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À quoi est attribuable la hausse de la violence par arme à feu au Canada?

Un homme tient un pistolet dans une foire d'armes à feu où l'on voit plusieurs autres pistolets.
Un consommateur teste un pistolet lors d'une foire d'armes à feu à Las Vegas. Les pistolets sont de plus en plus présents au Canada, affirme le professeur Francis Langlois. Photo: Getty Images / Ethan Miller
Radio-Canada

La fusillade de Toronto, au cours de laquelle une jeune femme et une fillette ont été tuées et 13 autres personnes ont été blessées, souligne à grand trait la hausse des incidents impliquant des armes à feu au pays et en particulier dans la Ville Reine. En quatre ans, le nombre de fusillades et de morts par armes à feu y a plus que doublé, mentionne la police. Comment en est-on arrivé là?

Certains n’hésitent pas à désigner, parmi un ensemble de facteurs, les politiques du gouvernement conservateur de Stephen Harper, au pouvoir de 2006 à 2015.

« Depuis 2010, depuis que le gouvernement conservateur a commencé à affaiblir le contrôle des armes à feu, on a vu une augmentation en flèche du nombre d’armes à feu possédées par les Canadiens », affirme Francis Langlois, professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières et membre de la chaire de recherche Raoul-Dandurand.

En « desserrant » les contrôles, le gouvernement a « rendu plus accessibles les armes de poing, poursuit M. Langlois. Ces armes-là, forcément, se retrouvent plus facilement entre les mains du crime organisé ».

De fait, rappelle le spécialiste en citant les corps de police canadiens, environ 75 % des armes trouvées sur des scènes de crime au Canada au début des années 2000 étaient d’origine américaine. « Maintenant, au-dessus de 60 % des armes viennent du Canada », note M. Langlois.

L’outil est disponible, on l’utilise.

Francis Langlois, de la chaire de recherche Raoul-Dandurand

La Coalition pour le contrôle des armes abonde dans le même sens que M. Langlois.

Sur son site web, l’organisme militant rappelle que le projet de loi conservateur C-19, sanctionné en avril 2012, a éliminé le registre des armes à feu. Mais « peu de gens réalisent que ce projet de loi a également éliminé les contrôles sur les ventes d’armes à feu instaurés depuis 1977 », écrit la Coalition, qui demande leur rétablissement.

« On a vu une augmentation du trafic d’armes depuis l’abolition du registre », constate également M. Langlois, qui évoque des arrestations de trafiquants, notamment dans la région de Vancouver et en Ontario.

Francis Langlois, professeur d'histoire au cégep de Trois-RivièresLes politiques du gouvernement conservateur pourraient expliquer, en partie, la hausse de la criminalité par arme à feu au Canada, estime le professeur Francis Langlois. Photo : Radio-Canada

Changement chez les consommateurs

Francis Langlois pointe également une transformation du marché des armes à feu.

Si, autrefois, les amateurs achetaient surtout des fusils de chasse, ils sont de plus en plus nombreux à acquérir dorénavant des armes à feu à autorisation restreinte, telles que des pistolets et certains modèles de fusils d’assaut en version civile, dit-il.

Les jeux vidéo et le cinéma, qui présentent un grand nombre d’armes à feu, ont une certaine influence.

« L’industrie pousse ses produits à travers les films », estime M. Langlois, qui rapporte le cas d'une arme devenue très populaire après qu'elle eut été utilisée dans la série de films Dirty Harry, avec Clint Eastwood.

De plus, ces armes sont beaucoup plus efficaces que par le passé, selon le chercheur. La technologie a progressé et elles sont à la fois plus puissantes et stables.

Certaines armes ont des capacités de chargement assez élevées, souligne M. Langlois. Le pistolet Glock 17, que possèdent des corps policiers, peut contenir, par exemple, 17 balles.

« Une personne peut faire beaucoup de dommages avec une telle arme », dit M. Langlois, selon qui les amateurs ont tendance à en acheter plus d’une.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a certes présenté un projet de loi visant à resserrer les mesures de contrôle autour des armes à feu, mais elles restent « timides », juge Francis Langlois.

Du pain sur la planche

Selon Marcel Savard, ancien directeur général adjoint de la Sûreté du Québec (SQ), Bill Blair devra accomplir la lourde de tâche de faire diminuer le nombre de crimes violents impliquant des armes à feu, depuis sa nomination récente comme ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé.

« C'est quelqu'un qui connaît bien la ville, qui connaît les philosophies des chefs de police », mentionne M. Savard à l'émission 24/60, sur les ondes d'ICI RDI, en parlant de celui qui a d'ailleurs dirigé la police torontoise de 2005 à 2015.

Son principal défi consistera à s'attaquer aux armes de poing à autorisation restreinte, poursuit l'ancien responsable de la SQ.

Au pays, on compte un million de ces armes de poing enregistrées. « Normalement, elles servent à pratiquer le tir; peut-on penser que ce million d'armes ne sert qu'à cela? » demande M. Savard.

« L'un des autres défis de M. Blair sera de s'attaquer au trafic d'armes; actuellement, le trafic est assez simple », ajoute Marcel Savard, qui précise que des policiers spécialisés devront être mis à contribution pour s'en prendre aux trafiquants.

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