•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Procès Monsanto : la santé du plaignant au coeur des débats

Des contenants de Roundup sur les tablettes d'un commerce.

L'herbicide Roundup, de la multinationale Monsanto, est désormais commercialisé par de nombreuses entreprises qui ont profité du passage du brevet du glyphosate au domaine public, en 2000.

Photo : Reuters / Mike Blake

Agence France-Presse

L'état de santé de Dewayne Johnson, atteint d'un cancer en phase terminale qu'il attribue à l'herbicide Roundup de Monsanto, était au centre des débats lundi lors du procès qu'intente cet Américain à la multinationale aux États-Unis.

C'est devant un tribunal de San Francisco que le plaignant devait rendre dans la journée son témoignage, très attendu dans ce procès, le premier du genre concernant les effets potentiellement cancérigènes du Roundup, un produit chimique largement utilisé dans le monde, et ce, depuis des décennies.

Dewayne Johson, qui accuse Monsanto d'avoir sciemment caché la dangerosité du produit, est arrivé au tribunal aux alentours de 9 h, heure locale, vêtu d'une veste en cuir brun clair, accompagné de l'un de ses avocats et de son épouse.

L'audience de lundi a débuté par le témoignage de la dermatologue Ope Ofodile, qui compte parmi les médecins qui suivent M. Johnson depuis 2014. Elle a été appelée à commenter des photos des lésions cutanées sur le corps de M. Johnson.

Le plaignant, Dewayne Johnson, en cour à San Francisco. Il poursuit la multinationale Monsanto, qu'il rend responsable, avec son produit Roundup, de son cancer.

Le plaignant DeWayne Johnson en cour à San Francisco

Photo : The Associated Press / Josh Edelson

Ce dernier, « effrayé par l'état de sa peau », avait initialement consulté des médecins pour « éruptions cutanées », a-t-elle notamment raconté.

Dewayne Johnson, père de deux enfants, qui devait témoigner un peu plus tard dans la journée, a reçu il y a deux ans un diagnostic d'un lymphome non hodgkinien, incurable, qui lui vaut de nombreuses lésions sur le corps.

Entre 2012 et 2014, il a vaporisé sur des terrains scolaires d'une petite ville de Californie, dans l'ouest des États-Unis, du Roundup – dont le principe actif est le glyphosate –, un désherbant aussi efficace que controversé, ainsi que du Rangerpro, un autre produit du même type.

Selon cet Américain de 46 ans, c'est ce produit qui a causé sa maladie, et l'entreprise Monsanto, qui vient d'être rachetée par l'allemande Bayer, a sciemment dissimulé sa dangerosité, alors qu'elle aurait dû faire figurer un avertissement sur l'emballage.

« Monsanto sait depuis 40 ans que les composants de base du Roundup peuvent provoquer des tumeurs chez des animaux de laboratoire », avait affirmé Brent Wisner, l'un des avocats du plaignant, au premier jour du procès, le 9 juillet.

La tâche de l'accusation est ardue, car il s'agit de convaincre les jurés du lien entre le Roundup et le cancer de Dewayne Johnson, alors que ce lien n'a pas été prouvé scientifiquement en dépit de longues années de débat.

Monsanto réfute tout lien entre le Roundup et le cancer

De son côté, Monsanto s'est attachée depuis le début du procès à réfuter tout lien entre glyphosate et cancer, études scientifiques à l'appui, qui sont, elles, contestées par les antiglyphosates.

L'audience de lundi sera un passage délicat pour Monsanto, tant le témoignage Dewayne Johnson s'annonce poignant.

« Le cancer de M. Johnson est une maladie terrible et nous devons tous avoir la plus grande empathie pour l'épreuve qu'il traverse », avait d'ailleurs pris soin de souligner l'un des avocats de Monsanto, George Lombard, à l'ouverture du procès.

Les preuves scientifiques montrent que les produits à base de glyphosate ne provoquent pas le cancer et n'ont pas entraîné le cancer de M. Johnson.

George Lombardi, avocat de Monsanto
L'un des avocats du groupe Monsanto, George Lombardi.

L'un des avocats du groupe Monsanto, George Lombardi.

Photo : Associated Press / Josh Edelson

L'un des herbicides les plus utilisés au monde

La défense de M. Johnson a dit espérer « le plus possible » en dommages et intérêts de la part de Monsanto, qui fait l'objet de milliers de procédures en justice aux États-Unis, à des degrés divers d'avancement.

Commercialisé depuis 1974, le Roundup, l'un des herbicides les plus utilisés au monde, contient du glyphosate, qui fait l'objet d'études et d'avis contradictoires.

Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie, où se trouve San Francisco, a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes.

Le glyphosate fait polémique en Europe

Le glyphosate est aussi classé « cancérigène probable » depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l'EFSA (sécurité des aliments) et l'ECHA (produits chimiques).

Le glyphosate fait particulièrement polémique en Europe. Après la décision de l'Union européenne en novembre de renouveler la licence de l'herbicide pour cinq ans à quelques jours de son expiration, le gouvernement français s'est, lui, engagé à cesser d'utiliser cette substance pour les principaux usages d'ici trois ans.

Le glyphosate est toutefois plébiscité par les cultivateurs pour son efficacité et son faible coût.

Ses détracteurs reprochent aux agences scientifiques de l'Union européenne de trop s'appuyer sur des données fournies par l'industrie, par manque de moyens et de personnel, ce qui met en doute les études publiées.

Le procès Monsanto devrait durer au moins jusqu'au mois d'août.

Procès et poursuites

Environnement