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Sur les traces de l'engoulevent d'Amérique

Un biologiste tient dans ses mains un oiseau équipé d'un transmetteur satellite.

Six scientifiques ont équipé dix mâles de transmetteurs pour suivre leur migration.

Photo : Université de l'Alberta / Jonathan De Moor

Radio-Canada

La population de l'engoulevent d'Amérique aurait baissé de 80 % en un demi-siècle, selon des biologistes de l'Université de l'Alberta, qui essayent de trouver la cause du déclin de cette espèce d'oiseaux menacée du Canada.

Un texte d'Axel Tardieu

Cet insectivore, qui se nourrit à l'aube et au crépuscule, est ainsi au centre de toutes les attentions des chercheurs de la Faculté de Science de l'établissement.

Une de leurs études a été publiée dans la Revue canadienne de zoologie cette année au sujet de la route de migration de cette espèce. C'est la première fois que de telles données sont compilées alors que plus du tiers des espèces d’oiseaux nord-américaines sont en déclin.

En juin 2015, les six scientifiques ont équipé 10 mâles adultes de petits transmetteurs satellites qui ont envoyé toutes les données de géolocalisation une fois leur période de migration achevée, 12 mois plus tard.

« Cette espèce d'oiseaux décline plus vite que les autres », explique Elly Knight, une biologiste participant au projet. « On ne sait pas si leur nombre décline durant leur période de vie au Canada ou ailleurs. »

De l'Alberta au Brésil

L'Alberta accueillerait la population de cette espèce la plus dense d'Amérique du Nord. « C'est une zone qui a connu des feux de forêt sur 7000 kilomètres carrés en 2011 et les engoulevents aiment les forêts de pin brûlées ainsi que leurs gros coléoptères bien juteux, dont le nombre augmente après un feu », décrit Mme Knight.

L'observation a mené les scientifiques du nord de l'Alberta à la forêt amazonienne du Brésil. « C'était notre première surprise, car la plupart des autres oiseaux vont passer l'hiver plus au sud, en Argentine ou en Uruguay. »

L'autre fait étonnant, c'est la route qu'ils ont empruntée. Au lieu de survoler les terres de l'Amérique centrale, les insectivores observés ont survolé le golfe du Mexique, aux conditions pourtant plus risquées.

Toutefois, la plus grande surprise pour Elly Knight et ses collègues a eu lieu au retour des volatiles. « Après 20 000 kilomètres parcourus, ils sont revenus en Alberta, au même endroit que l'année dernière, où ils avaient eu leur période de reproduction », explique la biologiste.

Un engoulevent d'Amérique posé sur un bout de bois.

Les engoulevents traversent 20 000 kilomètres chaque année.

Photo : Université de l'Alberta / Janet Ng

Des pistes possibles

Pourquoi leur population a-t-elle baissé de 80 % en plus de 50 ans? Il est encore trop tôt pour le dire. Cette étude n'est que la première étape d'une longue suite. Mais Elly Knight avance tout de même des pistes.

« Le déclin des insectes dû à l'utilisation de pesticides pourrait être une des raisons », dit-elle. Le nombre de ces oiseaux prédateurs décroîtrait à la suite du déclin de leur proie, nourriture essentielle pour les oiseaux nouveau-nés.

Autre hypothèse : les insectes ont changé d'habitudes à cause du changement climatique. « Les volatiles migrent à un moment de plus en plus décalé de celui des insectes et manquent donc une partie du pic de population de leurs proies », avance la biologiste.

L'objectif final de cette recherche inédite est de trouver les meilleures stratégies à adopter pour éviter aux engoulevents de disparaître. « Doit-on protéger leur habitat dans les zones de nidification, dans des zones spécifiques durant leur migration ou dans leur habitat hivernal? Doit-on réguler l'usage de pesticides dans l'une de ces zones? » s'interroge Elly Knight.

La recherche continue. L'année dernière, les scientifiques ont équipé 63 oiseaux de transmetteurs dans 12 zones nord-américaines comme le Yukon, le Texas ou encore l'Oregon. Les révélations sur les conditions de vie des engoulevents d'Amérique ne font que commencer.

Faune et flore

Science