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Le lait pourrait coûter plus cher dès le 1er septembre

Un verre de lait.
Selon Me Simon Potter, avocat spécialisé en commerce international, il serait étonnant que la hausse du prix du lait à la ferme ne se traduise pas en hausse de la facture pour le consommateur. Photo: Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher
Radio-Canada

La Commission canadienne du lait vient d'annoncer une hausse du prix de soutien du beurre. Pour les producteurs, c'est une bonne nouvelle puisqu'ils auront des revenus supplémentaires. En revanche, les consommateurs pourraient devoir payer le lait plus cher dès l'application de cette hausse le 1er septembre.

Un texte de Jérôme Lévesque-Boucher

Le prix de soutien du beurre passera de 8 $ par kilogramme à 8,39 $ par kilogramme à partir du 1er septembre. En somme, cette hausse équivaut à une augmentation du prix du lait de 2,60 $ par hectolitre (100 litres). Si cette hausse du prix du lait à la ferme permet aux producteurs d'atteindre la rentabilité, ils soutiennent qu'il y a encore beaucoup à faire.

Le prix de soutien

« Les prix de soutien sont ceux auxquels la Commission canadienne du lait (CCL) achète et vend le beurre et la poudre de lait écrémé dans le cadre de ses programmes. Les agences et les offices provinciaux de mise en marché utilisent ces prix comme références pour fixer le prix que paieront les transformateurs pour le lait utilisé dans la production du beurre, de la poudre de lait écrémé, du fromage, du yogourt, de la crème glacée et d’autres produits contenant du lait. »

Source : Commission canadienne du lait

Gabriel Belzile, président du Syndicat des producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent, rappelle que le prix du lait à la ferme est passé d'environ 76 $ l'hectolitre en 2014 à environ 64 $ l'hectolitre en avril 2018. Cette baisse a entraîné d'importantes pertes pour les producteurs.

La nouvelle hausse de septembre, c'est un pas dans la bonne direction. Il n'en demeure pas moins que les coûts en carburant ont augmenté d'environ 16 % et que les coûts pour les aliments destinés aux animaux ont augmenté de 14 %. Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour qu'on ait une marge de profit intéressante.

Gabriel Belzile, président du Syndicat des producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent

Le président du syndicat affirme que l'ajustement entraînera moins de pertes chez les producteurs.

« Dans un monde idéal, la hausse du prix du lait à la ferme engendrerait une augmentation de 9 % du revenu global des producteurs laitiers. La hausse annoncée nous amène plutôt à une augmentation de 4,1 %. Ce n'est pas la moitié », explique M. Belzile.

Des vaches dans un champ sur le bord du fleuve.Des vaches dans une ferme laitière du Québec Photo : Radio-Canada

Certains producteurs demeurent sur leurs gardes

Si la hausse est bien accueillie par la plupart des producteurs, certains retiennent leurs applaudissements. C'est le cas de François Filion, un producteur laitier de L'Isle-Verte.

Selon lui, les dernières hausses n'ont pas eu les effets escomptés.

« Les hausses annoncées ont augmenté la facture des consommateurs et nous, les producteurs, avons quand même dû faire face à des baisses du prix à la ferme. Est-ce qu'on va vivre la même chose cette fois-ci? On espère que non », tranche M. Filion.

Le producteur isle-vertois a de vives craintes en ce qui a trait aux résultats de la hausse du 1er septembre 2018. « Ce matin, je me dis que c'est encore le consommateur qui va payer plus cher. Je suis contre ça : le consommateur paie déjà très, très cher pour sa pinte de lait. »

Les gens qui gèrent nos produits laitiers sont déjà très riches, qu'on parle des transformateurs, des épiciers ou des transporteurs de lait. Tout le monde s'engraisse [financièrement], le consommateur paie plus cher et le producteur de lait demeure en bas de ses coûts de production.

François Filion, producteur de lait de L'Isle-Verte

Toujours selon M. Filion, la solution réside dans la réappropriation de la production de lait par les producteurs eux-mêmes. « Il faut se réorganiser en coopérative, transporter notre lait, le transformer en région. Le problème, c'est que c'est un milieu fermé qui a le contrôle de nos produits. »

Un fermier verse du lait pour le filtrer dans un bidonDu lait de vache Photo : iStock / sauletas

Une hausse quasi certaine pour les consommateurs, selon un expert

Pour Simon V. Potter, avocat spécialisé en commerce international, il est pratiquement certain que la hausse du prix du lait à la ferme mènera à une hausse des coûts à la consommation.

« Il serait très étonnant que le consommateur ne voie aucune augmentation dans le prix du lait au détail », affirme Me Potter.

Selon l'avocat spécialisé, la vraie question est la suivante : est-ce que cette hausse est raisonnable?

Selon la Commission canadienne du lait, oui, parce que c'est une hausse qui reflète des augmentations de coûts à la ferme. Pour le consommateur, ce sera de deux choses l'une, soit il sera heureux de savoir que les producteurs sont rentables, soit il se questionnera sur le prix fixé par la Commission canadienne et se demandera si l'absence de concurrence fait augmenter sa facture.

Me Simon V. Potter, avocat spécialisé chez McCarthy-Tétrault

Selon Gabriel Belzile, président du Syndicat des producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent, le prix du lait à la ferme devrait toutefois se stabiliser au cours des prochains mois.

« On nous a dit que la prochaine hausse serait probablement en 2020 », conclut-il.

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