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Les microbrasseries, nouveaux perrons d’église?

Adam Smith, copropriétaire de la microbrasserie Malty National à Regina, sert une bière à Matt Leisle, un fidèle client. Photo: Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon
Radio-Canada

Depuis une dizaine d'années, les microbrasseries ont beaucoup de succès partout en Amérique du Nord et leur nombre ne cesse d'augmenter. Selon Vanessa Mathews, professeure adjointe au Département de géographie et d'études environnementales de l'Université de Regina, ces commerces qui fabriquent et vendent leur propre bière constituent un pôle autour duquel se développe la vie sociale et économique d'un quartier.

Un texte de Marie-Christine Bouillon

C'est à quelques coins de rue de chez lui que Matt Leisle, un Réginois amateur de bonne bière, vient faire le plein quelques fois par mois. Le Malty National, jeu de mots avec le malt, céréale utilisée dans la fabrication de la bière, a ouvert il y a deux ans dans le quartier Heritage, à Regina. En plus d’être une microbrasserie, l'entreprise vend ses produits en cannettes et donne la possibilité à ses clients de remplir leur carafe de la bière du moment, pour l'emporter à la maison.

Selon Matt Leisle, la microbrasserie a contribué à revitaliser ce secteur que certains préféraient éviter.

« Il y a toujours eu une espèce de rumeur qui disait qu’il valait mieux ne pas se promener dans le quartier près de l’hôpital, le soir. Les gens ont changé un peu. Maintenant, c’est comme une sorte de lieu de rassemblement. Il y a des enfants, des gens qui promènent leurs chiens, toutes sortes de personnes viennent ici. C’est toujours agréable quand j’y passe », raconte-t-il.

C'était le but d'Adam Smith et de son partenaire Kelsey Beach lorsqu'ils se sont lancés dans ce projet de microbrasserie. Ils souhaitaient créer un endroit où les résidents du quartier pouvaient se retrouver et discuter autour d'une bonne bière.

« On aime vraiment le quartier, on l’habite, et on voulait un endroit comme ça, où on pourrait amener nos enfants et que ce soit agréable », se souvient-il.

Adam Smith, copropriétaire de la microbrasserie Malty National à Regina se trouve derrière le bar.Adam Smith, copropriétaire de la microbrasserie Malty National à Regina, derrière le bar de son commerce. Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

L’histoire du Malty National ressemble à beaucoup d’autres partout au Canada. Selon Vanessa Mathews, géographe urbaine et professeure adjointe au Département de géographie et d'études environnementales de l'Université de Regina, le succès des microbrasseries a justement tout à voir avec le besoin d'une communauté de se rassembler.

« En 1980, on dénombrait une quarantaine de microbrasseries au Canada. En 2016, il y en avait 775. Il y a eu une véritable explosion du commerce de bières artisanales partout au pays », explique-t-elle.

« Comme les brasseries artisanales sont vraiment liées à la vie de quartier, elles changent complètement le sens et l'identité des lieux où elles se trouvent », poursuit-elle attablée au Malty National.

La professeure adjointe au Département de géographie et d’études environnementales de l’Université de Regina, Vanessa MathewsLa professeure adjointe au Département de géographie et d’études environnementales de l’Université de Regina Vanessa Mathews Photo : Radio-Canada

L’endroit représente d’ailleurs très bien ce qu’elle avance. Ouvert il y a deux ans, le Malty National est maintenant le repère de plusieurs résidents du coin. En plus d’offrir une terrasse ouverte tous les après-midi sauf le lundi, des jeux de société sont mis à la disposition des clients à l’intérieur et un camion-restaurant a élu domicile dans le stationnement. Pour les curieux, comme c’est le cas dans plusieurs microbrasseries, il est possible de jeter un coup d’oeil sur les cuves où fermentent les prochaines créations des brasseurs. Et pour ceux qui préféreraient boire autre chose, les propriétaires partagent le lieu avec un café, le 33 ⅓.

« Les microbrasseries créent une sorte de lieu de rassemblement, comme un centre communautaire. Les gens n’y vont pas que pour prendre une bière, ils y vont pour assister à des événements ou pour profiter du camion-restaurant qui pourrait être là. Ils y vont pour une tout autre forme d’engagement envers leur communauté », soutient la chercheuse.

Proximité et produits locaux

Selon Mme Mathews, ce besoin de se rapprocher s’inscrit tout à fait dans le mouvement de retour à la terre et de valorisation de la consommation locale qui caractérise notre époque.

Un peu partout, on voit un retour à des techniques et à des recettes traditionnelles. On observe aussi un retour de cette volonté de proximité qu’on avait autrefois avec les commerçants.

Vanessa Mathews

Cette connexion avec la clientèle, Adam Smith du Malty National la connaît bien. Il raconte que sa microbrasserie lui a permis d’entrer en contact avec des gens de son quartier.

« La première journée, on a juste ouvert les portes et les gens ont commencé à entrer. Ils nous disaient “oh, j’habite juste au coin”. Et je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais vus. Maintenant, quand je me promène dans le quartier avec mes enfants, je les croise. On connaît tellement plus de gens aujourd’hui, ce qui est génial », confie-t-il.

Adam Smith, copropriétaire du Malty National à Regina devant les cuves où fermentent des bières.Adam Smith explique que le Malty National propose toujours de nouvelles bières. Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

À près de 3000 km des cuves du Malty National, sur la rue Masson, à Montréal, le brasseur et copropriétaire de La Succursale, Jean-Phillippe Lalonde, raconte que lorsque lui et ses partenaires ont choisi de s'établir dans ce secteur du quartier Rosemont, c'était aussi parce qu’ils sentaient la possibilité de créer un lien avec les résidents.

« On voyait vraiment un intérêt des gens qui habitent là de pouvoir s'approprier le quartier. Puis ce qui manquait c'était quelques lieux de rassemblements et particulièrement, il n'y avait pas d'endroit pour goûter une bière faite sur place, à plusieurs kilomètres à la ronde. Donc on a vraiment vu une opportunité de développer un peu notre commerce avec le quartier », dit-il, tout en précisant que La Succursale n’est pas le seul commerce qui a contribué à la vie sociale de ce secteur de Rosemont.

Entrevue avec Jean-Phillippe Lalonde, brasseur et copropriétaire de La Succursale

Et c'est là la particularité des microbrasseries, selon la chercheuse Vanessa Mathews : elles deviennent souvent le coeur d'un quartier et contribuent à son développement. C’est d’ailleurs cet aspect qu’elle étudie en tant que géographe urbaine.

Quant au Réginois Matt Leisel, outre la qualité et la variété de bières offertes dans les microbrasseries, c'est aussi le contact humain et l'ambiance du Malty National qui lui donne envie de revenir.

« Il y a toujours des gens qui relaxent, qui jouent à des jeux à l’intérieur ou qui profitent du soleil sur la terrasse. C’est un endroit simple et amical où on se sent bien », lance-t-il.

Tant pour Adam Smith du Malty National, à Regina, que pour Jean-Phillippe Lalonde de La Succursale, à Montréal, le milieu des microbrasseries est un milieu de camaraderie et d’entraide. Deux mots qui décrivent tout aussi bien l’ambiance qu'ils souhaitent offrir à leurs clients.

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