

En considérant les promesses réalisées (54 %) et celles qui le sont partiellement ou en voie de l’être (24 %), le gouvernement Couillard obtient 78 %.

On l’a vu, le parcours économique des libéraux n’est pas un sans-faute. N’empêche, sur l’ensemble des promesses de nature économique, quatre sur cinq ont été remplies entièrement ou en partie.

Méthodologie

Radio-Canada a compilé et analysé les promesses formulées dans la plateforme électorale du Parti libéral du Québec (Nouvelle fenêtre) de 2014.

  • « Réalisée » : promesse entièrement remplie.
  • « Partiellement réalisée » : promesse en bonne voie d’être remplie.
  • « Non réalisée » : promesse bloquée par l’opposition, ou qui n’a donné lieu à aucune action officielle, ou qui a été suspendue à la fin des travaux à l’Assemblée nationale.

Avec les informations de Nathalie Lemieux

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