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Métal 101 : une programmation diversifiée pour le Heavy Montréal

Des festivaliers quelques minutes avant le concert de Metallica

Des festivaliers quelques minutes avant le concert de Metallica

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Radio-Canada

Cheveux longs, barbes fournies, vêtements sombres et goût certain pour la bière, voilà des clichés largement répandus sur l'amateur de musique métal. Si ce « décorum » existe bel et bien dans ce type de rassemblements, le métal comme genre musical, lui, est beaucoup plus diversifié. Voici cinq découvertes à faire en fin de semaine au Heavy Montréal.

Un texte de Jean-Simon Fabien

À la veille de l'ouverture du festival, il est à propos de démêler les familles et les sous-catégories de métal, qui sont tout aussi nombreuses que les groupes qui défileront justement cette année sur l’une ou l'autre des scènes de l’île Notre-Dame. Il serait faux de croire que le métal est un courant musical monolithique.


Le cœur tendre de Baroness

  • Genre : sludge métal mélodique
  • Groupes apparentés : Kylesa, Black Tusk, Mastodon
Le groupe Baroness est composé de Sebastian Thomson, de John Dyer Baizley, de Gina Gleason et de Nick Jost. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe Baroness : Sebastian Thomson, John Dyer Baizley, Gina Gleason et Nick Jost.

Photo : avec l’autorisation d'evenko

Baroness a émergé au milieu des années 2000 dans le sillon laissé par Mastodon. À l’époque, le son du groupe était cru, d’une incontestable férocité, fidèle au sludge du sud des États-Unis. Ce style se caractérise par de complexes attaques de guitares, ponctuées de nombreux solos appuyés par une voix tonitruante.

Depuis 2012, par contre, le quatuor met en avant son sens mélodique dans ses chansons tout en conservant une instrumentation pesante, rapide et d’une grande complexité. La puissante voix de John Baizley donne une charge émotionnelle aux refrains cathartiques de Baroness, en plus d’appuyer le martèlement des guitares.

Le groupe originaire de Savannah, dans l’État de Géorgie, évolue aussi avec chaque nouveau disque vers un kaléidoscope d’influences ancrées dans le rock psychédélique et progressif des années 1970. Une approche qui permet au groupe d’explorer de nouveaux thèmes sans renier ses racines sludge, propres à de nombreux groupes du Sud-Est américain.

Extrait : Chlorine and Wine (2016)


Le deuil lumineux de Pallbearer

  • Genre : doom funéraire
  • Groupes apparentés : Khemmis (aussi présents au Heavy Montréal), Spirit Adrift
PallbearerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pallbearer

Photo : avec l’autorisation d'evenko

Le doom métal est un style qui provient directement de Black Sabbath. Sa particularité est son écrasante pesanteur, sa lenteur et sa charge émotionnelle poignante.

Tous ces éléments sont amplifiés dans la démarche de Pallbearer, qui propose de longues complaintes mélancoliques. La voix haut perchée de Brett Campbell donne une étonnante légèreté au son terreux des guitares et à la ligne rythmique.

Bien qu’il n’existe pas d’équivalent français pour traduire « doom », le mot évoque un état d’angoisse devant la perdition. Chez Pallbearer, cela dit, cet état d’esprit est teinté de lumière et d’espoir, et jamais le groupe ne fait dans le morbide ou dans l’obscurantisme.

Extrait : I Saw the End, 2017


Emperor : les anges noirs norvégiens

  • Genre : black métal symphonique
  • Groupes apparentés : Immortal, Satyricon, Darkthrone, Dimmu Borgir
Le groupe norvégien de black métal Emperor.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe norvégien de black métal Emperor.

Photo : avec l’autorisation d'evenko

D’abord, précisons que le passage d’Emperor au Québec relève de l’exploit. Depuis le début des années 2000, le mythique groupe norvégien se fait rare sur les scènes de festivals, la formation n’existant pratiquement plus.

Emperor a été parmi les premiers à allier l’agressivité du black métal norvégien, connu pour ses assauts de batterie et pour la voix éraillée, presque vampirique des chanteurs, à des orchestrations symphoniques. Les thèmes utilisés dans les chansons sont, pour la plupart, nietzschéens : la volonté de puissance, le nihilisme et la purification par le feu, sans sombrer dans le paganisme.

Emperor s’est également distancé, dans les années 1990, de groupes de black métal controversés, dont la théâtralité noire, les messages occultes et les actes violents ont alimenté les pages de faits divers en Norvège. Avec quatre albums de 1994 à 2001, Emperor a pratiquement inventé un genre, en plus d’influencer une légion de groupes black métal.

Extrait : Ye Entrancemperium, 1997


Between the Buried and Me et la bosse des maths

  • Genre : métal progressif, math, death
  • Groupes apparentés : The Dillinger Escape Plan, The Ocean, Protest the Hero, Opeth
Le groupe de métal progressif Between the Buried and Me.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe de métal progressif Between the Buried and Me.

Photo : avec l’autorisation d'evenko / randy

Figure de proue du métal progressif, Between the Buried and Me puise ses racines dans le hardcore, le rock mathématique, popularisé par King Crimson, ainsi que le death métal, connu pour la voix caverneuse et gutturale qui lui est propre.

Une chanson de BTBAM est assurément un voyage polyrythmique dans tous ces univers. Au fil des années, le groupe a su intégrer à ses compositions complexes des sections instrumentales teintées de jazz et de musiques actuelles, en plus d’ajouter des claviers et des voix claires, chantées. Ne boudant pas non plus son goût pour le groove, le quintette se laisse aller à des transitions progressives qui ne feraient pas rougir Rush.

Abonné aux albums concept, le groupe voyage entre l’espace intersidéral et les profondeurs de la psyché humaine. En concert, les prouesses vocales et le charisme du chanteur Tommy Rogers sauront retenir l’attention d’un public généralement très respectueux.

Extrait : Disease, Injury, Madness, 2007


Voivod : les légendes

  • Genre : thrash métal
  • Groupes apparentés : Megadeth, Coroner, Anacrusis, Watchtower
Voivod est composé de Michel « Away » Langevin, de Denis « Snake » Bélanger, de Daniel « Chewy » Mongrain et de Dominique « Rocky » Laroche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Voivod est composé de Michel «Away» Langevin, Denis «Snake» Bélanger, Daniel «Chewy» Mongrain et de Dominique «Rocky» Laroche.

Photo : gaelle beri / Gaelle Beri

Une formule consacrée parmi les mélomanes va comme suit : « Voivod est probablement le groupe préféré de ton groupe préféré. » Et elle traduit une partie de la réalité.

Le groupe de Jonquière a su, dès ses débuts, attirer l’attention de la prestigieuse maison de disques Metal Blade Records en faisant une des têtes d’affiche du mouvement thrash métal naissant avec Metallica et Megadeth, notamment.

Reconnu entre tous ses contemporains pour le son distinctif des guitares de feu Denis « Piggy » D’Amour et le jeu de batterie polyrythmique de Michel « Away » Langevin, Voivod a inspiré sans jamais être imité. La voix énergique, presque jappée, de Denis « Snake » Bélanger définit aussi le son de Voivod par son côté punk.

Les textes et l’imagerie propres au groupe ont également contribué à la légende Voivod. Le transhumanisme, l’holocauste nucléaire et la fusion entre l’homme et la machine sont parmi les thèmes récurrents du groupe né durant la guerre froide. Adulées dans une trentaine de pays, ces légendes vivantes sont de grandes vedettes partout, sauf au Québec.

Extrait : Killing Technology, 1987


Samedi et dimanche sur l’île Notre-Dame, cette grande diversité sera célébrée avec toute l’authenticité des amateurs de cette musique à la fois émotionnelle et extrême, dans un exutoire collectif où règne la franche camaraderie. C’est aussi ça, la culture métal.

Merci à Alexandre Gingras, coanimateur du Cours de math à CISM, et à Jean-François Veilleux, chercheur à l’Université du Québec à Trois-Rivières en histoire culturelle (mémoire en philosophie sur l’esthétique métal et doctorat en histoire sur l’histoire des festivals en tout genre au Québec).

Grand Montréal

Musique